Sciences humaines & sociales

  • Le Front National/Rassemblement National dirige depuis mars 2014 onze villes françaises. Contrairement à la première expérience frontiste de gestion municipale (1995-2001 à Toulon, Marignane, Orange et Vitrolles) où son action était, tant localement que nationalement, observée par de nombreux acteurs sociaux (médias, associations et partis de gauche), on constate qu'il agit aujourd'hui sans contrôle. Or qu'observe-t-on dans les deux villes de notre enquête sociale (Beaucaire dans le Gard et Mantes-la-Ville dans les Yvelines) ? L'emprise de l'idéologie différentialiste avec en arrière-plan une stratégie de gestion de l'espace public nourrie à la préférence nationale, rappelons que la loi interdit cette pratique, a fait de ces deux communes des laboratoires de la haine. Car le frontisme municipal y agit méthodique- ment, sûr de sa force politique - ses opposants sont inaudibles - et de sa pleine capacité à maltraiter impunément tous ceux qu'il cible, de fait, comme indésirables : les arabes, les musulmans, les partisans de la politique de la ville, les militants du social, les journalistes scrupuleux, les défenseurs du vivre-ensemble, etc. À l'échelle locale, le leadership frontiste remet en cause le fonctionnement de la démocratie. Pendant ce temps, l'État, comme sa représentation locale, ferme les yeux, considérant que cette expérience désastreuse qui a pourtant cassé par son fonctionnement toute vitalité dé- mocratique dans ces deux communes, ne serait qu'un mauvais moment à passer.

  • Si peu de gens connaissent le Val d'Europe, tous ont entendu parler d'Eurodisney. Le Val d'Europe est unique en son genre car il est né de la rencontre de deux projets imaginés au départ de façon indépendante : la réalisation de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée et le projet de la Walt Disney Company d'implanter en Europe un grand parc à thème identique à ceux des États-Unis, mais conçu comme pôle d'attraction d'un vaste programme immobilier.
    Le Val d'Europe, une terre de Disney en France, fruit d'une recherche effectuée entre 2006 et 2007, raconte le type de société fabriquée par un tel urbanisme. La ville « privatisée » échappe à la règle du droit commun en se plaçant en dehors de la sphère publique et en regroupant une population sociologiquement « typée » : les classes moyennes. Ses habitants ont préféré la loi de fer de l'urbanisme libéral à celle de l'urbanisme public. Seul avec soi et libre de tout. Le Val d'Europe leur raconte une histoire, celle d'un monde où les doutes sont chassés.
    Au Val d'Europe, la ville publique n'est pas cassée, elle est morte. Le moralisme et la planification abusive de Disney ont réussi à tracer un modèle de ville (de vie ?) qui marque la fin de l'histoire républicaine française et le début des hystéries communautaires.
    En un mot, la dictature d'une vision des hommes dépolitisés, isolés et serviles. Le plus étrange est que cette perspective ne hante personne en France. Ni le monde politique, ni la société civile. Mais il y a encore plus inquiétant : le Val d'Europe est en train de devenir la référence en matière de productions urbaines et de pactes sociaux : des centaines d'individus en redemandent chaque année.

  • Chaque jour, l'actualité témoigne d'un territoire aux abois, miné
    par des clivages et des oppositions préjudiciables à la cohésion sociale.
    Les communautarismes religieux, les séparatismes sociaux, la banalisation
    des ghettos ethniques dans les banlieues populaires et la multiplication des
    "villes privées" ont fini par remettre en question la notion même de société.
    En faisant référence au "passé mythique" des grands ensembles la notion
    de "mixité sociale" aborde le réel en additionnant des termes souvent
    contradictoires : cohabitation, coexistence, brassage, diversité sociale,
    mosaïque, melting-pot, équilibre sociologique, etc. Tout cela témoigne en
    réalité d'une gêne, d'un souci de rendre invisible le fondement du débat sur
    la mixité : le référent racial. Dans cet ouvrage d'analyse politique
    anatomique et virulent, Hacène Belmessous déconstruit ce mythe à travers
    deux champs majeurs : l'habitat et l'école.

  • Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à ' réinjecter du droit commun ' dans les quartiers d'habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d'une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le ' traitement ' ne relèverait plus que de la force armée. Voilà ce que démontre cette enquête implacable d'Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels et de témoignages d'acteurs de la ' sécurité urbaine ' - politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires. Il explique ainsi qu'un objectif caché des opérations de rénovation (démolition de ' barres ' d'immeubles, ' réhabilitation ' des cités) est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : les gendarmes mobiles et les militaires de l'armée de terre. Car avec l'adoption, en 2008, du Livre blanc sur la défense et la sécurité intérieure, l'idée d'un engagement des forces terrestres en banlieue n'est plus un tabou. A Saint-Astier, en Dordogne, les escadrons de gendarmerie pratiquent des exercices de simulation à la guérilla urbaine dans un décor réaliste. Et au camp de Sissonne, dans l'Aisne, des militaires manoeuvrent eux aussi sur des scénarios de combats urbains. Mais, s'ils se disent loyaux envers le chef de l'Etat, nombre d'officiers interrogés récusent ce scénario de l'inacceptable : une probable intervention des armées dans les banlieues françaises. Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd'hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action. Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d'une politique d'Etat ayant fait sienne

  • Sur commande
  • Un an après les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues populaires, Hacène Belmessous a suivi trois maires au quotidien, pendant plusieurs semaines, de septembre 2006 à janvier 2007 : Maurice Charrier à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, Gilles Poux à La Courneuve et Xavier Lemoine à Montfermeil, près de Paris, en Seine-Saint-Denis.
    Dans un monde politique éloigné des préoccupations " banlieusardes " - les débats des campagnes présidentielles et législatives l'ont une nouvelle fois démontré -, ces élus sont isolés. S'ils aiment passionnément leur ville et y développent des projets d'avenir, ils sont souvent impuissants. L'analyse proposée en dernier chapitre des choses vues et entendues ne manquera d'ailleurs pas de poser des questions fondamentales pour notre République : la vision culturaliste qui est train de gagner notre société, avec ses bons et ses mauvais citoyens français, ne va-t-elle pas aggraver les lignes de fracture entre les quartiers d'habitat social et le reste du pays ?

    Sur commande
  • Depuis l'été chaud des Minguettes (1981), les banlieues populaires se sont maintes fois révoltées contre un pouvoir politique qui n'a cessé de traiter socialement un problème politique. Ces " insupportables " quartiers sont le miroir grossissant des imperfections de notre société. Soit la France continue de mépriser la réalité et prolonge l'ordonnance de ses hypnotiseurs (maintien des exclus sous perfusion sociale et achat de tranquilité publique), soit elle consent enfin à regarder ces communes dans le blanc des yeux. Car l'avenir du pays passe par le rétablissement de ses banlieues populaires.

  • Depuis les « émeutes urbaines » de l'automne 2005, l'esprit égalitaire qui découlait d'une conception ouverte de la France, dicté par le souci d'une société « juste », a cédé devant ce que les artificiers du « démon des origines » appellent « l'épreuve des faits ». L'argumentaire le plus typique de cette histoire qui serait en train de se jouer : c'est la culture primitive des individus et notre incapacité à « ouvrir grand les yeux » sur ce qui se passent réellement dans ces « cités » qui expliqueraient le « problème des banlieues ». Ainsi donc, ces jeunes sont les responsables de leur sous-condition.
    Cette convergence entre « le problème des banlieues » et les pratiques culturelles de ces habitants d'origine extra européenne, longtemps développée par le Front National, a atomisé les clivages politiques, s'incarnant même dans le discours scientifique.
    Évidemment partiale, cette explication des événements confond sciemment ghettos de pauvres et ghettos immigrés. Que l'État soit le grand responsable de la mise en abîme de ces lieux en instrumentalisant leur ségrégation pour mieux contrôler l'organisation de notre société - les barbares dans leur cité et les modernes dans la Cité - ne fait plus question.
    Dans cet ouvrage, nous livrons au lecteur les résultats d'une recherche menée dans deux quartiers de l'agglomération parisienne :
    La cité Balzac à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et la Grande Borne à Grigny (Essonne). Étalée sur deux ans (2010 et 2011), cette étude questionnait le sens des révoltes de 2005 et les effets des politiques publiques qui y ont été conduites depuis. Ce qu'on y constate tient en une phrase : ces lieux sont plus que jamais sur la corde raide.
    Pourtant, ces révoltes étaient porteuses d'espoir. Elles voulaient ébranler le processus dé-démocratique qui rongent ces quartiers mais elles ont échoué. De sorte qu'on n'y observe aujourd'hui toujours plus de rancoeur, toujours plus de désillusion. Une expression nous revient à l'esprit, entendue chez nombre de nos interlocuteurs : « On n'a rien à perdre. » Ce que cela signifie ? Croire que ces personnes accepteront longtemps de vivre en marge de la vie démocratique, réduits à n'être que des individus de second zone sans destin si ce n'est celui de leur finitude dans ces ghettos de pauvres, c'est se leurrer. Beaucoup nous ont déclaré assumer tous les risques, celui de la radicalité inclus.

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