Bandes dessinées / Comics / Mangas

  • Incidents

    Gérald Auclin

    Entièrement réalisé en papier découpé, Incidents est l'achèvement de cinq années de coups de cutter acharnés. Et dans ce jeux de formes et de couleurs brutes accumulées par Gérald Auclin, la poésie de Harms est à son aise. Pantomine Dada ? Pantins suprématistes ? Toute correspondance avec les avant-gardes picturales du début du XXe siècle ne saurait être fortuite. Mais qu'on ne se méprenne pas : ces Incidents ne relèvent aucunement de l'abstraction, tant les mots du poète réprouvé, avec leur fausse légèreté absurde et fulgurante, témoignent en réalité de la violence du quotidien russe des années 1920-1930.

  • Victor Anthracite, c'est le personnage que Gérald Auclin a créé pour s'amuser avec les différents types de récit de genre. Entre la vraie-fausse grande aventure parodiant Hergé (Victor Anthracite et les trafiquants de parapluies, 2008) et le polar hard-boiled (« Dur à cuir » in DMPP n° 8, 2012), s'inscrivent ces Illusions (2008-2011), sorte de romance dépressive nourrie aux fantasmes qui ne se réalisent jamais, empruntant son titre à la célèbre chanson de Serge Gainsbourg. Pour la préparation de cette fiction mélancolique, Gérald Auclin se sera servi de sa propre revue pour mettre en place les grands axes du récit et la majeure partie des détails (DMPP n° 5, 6 et 7). Pour la préparation de ce livre, il aura recomposé son récit par l'ajout de quelques scènes mémorables, et peaufiné avec cette saine maniaquerie qui le caractérise (voir Incidents, 2011) une mise-en-scène à l'efficacité redoutable, pleine de fausses symétries perverses et de répétitions visuelles, tout en blocs de noirs et réserves de blancs. Un livre plein d'amitié et de drague complexée, d'obsessions sexuelles et de brumes d'alcool, de poésie et d'hallucinations, pour un réconfort à la solitude des losers amoureux.

  • Pré-publié dans l'inénarrable Dame Pipi Comix l'édition définitive de Victor Anthracite a tout du récit classique : une narration sans faille, un découpage rigoureux et des dialogues ciselés. Pourtant, les aspérités sont bien là et on commence déjà à parler d'un travail « anti-Hergéen » à propos de la série de Gérald Auclin. Car si le découpage et la narration empruntent beaucoup au Maître, les renversements sont quasi-constants : la ligne claire est brisée au lieu d'être lisse, le personnage est bien plus victime que héros, et le noir et blanc tranché des aplats ne laisse décidément pas de place à la couleur. Mais le coeur du sujet n'est pas là. Victor Anthracite parviendra-t-il à enrayer l'imminente pullulation de cafards orchestrée par un oligarque misanthrope ? Seule la lecture vous le dira...

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