• Je me souviens que je me suis réjoui‚ mais pas de quelle manière. Et je ne me souviens pas comment j'ai pu me réjouir de l'achat d'un canapé... ou me réjouir en général. Je ne comprends pas. Et en général‚ la manière dont je comprenais avant‚ enfin‚ comprenais‚ c'est fini... ça ne marche plus. Maintenant‚ même les choses les plus élémentaires‚ je ne les comprends plus. Et puisque je ne comprends rien‚ je vois tout...

  • Mais où peut-on se retrouver en rêve ? En général, je ne sais pas pourquoi, on se retrouve dans des endroits désagréables. Et on veut fuir en courant, mais dans les rêves on n'arrive pas à courrir. Et, couché dans son lit, on remue la jambe comme un chien endormi sur son tapis. Mais où voudrait-on se retrouver ? Où est-ce que tu peux vouloir aller ? La plupart du temps, tu as envie d'aller là où tu n'es jamais allé, où tu es sûr qu'on ne t'attend pas, que personne n'a besoin de toi, où personne ne sera spécialement heureux de te voir, c'est-à-dire, dans un endroit auquel rien ne te lie.
    C'est quoi cet endroit ?

  • La chemise

    Evguéni Grichkovets

    lors de sa parution en russie, en 2005, ce livre fut un événement.
    tout spécialement à moscou, mégapole en proie à un mouvement perpétuel dans laquelle nous entraîne le monologue haletant du jeune narrateur, au cours de quelque chose qui s'apparenterait tout à la fois à une expédition dans la jungle des villes et à une quête du graal. l'argument est simple : un jeune architecte, installé dans la capitale, part de bon matin chercher son meilleur ami qui arrive de province en avion.
    il tombe en panne au retour, en pleine ville, et doit trouver le moyen d'aller à ses rendez-vous de chantier, obsédé au fur et à mesure de la progression de la journée par l'état de sa chemise alors qu'il doit revoir la dame de ses pensées. une atmosphère étrange s'installe quand notre architecte commence à se rendre compte qu'il est pris en filature ou quand, en rêve, il bascule, et nous avec, dans une guerre ou une tempête en mer...
    ce roman vaut par le rendu palpable de l'énergie que dégage la ville, par la description du mal de vivre de son héros, qui oscille entre la "personne de trop " de la littérature russe et l'amoureux platonique façon alexandre blok, le grand poète du début du xxe siècle. une façon de retrouver sous la couche de vernis de la modernité quelque chose de la russité...

  • J'ai simplement appris sur l'organisation du monde quelques chose qui ne m'a pas plu. Parce que, quand tu apprends comment une chose est faite... ce n'est pas qu'elle cesse de te plaire, mais, de la relation que tu avais jusque-là à cette chose... il ne reste rien... Peut-être que déjà avant elle ne te plaisait pas, mais elle se met à te déplaire d'une autre manière. Vous comprenez... d'une autre manière.

  • Dans les films sur les explorateurs du pôle Nord, chaque fois quand le héros, il est en train de geler à mort, il dit qu'il se sent bien, que tout est tellement paisible...
    Peut-être que ça sera pour l'étape suivante parce que, pour l'instant, c'est pas super... pour le moment, c'est pas terrible.

  • Et quand la quille arrivait, le petit gars montait dans le train, rentrait dans son village, se soûlait dès le premier soir, déchirait toute cette beauté ou dégueulait dessus, tout ça par manque d'habitude de la liberté. L'uniforme était roulé en boule et caché dans un coin. Et tout le monde disait : "Bon, Dieu merci, tu pouvais pas te promener habillé comme ça, comme un coq. C'est fini ! Et vis, vis". Mais comment vivre..., personne ne le disait.

    Sur commande
  • Le Taquet se compose de huit récits qui se lisent comme un roman. C'est une plongée dans le crâne et le quotidien de personnages ordinaires de la Russie actuelle. À commencer par l'auteur lui-même, lorsque, sous les drapeaux, il mangeait du chien. Peu dépeignent nos temps modernes avec autant d'acuité et de drôlerie que cet héritier de Tchekhov ou de Jack London.

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