Arts et spectacles

  • Spolia

    Gilles Saussier

    Spolia est une enquête sur la Colonne sans fin du sculpteur roumain Constantin Brancusi, érigée dans les Carpates méridionales en 1938. Suivant le cours du Jiu, Gilles Saussier explore les conditions de fabrication du monument et photographie l'arrière-pays minier où il a pris forme. Le récit de cette élévation par des ingénieurs et des ouvriers creusant infiniment sous terre croise l'histoire de l'art moderne et la construction de l'Europe contemporaine, de la révolution industrielle à l'effondrement du bloc communiste.

    Les spolia désignent, dans l'architecture de l'Antiquité tardive et du Moyen Âge, les remplois de matériaux et d'éléments d'anciens édifices dans de nouvelles constructions. Pluriel du substantif neutre spolium dont l'étymologie renvoie à la dépouille d'un animal, aux pillages et aux butins de guerre.

  • Le projet Studio Shakhari Bazar débute en 1997 par une exposition sous chapiteau dans Shakhari bazar, dernière poche de diversité culturelle et religieuse de Dhaka, capitale du Bangladesh. Elle se composait de portraits d'habitants, restes inutiles d'un reportage mené en 1995/96 avant que Gilles Saussier ne se détourne de ce type de production. Le dernier jour, les photographies furent distribuées aux habitants, l'exposition prenant fin au fur et à mesure que chacun emportait son portrait.
    En 2001 et 2004, Gilles Saussier documente la dissémination de ses images dans les boutiques, les intérieurs, leur cohabitation avec les posters de cinéma, les images de la culture bengalie, les photos de familles. À cette occasion, il distribue également des portraits réalisés lors de l'exposition de 1997, qui représentent des habitants tenant à la main leur portrait de 1995/96. Ces couches d'images superposées forment le fil conducteur d'un processus d'une dizaine d'années - Gilles Saussier étant revenu une dernière fois en 2006 - qui paraît épouser le rythme cette rue-méandre faite de mouvements et d'attentes. Loin du tableau exotique, elle apparaît ici comme un fleuve qui nous demeure profondément insaisissable, tout en entrant étrangement en écho avec la rue pré-haussmanienne ou les petits métiers urbains de l'Europe d'avant-guerre.
    À travers un texte d'introduction et des notations au fil de l'ouvrage, Gilles Saussier précise l'histoire de Shakhari bazar, l'évolution et les modalités de son travail.

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