• François Cusset revient dans cet ouvrage sur ce « moment » confinement qu'il décrypte comme le génie indécis, vaporeux, qu'a laissé s'échapper pendant quelques semaines cette lampe du confinement, merveilleuse et terrifiante à la fois. Une analyse érudite et originale qui permet d'envisager, qui sait, un nouvel horizon d'avenir désirable.

  • La Yougoslavie implosait. Les Zapatistes prenaient les armes au Chiapas. Au Rwanda on exterminait en masse. Partout les bulles spéculatives enflaient. La techno et l'ecstasy multipliaient les nuits blanches. La France était reine du football. De grandes grèves réveillaient le mouvement social, et les idéologues qui croyaient avoir vaincu le communisme commençaient à déchanter, pendant qu'Internet balbutiait et qu'un président américain jouait son poste sur une gâterie.
    Autre temps, si récent pourtant, que celui où prit naissance notre présent. Car dans l'intervalle entre la chute d'un mur, à Berlin, et l'écroulement de deux tours, à New York, le monde a basculé, avec les certitudes qui le portaient : celles de la fin (de l'Histoire, du social, de la guerre...), vite corrigées par le retour de l'événement, et celles du bonheur néolibéral sans alternative, que les faits comme les nouveaux résistants s'appliquèrent à démonter.
    L'ambition de ce livre est d'offrir la première histoire générale, plurielle et engagée de la dernière décennie du XXe siècle : l'ère de la " fin de l'Histoire " avait besoin de son manuel d'histoire, pour y voir s'entrecroiser culture et politique, pop et peuple(s), régressions brutales et nouvelles zones autonomes temporaires - et pouvoir passer, peut-être, de la fin de tout au début de quelque chose.

  • Sait-on que la science-fiction américaine, du roman " cyberpunk " à la saga Matrix, se nourrit largement de Jean Baudrillard ? Que Gilles Deleuze et Félix Guattari inspirent aux États-Unis les pionniers de l'Internet comme de la musique électronique ? Que Michel Foucault y est la référence majeure des luttes communautaires, tandis que Jacques Derrida est une star sans égale dans l'université ?
    Après avoir croisé à New York la contre-culture des années 1970, les oeuvres des philosophes français de l'après-structuralisme sont entrées dans les départements de littérature de l'université américaine, où elles ont bouleversé de l'intérieur tout le champ intellectuel. Réinterprètées, réappropriées au service des combats identitaires de la fin de siècle américaine, elles ont fourni le socle théorique sur lequel ont pu s'épanouir, contre la régression des années Reagan, les cultural studies, les gender studies et les études multiculturelles.
    C'est cette histoire, mal connue, de la french theory que François Cusset retrace ici. Il décrit le succès de cette étrange " théorie française " -; la déconstruction, le biopouvoir, les micropolitiques ou la simulation -; jusque dans les tréfonds de la sous-culture américaine. Il restitue l'atmosphère particulière des années 1970 et raconte la formidable aventure américaine, et bientôt mondiale, d'intellectuels français marginalisés dans l'Hexagone. Car le plus surprenant est que, pendant que l'Amérique les célébrait, la France s'empressait d'inhumer ces dangereux échevelés de la " pensée 68 " pour louer à nouveau l'humanisme citoyen et son vieil universalisme abstrait.
    Ce livre éclaire ce paradoxe en explorant une modalité méconnue, mais cruciale, du malentendu franco-américain. Au-delà, il brosse un portrait passionnant des mutations de l'espace intellectuel, culturel et politique américain des dernières décennies.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2005.)

  • On pourrait croire la violence en voie d'éradication de nos quotidiens mais, à y bien regarder, il n'en est rien. Si les violences émanant des individus sont effectivement jugulées par de solides appareils policiers, la violence économique, sociale, politique, imposée par le néolibéralisme perdure allègrement, tendant même à se fondre dans le décor. Dans cet essai ravageur, François Cusset nous décrypte ces nouvelles logiques de la violence avec lesquelles nous cohabitons malgré nous.
    Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées.
    Plutôt qu'enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour " pacifier " policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la " civilisation " voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l'impuissance collective, de nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d'énergie sociale. Mais d'autres les convertissent en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l'emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?

  • Les années 1980 évoquent quelques images rutilantes : les années-fric et l'entrepreneur-héros, les années-strass et leurs stars kitsch, Le Pen et " Touche pas à mon pote ! ", Jack Lang et la Fête de la musique, Jacques Séguéla et sa " génération Mitterrand ", Bernard Tapie et les Restos du coeur, le Minitel et les pin's, le cynisme des ex-gauchistes parvenus au pouvoir et la bien-pensance du charity business... Que reste-t-il de cette décennie, qui est d'abord celle d'un affaissement général et du grand renoncement ? Pourquoi apparaît-elle à ceux qui l'ont vécue comme un cauchemar intellectuel et politique ? Dans quelle mesure les années 1980 permettent-elles de comprendre la France d'aujourd'hui ? Reconstituant, année après année, les étapes de ce tournant présenté comme inexorable, François Cusset montre que cette décennie signe avant tout la disparition de tout sens critique : des " experts " se mettent à professer le marché comme fin de la politique ; des " intellectuels " médiatiques discourent en choeur sur la fin des idéologies et délivrent des sermons simplistes sur le " mal " et le " sens de la vie ". On a ainsi vu triompher une idéologie réactionnaire d'un genre nouveau, où l'esprit de la révolution est passé dans l'entreprise, promue comme lieu par excellence de l'anticonformisme. La télévision, devenue le coeur de l'espace public, a commencé à diffuser le bavardage publicitaire qui lui tient lieu de vision du monde. Derrière le basculement des années 1980, et tout ce qu'elles nous ont légué, on trouve des intellectuels d'État et des idéologues télévisuels, quelques moralistes de plume et sociologues de la pub. C'est sous ces crânes, dans ces écrits, au fil de ces discours aux sources variées, des tubes aux essais, des romans aux slogans, que François Cusset est parti traquer la vérité de cette décennie terrible. Mais il montre aussi comment la pensée critique a pu survivre, comment elle a continué son travail souterrain, pour ouvrir, au milieu des années 1990, de nouvelles perspectives intellectuelles et politiques.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique,la 2e édition de 2008)

  • Analyse du grand virage mondial à droite par le spécialiste de l'histoire culturelle et générationelle des années 1960 et 1970 aux États-Unis et en France. Du cauchemar des années 80 à la financiarisation : c'est ce long retour de bâton, réactionnaire et individualiste, cynique et guerrier, bienveillant et divertissant, que François Cusset détaille dans cet entretien avec Régis Meyran.

  • Un jour de feu, comme si la ville avait toujours été à nous.
    Un seul jour de feu, pour un reste de vie tiède.
    Longtemps après, on vit sans nous, chacun pour soi.
    Mais on se retrouve par hasard, une nuit entière, on retrouve nos forces, et un fantôme.
    Notre temps à nous.
    À l'abri du déclin du monde.

  • "Je me suis retiré du monde, pour qu'il ne me manque plus. Bon, ça n'est pas non plus le couvent. Je vois parfois un ou deux amis, dont la vie agitée me fait comme un souvenir lointain, et j'en croise d'autres en passant, au gré de mes journées vides : Alan Turing, Ana Wintour, Proust ou Tricky, Derrida et Gainsbourg dans un bar d'hôtel, Borg et McEnroe tout timides au Palace, Nan Goldin de mauvais poil, Hegel bougon à l'hospice, les Quatre Fantastiques en vrai, ou juste Mesrine et Blanqui pour une bière au comptoir - quand je ne me réveille pas en 1942, ou en 2042, dans une ville entière qui baise ou au fond d'une artère fémorale. Mais le plus souvent je veille à ce qu'il ne m'arrive rien. Je me contente de fixer le mur de l'autre côté de la cour, de noter quelques statistiques qui m'obsèdent ou, plus rarement, de balancer mes excréments sur des officiels grâce à mon propulseur enfin réparé. C'est ma vie, ou son absence - que ce journal égrène."

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