• L'oeuvre dramaturgique d'Aimé Césaire (1913-2008) tient en une trilogie (à laquelle on peut ajouter Et les Chiens se taisent, son premier essai d'écriture scénique, qu'il désignait sous le terme d'oratorio). Mais il est parvenu, en faisant une moisson inégalée d'images flamboyantes, à exposer dans ces trois textes les moments primordiaux de l'histoire du peuple noir : la libération de l'esclavage et un pays à créer dans La Tragédie du roi Christophe, la difficile accession à l'indépendance et le caractère impitoyable du néo-colonialisme dans Une Saison au Congo et la réalité du racisme et de la ségrégation dans Une Tempête. Cette trilogie constitue comme la tête de lecture de l'oeuvre entière de Césaire en permettant d'interpréter à leur juste valeur les autres textes majeurs - d'une indéniable théâtralité - tels que Cahier d'un retour au pays natal ou Discours sur le colonialisme. Elle se présente surtout comme « la poésie mise à la portée du peuple », selon le voeu de l'auteur. Ce livre s'efforce de mettre en évidence l'étonnante actualité, à portée universelle, de ces démonstrations qui sont comme autant de témoignages toujours à méditer.

  • « Le rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Souffrant du divorce entre le sentiment et la raison, Gérard de Nerval (1808-1855) affirme avant nul autre que c'est la poésie qui change la vie et non l'inverse. Voyageant dans les livres et dans les villes, c'est lorsqu'il est prisonnier des songes qu'il est véritablement lui-même. Parce qu'il considère sa vie comme un mythe, il défend la liberté d'en disposer à sa guise et choisit le chemin « mystérieux, qui va vers l'intérieur ». Observateur éveillé de la vie onirique, il est celui qui, tout en vivant les risques de sa folie, sait en faire la matière d'une oeuvre littéraire. Après de nombreux séjours en maisons de santé, et un dernier dîner dans un cabaret des Halles, alors que Paris est sous la neige, il se pend, à l'aube du 26 janvier 1855, rue de la Vieille-Lanterne.

  • Il s'agit d'une étude des récits de voyages, au XXe siècle, et d'une analyse de ce genre littéraire particulier, à travers des monographies d'écrivains voyageurs célèbres : Gide, Michaux, Leiris, Lévi-Strauss, Bouvier, Segalen.
    Chaque voyage fut pour ces hommes un bouleversement et marqua un tournant dans leur existence : peut-on imaginer Gide sans son voyage au Congo ou en URSS ?
    Chacun de ces auteurs constitue un élément dans la théorie du voyage que l'auteur entend ici esquisser : comment aborder d'autres lieux, d'autres hommes, sans tomber dans l'idéalisation de l'autre ou dans l'ethnocentrisme ?
    L'étude porte sur le récit de voyage de langue française au XXe siècle. Les auteurs abordés permettent de dessiner une théorie du voyage, car tous ont adopté une position résolument défaite de tout ethnocentrisme et ont fait de leurs pérégrinations l'occasion d'une remise en cause radicale de leurs valeurs et de leur existence.

  • « C'est dans Le Temps retrouvé que se révèle pleinement le tourbillon dans lequel, depuis le début, Proust souhaitait entraîner le lecteur. Celui-ci va se trouver constamment obligé d'opérer de fréquents ajustements s'il ne veut pas se perdre. Car enfin, avec ce volume, il achève un récit où l'écrivain n'a cessé de lui affirmer que le roman visé par le héros est encore à écrire. Et pourtant l'on apprendra, dans cette dernière section, que le roman pourrait bien correspondre, point par point, au récit qui vient d'être lu. Ainsi, il y est question d'"esquisses" déjà rédigées et montrées à quelques personnes. De sorte que s'effectue, dans le dernier volume, un basculement, un passage qui conduit le lecteur du temps du récit au temps du roman. »
    Gérard Cogez.

  • Première création théâtrale d'Aimé Césaire, en 1963, La Tragédie du roi Christophe, inscrite au répertoire de la Comédie française, est une pièce magistrale, nourrie du voyage de l'écrivain en Haïti en 1944 et de l'admiration pérenne manifestée pour cette île soeur où « la négritude se mit debout pour la première fois ». Elle dépasse la simple reconstitution historique pour hisser, dans un geste poétique inimitable, à la hauteur des débats partagés par tous, des questions toujours d'actualité : la nécessaire résistance à l'esclavage et au colonialisme mais aussi la réflexion à engager sur les lendemains d'une libération. La pièce expose les enjeux de l'affranchissement des peules dominés.

  • Étude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'oeuvre: approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse. Bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse. Eclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents. Un ouvrage efficace, élégant. Une nouvelle manière de lire Voyage en Orient de Gérard de Nerval.

  • Voyageurs et écrivains, les auteurs dont il est question dans cet essai se sont engagés avec ferveur aussi bien dans le périple lui-même que dans le récit qu'ils en ont tiré. C'est autant l'écriture que le chemin parcouru qui fait le voyage, voilà ce qu'ils eurent à coeur de démontrer, chacun à sa manière. Les diverses figures déployées dans leurs récits respectifs leur ont été dictées par les lieux et les hommes découverts sur la route et l'une d'elles a souvent fini par s'imposer comme disposition dominante en fonction des réalités expérimentées dans les différents lieux visités.

  • Rares furent les écrivains du XXe siècle à avoir, comme Michel Leiris, pratiqué l'écriture autobiographique avec aussi peu de complaisance pour soi-même. Comme s'il s'était agi pour lui d'exercer un véritable jeu de massacre contre ce qu'il fut, avec une remise en cause radicale de ses propres agissements et attitudes. De fait, l'ensemble de ses écrits semble être organisé en fonction du passage à l'acte suicidaire qui eut lieu dans la nuit du 29 au 30 mai 1957.
    Avec un avant, qui paraît en être comme le long protocole, et un après, où il tire toutes les conséquences de ce moment mémorable qui aurait pu être celui de sa mort. Il s'est employé assez vite à doubler d'une frange d'écriture une vie qui ne lui offrait pas un coefficient de présence satisfaisant, faute d'être suffisamment exposée. Il a dit et redit, avec nombre d'exemples à l'appui, comment il s'était toujours tenu à l'écart des vrais dangers, " aimant à jouer les toreros mais sans qu'il y ait jamais en face de [lui] un vrai taureau. " Peut-être faut-il voir dans cette attitude les effets de représentations liées à une naissance regardée comme manquant de légitimité, et vouant l'être qui en est le résultat à une existence improbable, et particulièrement vulnérable aux atteintes de tous ordres ? Longtemps Leiris s'est regardé comme celui qui n'aurait pas dû naître, qui n'avait pas lieu d'être. Il a interprété sa venue au monde comme le signe patent d'une trahison. Commise, au premier chef, par celle qui ne l'attendait pas, qui espérait qu'à sa place quelqu'un d'autre advienne : une fille, par exemple, venant remplacer celle qui fut perdue dans la douleur, quelques années plus tôt. Dès lors, toutes les figures que l'intéressé put interposer entre lui et celle pour qui il fut cet indésirable, se révélèrent particulièrement tentantes. Pour être valides, il fallait que ces représentations puissent, de près ou de loin, manifester une vraie capacité à lui tenir lieu de mères d'adoption, à se transmuer en terres d'accueil fiables.
    Il a constitué un volumineux dossier, dans lequel il a accumulé les signes lui prouvant à quel point il était peu souhaitable. Pour lui-même et pour les autres. Du XXe siècle, qu'il a parcouru presque de bout en bout, il a dressé, en se concentrant sur lui-même, un portrait accablant. Dans cette instruction contre lui-même, plus les éléments à charge devenaient nombreux et patents, plus l'écriture mise en oeuvre pour les développer se raffinait. Professeur des universités, Gérard Cogez enseigne la littérature des XIXe et XXe siècles à l'Université de Lille. Il a beaucoup travaillé sur Proust - thèse avec Barthes - et écrit quelques ouvrages d'abord publié aux PUF : Sur À La Recherche du temps perdu, en 1990, collection " Études littéraires ", Sur Le Rivage des Syrtes, en 1993, collection " Études littéraires ", Sur Michel Leiris : Leiris sur le lit d'Olympia, en 1995, (collection " Le texte rêve ", dirigée par Jean Bellemin-Noël). Plus récemment, il a publié Les Écrivains voyageurs au XXe siècle (Seuil, 2004) : sur Segalen, Gide, Michaux, Lévi-Strauss, Leiris et Nicolas Bouvier. Marcel Proust, " Le Temps retrouvé ", Gallimard, Foliothèque, 2005. Gérard de Nerval, " Voyage en Orient ", Gallimard, Foliothèque, 2008. Il est aussi l'auteur de nombreux articles publiés au fil des années (nombreux sur Proust et Leiris), qui ont porté, outre les auteurs déjà cités, sur Simenon et quelques autres.

  • Leiris sur le lit d'Olympia

    Gérard Cogez

    • Puf
    • 1 October 1993

    Une lecture de l'essai de Michel Leiris Le Ruban au cou d'Olympia (Gallimard, 1987).

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