Littérature générale

  • Sartre écrit, dans Plaidoyer pour les intellectuels, que l'intellectuel est perçu comme celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, quand Beauvoir - cela saute aux yeux - se mêle de ce qui la regarde, dans ses livres sur le Deuxième Sexe et sur la Vieillesse. Depuis quelques décennies, la question sexe/genre a réussi à s'imposer comme problème théorique, et par conséquent comme champ de recherche, lieu d'explorations, de théories. Mais aucune position de surplomb n'est enore possible parce que l'objet de pensée échappe sans cesse à la sérénité académique, parce que le sujet de pensée doit défendre encore sa légitimité scientifique. Comment penser l'égalité des sexes ? Être un « être de raison » fut contesté au sexe féminin depuis Fénelon et la fin du xvii e siècle. Face à cette exclusion de la pensée, Geneviève Fraisse s'est construite en résistance à une ritournelle négative. La philosophie est le bastion le plus solide, parce que le plus symbolique, d'une suprématie masculine. On reconnaît plus facilement l'historienne que la philosophe, et à travers le parcours de l'autrice, c'est celui de toute une génération qu'on saisit. Le féminisme qui ressurgit au lendemain de mai 68, persuadé d'inventer l'Histoire, reprend un fil déjà ancien, celui du « nous » les femmes de 1830, saint-simoniennes, qui inaugure une dynamique d'émancipation féministe qui va jusqu'à #metoo. Notre xxi e siècle parle du corps politique, collectif, impensé du contrat social et de nos démocraties. C'est un pas de plus dans la représentation de ce qui a bloqué l'émancipation des femmes, donc l'égalité des sexes.

  • Un anniversaire de naissance - elle aurait cent dix ans en 2018 - convoque les souvenirs. Geneviève Fraisse évoque le parcours de celle qui se voyait en «correspondante de guerre» au coeur de l'histoire philosophique, politique et littéraire.
    Comment Simone de Beauvoir, qui use si souvent du mot «privilège», place-t-elle son désir de connaître et de se connaître au coeur du Privilège de la pensée que le XXe siècle lui a accordé? Formidable espace que celui de la femme savante, pensante, tout éblouie par ces lumières intellectuelles offertes, enfin sans limites, au sexe féminin.
    Pourquoi se pose-t-elle alors la question du deuxième sexe, de l'autre sexe? Pourquoi, surtout, introduit-elle l'idée d'un «devenir» de la femme, d'une histoire peut-être, qui produirait enfin un écart après tant de siècles répétitifs?
    Commémorer une grande figure, telle Simone de Beauvoir, n'est pas une affaire d'héritage ou de transmission dans le cadre d'une histoire des femmes, encore fragile, trop peu légitime. Il s'agit, plus sûrement, de découvrir la possibilité d'une appropriation ; il ne faut pas recevoir, mais prendre.

  • Tout a commencé avec le contrat social, lorsque, refusant l'analogie entre famille et état, rousseau pose la dissociation entre domestique et politique, entre la famille et la cité.
    Cette séparation des sphères est avant tout une séparation des gouvernements - gouvernement domestique et gouvernement politique. elle signe la fin d'une comparaison quant à l'exercice du pouvoir. mais que s'est-il passé, pour les femmes, dès lors que la société civile et politique a été disjointe de la société domestique ? qui a pensé, parmi les théoriciens du pouvoir, la société domestique ? plus que jamais, une femme est plusieurs êtres à la fois - mère, fille, soeur ; épouse, amante, fille majeure ; travailleuse, ménagère, etc.
    Tout le débat sur la citoyenneté se déploie en étoile à partir des statuts et des rôles de la femme contemporaine. la citoyenneté des femmes n'est pas une construction abstraite comme ce fût le cas pour les hommes ; elle s'est conquise concrètement, à partir des déterminations réelles. aussi l'enjeu est-il désormais de penser ensemble les deux gouvernements, la parité domestique et la parité politique, et de trouver une articulation nouvelle, par-delà toute " conciliation " ou " réconciliation ", pour la double journée des femmes, qui serait aussi celle des hommes.

  • A l'heure où l'on célèbre le centenaire de Simone de Beauvoir, Geneviève Fraisse évoque le parcours de celle qui se voyait en "correspondante de guerre" au coeur de l'histoire philosophique, politique et littéraire. Comment Simone de Beauvoir, qui use si souvent du mot de "privilège", place-t-elle son désir de connaître et de se connaître au coeur du privilège de la pensée que le XXe siècle lui a accordé ? Formidable espace que celui de la femme savante, pensante, tout éblouie par ces lumières intellectuelles offertes, enfin sans limites, au sexe féminin. Pourquoi se pose-t-elle alors la question du deuxième sexe, de l'autre sexe ? Pourquoi, surtout, introduit-elle l'idée d'un "devenir" de la femme, d'une histoire peut-être, qui produirait enfin un écart après tant de siècles répétitifs ? Commémorer une grande figure, telle Simone de Beauvoir, n'est pas une affaire d'héritage ou de transmission dans le cadre d'une histoire des femmes, encore fragile, trop peu légitime. Il s'agit, plus sûrement, de découvrir la possibilité d'une appropriation ; il ne faut pas recevoir, mais prendre.

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