• Considéré comme l'une des plus belles réalisations de l'art français, lieu du pouvoir qui dit le pouvoir, objet savamment décortiqué, Versailles est devenu la France : l'histoire incorporée en un palais et ses jardins. En vérité, une partie du lieu, animal, organique, vivant, a définitivement disparu après 1789. C'est cette autre histoire que raconte ce livre original, qui sape l'histoire officielle du rapport entre pouvoir et nature en France.
    On croit bien connaître Versailles - son château, ses perspectives étudiées et ses jardins au cordeau -, ce lieu du pouvoir qui se met majestueusement en scène et incarne à lui seul la France et son histoire.
    Le domaine actuel de Versailles ne représente pourtant que le dixième de celui d'autrefois. Au sein de l'immense Grand Parc, dynamique, vivant et giboyeux, les habitants des villages enclavés comme la nature devaient se soumettre au bon vouloir du roi. Car, à Versailles, le monarque veut chasser en toute saison, voir jaillir les grandes eaux sur un site austère. Rien n'est trop grand pour faire plier la nature : on convoque la science pour construire un réseau hydraulique pharaonique, des murs d'enceinte pour parquer le gibier, dont l'abondance nuit aux cultures. Mais la nature et les hommes résistent : les animaux s'échappent ou se multiplient, incontrôlables, les paysans se jouent des contraintes, braconnent, volent du bois, détériorent les réseaux. On renforce les frontières, règles, contrôles et sanctions. Souvent en vain.
    C'est à la découverte de cet autre Versailles, animal, organique, que nous convie Grégory Quenet, loin du stéréotype d'une nature aménagée, rationalisée et contrôlée, " à la française ". Une visite passionnante qui prend à revers l'histoire officielle du rapport entre pouvoir et nature en France.
    Prix François Sommer 2016

  • Les tremblements de terre sont les grands absents des manuels scolaires, les oubliés de l'histoire de France. Pourtant, l'exploration des archives et des sources historiques fait apparaître que plus de 750 séismes ont frappé le territoire français aux XVIIe, et XVIIIe siècles, dont plus de 250 ont causé des dommages matériels, pour certains considérables.
    Grégory Quenet révèle ici un pan ignoré de la mémoire longue de la » nation France « , tout en mettant au jour de curieux épisodes : quelques jours après son mariage avec Marie-Thérèse, dans les Pyrénées, le jeune Louis XIV ressent le terrible tremblement de terre du 21 juin 1660 et cette coïncidence suffit pour faire courir des rumeursd'un mauvais présage. Peu de temps après, paraît un poème qui érige pour la première fois les secousses sismiques en signe politique positif, annonçant la manière dont elles deviennent un attribut d'un souverain tout-puissant, dans la poésie, le théâtre et l'opéra... Les savants ne sont pas en reste : les membres de l'Académie Royale des Sciences de Paris entendent près de deux cents communications sur le sujet en un siècle et demi.
    Cette histoire tellurique méconnue se déploie sur un théâtre européen : le 11, novembre 1755, Lisbonne est détruite par un séisme exceptionnel, suivi d'un tsunami et d'un incendie non moins monstrueux. Cet événement ébranle l'Europe entière, suscitant des dons multiples et un débat philosophico-théologique de grande ampleur sur l'existence du Mal. L'opinion publique se passionne pour les querelles scientifiques sur la cause des tremblements de terre, qui voient la victoire des théories électriques. Quant au roi de Prusse, Frédéric le Grand, en 1756, il décide de faire interdire l'existence des tremblements de terre dans son royaume, menaçant de jeter en prison quiconque prétendra en avoir ressenti un !
    Loin de l'anecdote, tous ces épisodes révèlent la manière dont les tremblements de terre, mal connus et mal définis au début du XVIe siècle, deviennent peu à peu un objet scientifique, juridique, politique et culturel, aux contours de plus en plus précis. Ils cristallisent les interrogations des Lumières sur la nécessité et les moyens de lutter contre les catastrophes et le mal physique. La conviction que les secousses se multiplient après 1750 hante les observateurs et les passions telluriques trouvent leur paroxysme en France.
    Du fléau de Dieu au risque naturel, ce livre fait pour la première fois des tremblements de terre un objet d'histoire, qui réfracte les peurs individuelles et collectives, réelles et imaginaires, tout en témoignant des débats et des combats qui sont à la source de notre modernité.

  • Ce livre se propose d'introduire dans le débat intellectuel français l'un des champs de recherche les plus novateurs de ces dernières années : l'histoire environnementale, dont la portée dépasse largement les frontières de la discipline historique, pour s'adresser à l'ensemble des sciences sociales et humaines, mais aussi des sciences de la nature, des sciences de la vie et des sciences exactes. Les défis environnementaux qui engagent le futur de nos sociétés ont contribué à décloisonner cette discipline, dont les approches ne sont plus aujourd'hui l'apanage des seuls historiens mais des questions partagées par tous : comment en sommes-nous arrivés là et de quelle manière les différentes sociétés humaines sont-elles caractérisées

  • "Exister, pour une société humaine, ne signifie-t-il pas modifier son environnement ? Aménager, transformer, laisser des traces ? Le rapport de l'humanité à la nature est l'objet de dynamiques immémoriales de conquêtes et de frugalité, mais la prise de conscience de la fragilité du vivant auquel l'humanité appartient, et qui accompagne l'apparition de l'écologie comme objet de réflexion et d'étude, est très récente. Comprendre les enjeux qui sous-tendent, selon les cultures et les époques, les approches de l'écologie et de l'environnementalisme, permet de mieux nous armer pour répondre aux nouveaux paradigmes et défis auxquels le monde doit désormais faire face."
    Claude Colombini Frémeaux & Patrick Frémeaux

    Les Presses Universitaires de France et Frémeaux & Associés proposent cette histoire philosophique de la pensée écologique, analysée et expliquée par Grégory Quenet, professeur en histoire de l'environnement à l'Université Paris Saclay UVSQ, membre honoraire de l'Institut Universitaire de France et titulaire de la Chaire Laudato Si' du Collège des Bernardins.

    Partie 1 - L'ÉCOLOGIE DANS L'HISTOIRE LONGUE : Quel mot pour l'écologie ? o Variations culturelles de l'approche de la nature o Articuler les valeurs à l'international o Le mythe écologique et les sociétés premières o L'exemple du bison o Discontinuités entre Nature et Culture.

    Partie 2 - L'ÉCOLOGIE DANS L'HISTOIRE COURTE : 1860, les dynamiques écologiques o Premier environnementalisme et « wilderness » o L'avènement de l'Anthropocène o Années 1970 : entrée de nouveaux acteurs o Années 1980 et « développement durable » o Les années 2000.

    Partie 3 - UNE HISTOIRE DES QUESTIONS ET DES ENJEUX ÉCOLOGIQUES : Les figures ambiguës : paysage, patrimoine, ville o L'illusion du naturel : l'exemple camarguais o La question du genre o Appropriation et marchandisation o L'enjeu des ressources o Liberté, droit individuel et abondance o L'écologie, une histoire constante de choix.

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