• Ne touche-t-on pas au point où le capital menace de nous transir entièrement avec sa fiction de vie ? il est temps, extrême, pour nous autres, de chercher à nouveau quelle sorte d'imagination et quelle force de vie peuvent, à la fois, rendre compte et dégager - réellement - d'une telle emprise, potentiellement illimitée.

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  • Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, mais il suffit d'un seul pour le faire exister. Pour faire exister quoi, au juste ? Certainement pas, hypostasiés, le hasard ou la fortune. Et si ce qu'on appelle hasard était coextensif aux innombrables coups de dés qui en relèvent ? Y a-t-il d'abord, dans l'existence très en général, autre chose que des coups de dés (même s'ils se passent de dés et ne prennent pas forcément la forme de coups) ? Localement, il semble bien y avoir des nécessités ou, sur un autre plan, des mérites, mais que subsiste-t-il d'eux à l'échelle impensable de la pluralité des mondes ? À remarquer qu'en tant que paysans, attachés au mieux à la localité terre, il est heureux que nous puissions essayer de nous raccrocher à quelque nécessité ou mérite, car vivre un "pur" hasard incessant risquerait fort de nous disloquer l'entendement et le reste. Mourir, c'est au moins devoir être arraché à notre échelle humaine (je ne me risquerai pas à dire que c'est en changer). Le problème, c'est que nous y tenons beaucoup à cette échelle, à cette mesure de toutes choses : aux aléas et aux nécessités, aux mérites et aux démérites, etc., de l'existence humaine. Il semble à nombre d'entre nous que cela vaut beaucoup mieux que rien, puisque mourir condamne pour eux à l'inexistence. "Rien" est ce drôle de mot qui, étymologiquement, dit la chose pour en arriver, dans notre langue, à dire la non-chose. Il suggère à sa façon que nous n'arrivons pas à penser la mort autrement que comme une négation de nos choses (êtres, affaires, faits, etc.). "Néant", si on s'en tient à son étymologie, est pire encore, car il peut signifier"non-race". Pourtant, nos choses sont bel et bien hasardeuses. Intégralement, aucune nécessité ne les ordonne et aucun mérite (ni démérite) n'en rend compte ; loin s'en faut.

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  • L'argent

    Gérard Lepinois

    Qu'on s'en satisfasse ou non, un vide propre au commerce - généralisé indissociablement comme réalité et modèle, simplicité et sophistication - s'installe doublement : et comme vide de l'argent, et comme vide de l'absence d'argent. Ces vides se complètent et tendent à passer pour l'essentiel de la vie. Le second ne concerne pas seulement la pauvreté, mais aussi tout ce dont on prétend pouvoir faire l'expérience en dehors du primat de l'échange marchand. C'est ce dehors lui-même qui paraît devenir presque impossible.

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