• Quand Carol Gilligan a énoncé dans Une voix différente (1982) l'idée que les femmes ont une autre manière de penser la morale que les hommes, elle ne s'est pas contentée d'élargir la division des sexes à la morale. Elle a mis en avant un concept largement occulté et laissé à l'état de friche : le care. En portant l'attention sur ce « prendre soin », ce souci des autres, l'éthique du care pose la question du lien social différemment :
    Elle met au coeur de nos relations la vulnérabilité, la dépendance et l'interdépendance.
    Elle rend ainsi audible la voix des fragiles et met en garde contre les dérives conjointement marchandes et bureaucratiques de nos sociétés néolibérales.
    Fabienne Brugère propose une synthèse des recherches autour de la notion de care et montre en quoi cette philosophie constitue aujourd'hui un véritable projet de société.

  • Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme : on le devient. » Puisant dans sa propre expérience et avec un regard sur le monde, Fabienne Brugère décline cette phrase à travers les différents âges de la vie, de la naissance, la jeunesse, l'âge adulte à la vieillesse, en montrant comment la femme est à la fois piégée et cependant en mesure de se libérer. Cette défense d'un féminisme ordinaire cherche non pas à victimiser les femmes mais à expliquer qu'elles peuvent changer leur quotidien et le cours de leur vie.
    Ce livre est un plaidoyer pour la liberté, écrit par une philosophe engagée, qui travaille aussi sur le droit à l'hospitalité.

  • C'est entendu : nous vivons dans une "société d'individus". On peut entendre ce diagnostic de plusieurs manières : d'un côté, l'individu serait un être absolument indépendant par rapport aux appartenances collectives ; de l'autre, on peut y voir le culte de soi et le développement de comportements narcissiques. Dans ces deux formes d'individualisme, l'individu ne trouve rien qui le dépasse pour lui imposer des cadres.
    Dès lors, comment inventer une politique fondée sur l'individu ? Car l'individu en société ne "tient" pas tout seul. Une politique de l'individu doit passer par le soutien : de manière générale, au niveau des politiques publiques, de manière locale, au niveau des politiques territoriales, et dans la liberté de se réaliser, c'est-à-dire d'être soi-même - ce qui suppose des politiques individualisées.
    Reconnaître la place des individus, c'est interroger les relations qui les unissent dans une même société. Si la gauche veut faire référence à la notion d'individu, elle doit au préalable s'interroger sur ces relations interindividuelles. Plus fondamentalement, la question du lien social doit devenir un objet politique, afin que les capacités et la protection de la vulnérabilité concourent à une véritable politique de l'individu.

  • Les enfants ont un rapport direct et sans détour à la beauté. Ils apprécient la diversité de ses formes et de ses expressions sans la rapporter nécessairement à des règles et à une culture préalables. Avant d'habiter les oeuvres d'art, la beauté surgit dans le monde. Elle nous fascine et nous inquiète à la fois. L'art, qui métamorphose la beauté, met l'imagination au pouvoir. Pourquoi réfléchir sur la beauté ? Parce qu'elle nous aide à mieux exister. Mais il reste toujours, par-delà les explications des philosophes et les explorations des artistes, un mystère du beau. Aimer la beauté, c'est se lancer dans une entreprise qui ressemble à une enquête policière : on tente de composer un puzzle impossible avec des pièces manquantes.

  • L'année 2011 aura été marquée par le printemps arabe et dans son sillage, le mouvement des indignés dans de nombreux pays européens. Cette expression d'un désir de démocratie est venue comme un démenti des discours si souvent entendus de l'apathie politique dans laquelle nous aurait tous plongé la société de consommation et du spectacle.
    Comment comprendre ces mouvements de contestation ? Qu'est-ce qui les distingue de la dissidence et de la participation ? Quelle démocratie désironsnous ? Quels gouvernants voulons-nous ? Autant de questions que Fabienne Brugère tente ici d'éclairer, comme un préambule à l'élection présidentielle à venir.

  • L'idée de beauté a été, jusqu'au XVIIIe siècle, étudiée par la métaphysique. Platon, par exemple, en parlait comme du Beau, Idée supérieure et abstraite dont les beautés terrestres n'étaient que le reflet. Au XVIIIe siècle, sous l'impulsion des empiristes anglais, la beauté est envisagée comme une expérience et une série de sensations : on ne parle plus du « Beau » mais de beautés particulières, soumises aux modes :
    L'esthétique était née. A quoi tient ma perception d'un objet comme beau ? Pourquoi ressent-on, face à telle ou telle image, ce sentiment d'agrément et cette émotion propres à la beauté ? Telles sont les questions que se posèrent alors des philosophes comme Hume, Reid ou Hutcheson, et dont Fabienne Brugère retrace ici l'histoire, nous faisant assister à la naissance de la philosophie de l'art.

  • Sur commande
  • En mars dernier, la philosophe Fabienne Brugère devait intervenir lors de la journée nationale de formation des délégués diocésains à la pastorale familiale.
    Elle devait prendre la parole sur le thème du care, «Prendre soin de l'autre, un appel lancé à tous», une façon de faire retomber les passions internes à l'Église catholique après les débats tendus sur le mariage pour tous. La pression de sites traditionalistes dénonçant l'invitation d'une femme « connue pour être adepte de l'idéologie de Judith Butler » et de la théorie du genre, a finalement contraint Mgr Brunin, président du conseil famille et société de la Conférence des évêques de France, a annulé sa venue, reconnaissant que les conditions d'un dialogue serein de l'Eglise avec la société n'était pas réunies. Cette décision a été critiquée par une partie de l'épiscopat, qui y voit une reculade sous la pression d'une minorité érigée en police de la pensée. Comme le soulignait Dominique Greiner dans La Croix, l'église ratait là une belle occasion de montrer qu'elle est avant tout conversation et que le dialogue avec les représentants de la pensée contemporaine fait partie de sa mission.
    Dans un entretien avec la journaliste Élodie Maurot, Fabienne Brugère revient, en philosophe, sur la violence des attaques qu'elle a alors subies. Audelà du conflit classique entre foi et raison, ce qui est devenu «l'affaire Brugère» pose de nombreuses questions sur l'état de notre démocratie et du débat d'idées en France aujourd'hui. Et sur la peur que la philosophie inspire toujours aux extrémistes de tous genres.

  • Le monde se soulève, les femmes aussi, à leur manière. Elles font la révolution contre un ordre de grandeur imposé, celui des « grands hommes ». Affaire DSK, #Metoo, entretien d'Adèle Haenel, Affaire Polanski : des voix s'élèvent contre le silence de la domination sexuée et sexuelle, et sous des formes nouvelles.
    Grandeurs (il y a de ce point de vue une proximité entre l'affaire DSK et l'affaire Polanski).
    Un « big bang » mené par les femmes, avec les risques d'un contre « big bang », d'une contre-révolution qui reposerait encore plus sévèrement l'ordre des grandeurs sexuées et sexuelles.
    Que vont devenir les femmes ? Des hétérosexuelles, des lesbiennes, des cyborgs, des égales, etc.

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  • Depuis l'Antiquité, l'hospitalité est l'une des valeurs traditionnelles de l'Europe. Aujourd'hui, pourtant, devant l'arrivée d'exilés fuyant des conditions de vie insupportables, le continent se mue en forteresse. Une vertu fondatrice de notre humanité est-elle en train de disparaître?
    Pour la première fois, deux philosophes s'emparent de la question de l'hospitalité. Ils associent la réflexion à l'enquête de terrain, défendant le principe d'un «reportage d'idées» qui les mène dans la «jungle» de Calais, à l'aéroport de Tempelhof à Berlin, dans les nombreux camps de réfugiés présents dans toute l'Europe.
    Refusant l'idéalisme comme le cynisme, ils posent les jalons d'un «réalisme de l'hospitalité» : parce qu'elle est une épreuve existentielle pour les hôtes comme pour les arrivants, celle-ci ne peut être que collective, donc politique.

  • La philosophe américaine Judith Butler est connue en France pour avoir relancé la problématique féministe à partir d'une relecture des relations de pouvoir chez Michel Foucault. Mais son travail peut aussi être étudié sous l'angle des rapports entre sujet et normes. Comprendre l'action des normes dans la vie humaine et la vie des normes dans les actions humaines, c'est s'engager dans une double réflexion sur le pouvoir de la norme dans la vie et sur le pouvoir de la vie dans les normes. Tel est le centre de la philosophie de J. Butler. D'un côté, la norme a une efficacité pratique particulière dans la régulation des vies et des comportements, d'un autre côté, une norme n'est posée que parce qu'elle peut être contestée par la vie. L'un des enjeux de cette étude est de souligner combien, en posant des questions radicales, J. Butler s'inscrit dans la tradition philosophique d'une ""relecture"" comparée - ici, Hegel, Freud, Foucault.

  • À quel cadre conceptuel peut-on s'adosser pour penser l'éclatement et la plasticité des pratiques artistiques contemporaines ? Pourquoi la modernité esthétique a-t-elle déplacé les limites entre art et non-art, et entre art et vie ? Si l'art n'a de cesse de traquer de nouvelles sensations et de problématiser le rapport au monde, la confusion n'est-elle pas inhérente à l'expérience esthétique ? Toutes les oppositions conceptuelles autour desquelles s'est construite la tradition artistique ont été profondément ébranlées par la modernité esthétique : création et reproduction, oeuvre et objet, art et nature, contemplation et consommation, contemplation et participation, goût et mauvais goût, le musée et son dehors, toutes ces frontières deviennent de plus en plus poreuses. Mais si les pratiques artistiques remettent inlassablement en jeu les cadres théoriques, comment penser cette confusion esthétique sans pour autant renoncer au concept d'art ?

  • Une étude sur l'immigration depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et l'évolution de l'hospitalité des Européens envers les réfugiés.

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