Langue française

  • Recit de sciences sociales sur la condition des sans-papiers clandestins aujourdhui en France a travers lhistoire dune Azerie, originaire dArmenie, en France depuis 2006, apres une premiere tentative dinstallation en Allemagne de 2002 a 2005. Ce livre est le fruit de longs mois de reflexion avec Svetlana Grigorian sur les modalites de cette publication et de sept entretiens echelonnes sur six mois de lautomne 2010 et du printemps 2011.

    Hacene Belmessous intervient comme narrateur, a la premiere personne, il commente la scene en cours et parfois lactualite en cours. Mais le dialogue ne reprend que la parole de Svetlana Grigorian, a de rares occasions celle de ses enfants et de quelques amis. Nous la rencontrons dans sept lieux choisis dun commun accord, trois fois chez elle, dans lespace public, au cafe a deux reprises, au restaurant, la ou elle fait le menage, chez une amie dont elle adore la maison. Autant dendroits qui fonctionnent comme declencheurs didees et de paroles specifiques : ils creent une intimite du discours, pas de la vie quotidienne. Et le tableau se forme de la vie dune femme clandestine en France et de la France face a elle. Cest dune femme instruite, entouree, mediatisee et accueillie dans un milieu social favorise dont nous ecoutons lhistoire. Tous les immigres clandestins nont pas cela. Elle semble vivre normalement puisquelle a des amis, travaille, part en vacances, a des enfants qui travaillent bien a lecole. Mais que choisit-elle ? Rien. Elle fait juste partie dun décor. Sa condition de sans-papiers la minorise au point detre dans une impasse : elle nous montre quelle est en train de mourir. LEtat français est remis en question dans ce livre a contrario de lidee generale de « la France terre daccueil », mais cela nous montre aussi la limite de lengagement dit citoyen, qui nait dune mobilisation du c½ur et ne sattaque pas aux pratiques redoutables du pouvoir sarkozyste à légard des sans-papiers.

  • " je n'étais pas préparé à fuir mon pays.
    Des tonnes d'images me revenaient. les images des voisins, des amis, de ma maison, de mes biens, de mes cuites avec les copains, de mes bars fétiches, de ma jeunesse, de mon enfance, tout cela repassait dans ma tête. le voyage en bateau a duré huit heures et je peux t'assurer que huit heures, c'est long. j'ai pleuré l'algérie tout le long. mon algérie. " ainsi s'exprime l'un des trois algériens réfugiés en france qui ont accepté de s'entretenir avec hacène belmessous.
    Agés de 8 à 10 ans au moment de l'indépendance de leur pays, tous les trois ont exercé des métiers publics, ce qui fait d'eux des témoins privilégiés de l'ascension puis de la chute de l'algérie. mieux que les récits de l'élite intellectuelle ou l'analyse du phénomène islamique, l'histoire de ces exilés peut s'apprécier comme un miroir du drame algérien. a l'heure où tout débat sur l'algérie s'avère impossible - comme le montre la polémique sur le " qui tue ? " -, ils nous parlent à haute et intelligible voix d'un pays qui a toujours été entre l'ombre et la lumière.

empty