• L'histoire s'écrit de plus en plus au prisme de la subjectivité de l'auteur, comme si, pour l'écrire, il fallait révéler l'intériorité de ceux qui la font, mais aussi celle de ceux qui l'écrivent. Un nouveau genre hybride a pris forme avec un succès considérable, comme celui des ouvrages de Jablonka. La séparation entre histoire et roman est brouillée: les enquêtes historiques sont écrites comme des romans, et les romans s'inspirent de l'histoire (Binet, Cercas, Sebald). L'essor du moi soulève des questions d'épistémologie, et d'autres plus profondes sur la raison néolibérale. L'histoire est affectée par une nouvelle forme de vie axée sur l'individualisme. Ce texte, qui n'est ni un portrait à charge ni pamphlet, interroge les tenants et les aboutissants de cette mutation dans l'histoire.

  • Depuis le XIXe siècle, les révolutions ont toujours affiché une prescription mémorielle : conserver le souvenir des expériences passées pour les léguer au futur. C'était une mémoire « stratégique », nourrie d'espérance. En ce début de XXIe siècle, cette dialectique entre passé et futur s'est brisée et le monde s'est enfermé dans le présent. La chute du communisme n'a pas seulement enterré, une fois pour toutes, la téléologie naïve des « lendemains qui chantent », elle a aussi enseveli, pour un long moment, les promesses d'émancipation qu'il avait incarnées.
    Mais ce nouveau rapport entre histoire et mémoire nous offre la possibilité de redécouvrir une « tradition cachée », celle de la mélancolie de gauche qui, comme un fil rouge, traverse l'histoire révolutionnaire, d'Auguste Blanqui à Walter Benjamin, en passant par Louise Michel ou Rosa Luxemburg. Elle n'est ni un frein ni une résignation, mais une voie d'accès à la mémoire des vaincus qui renoue avec les espérances du passé restées inachevées et en attente d'être réactivées.
    Aux antipodes du manifeste nostalgique, ce livre - nourri d'une riche iconographie : des tableaux de Courbet aux affiches soviétiques des années 1920, des films d'Eisenstein à ceux de Théo Angelopoulos, Chris Marker ou Ken Loach établit un dialogue fructueux avec les courants de la pensée critique et les mouvements politiques alternatifs actuels. Il révèle avec vigueur et de manière contre-intuitive toute la charge subversive et libératrice du deuil révolutionnaire.

  • Hannah Arendt, Siegfried Kracauer, Walter Benjamin, Hermann Broch, Theodor W. Adorno...
    Ces grands penseurs judéo-allemands ont pour point commun d'avoir dû fuir leur pays après l'accession au pouvoir de Hitler en 1933.
    Dès lors, c'est seuls, errants, étrangers, apatrides, que ceux qui ont survécu à cette fuite ont produit quelques-unes de leurs oeuvres majeures. Quelle influence l'exil a-t-il eue sur celles-ci, quelle place leur pensée a-t-elle prise dans leur pays d'accueil ?
    Enzo Traverso traite de cette rupture tragique au travers de leurs oeuvres d'exil et des correspondances échangées avec les amis éloignés.
    OEuvres et correspondances où les questions de la non-appartenance nationale et du « monde perdu » sont abordées en tant que questions non pas seulement existentielles, mais surtout intellectuelles Publié une première fois en 2004, La Pensée dispersée reparaît ici considérablement augmenté de deux textes, pour l'un sur Kracauer, pour l'autre sur Adorno ; et d'une très longue étude sur l'exil des intellectuels juifs italiens.

  • La modernité juive s'est déployée entre les Lumières et la Seconde Guerre mondiale, entre les débats qui ont préparé l'émancipation des juifs et le génocide nazi. Pendant ces deux siècles, l'Europe en a été le coeur ; sa richesse intellectuelle, littéraire, scientifique et artistique s'est révélée exceptionnelle. Mais la modernité juive a épuisé sa trajectoire. Après avoir été un foyer de la pensée critique du monde occidental, les juifs se sont retrouvés, par une sorte de renversement paradoxal, du côté de la domination. Les intellectuels ont été rappelés à l'ordre et les subversifs se sont assagis, en devenant souvent des conservateurs. L'antisémitisme a cessé de modeler les cultures occidentales, en laissant la place à l'islamophobie, la forme dominante du racisme en ce début du XXIe siècle. Transformée en « religion civile » de nos démocraties libérales, la mémoire de l'Holocauste a fait de l'ancien « peuple paria » une minorité respectable, distinguée, héritière d'une histoire à l'aune de laquelle l'Occident démocratique mesure ses vertus morales.
    Dans cet essai novateur, Enzo Traverso analyse cette métamorphose historique. Son bilan ne vise pas à condamner ou à absoudre mais à réfléchir sur une expérience achevée, afin d'en sauver le legs, menacé tant par sa canonisation stérile que par sa confiscation conservatrice.

  • Le XXe siècle s'est arrêté un beau jour de 1989, avec la chute du mur de Berlin. Ce qui jusqu'à la veille palpitait dans le présent a soudainement semblé faire partie de l'histoire. Profondément affectée par cette rupture, l'historiographie a dû remettre en cause ses paradigmes, questionner ses méthodes, redéfinir ses domaines. Dans ce livre, Enzo Traverso reconstitue de manière magistrale et critique le tableau d'ensemble des mutations qui sont au coeur des grands débats historiographiques actuels. Il y aborde les grandes catégories interprétatives, tant anciennes (révolution, fascisme) que nouvelles (biopouvoir), pour mettre en lumière à la fois la fécondité et les limites de leurs apports ou de leurs métamorphoses. Il y interroge le comparatisme historique, d'abord en étudiant les usages de la Shoah comme paradigme des génocides, puis en mettant en parallèle l'exil juif et la diaspora noire, deux thèmes majeurs de l'histoire intellectuelle. Il analyse, enfin, les interférences entre histoire et mémoire, entre mise à distance et sensibilité du vécu, qui affectent aujourd'hui toute narration du XXe siècle.

  • Le passe, mode d'emploi

    Enzo Traverso

    • Fabrique
    • 10 October 2005


    l'industrie culturelle, les musées, les commémorations, les programmes éducatifs contribuent à faire de la mémoire du passé une sorte de religion civile de nos sociétés contemporaines.
    cette religion remplit souvent une fonction apologétique: conserver souvenir des totalitarismes pour légitimer l'ordre libéral, occuper les territoires palestiniens pour empêcher un nouvel holocauste, envahir l'irak pour ne pas répéter munich. mais il est d'autres chemins de la mémoire, plus discrets, parfois souterrains, décidément critiques, qui transmettent le fil des expériences de l'égalité, de l'utopie, de la révolte contre la domination.
    confrontée à un siècle de feu et de sang, la mémoire revendique ses droits sur le passé. cette émergence de la mémoire a suscité un débat intellectuel, dont enzo traverso reconstitue ici les grandes lignes, de halbwachs à ricoeur, de benjamin à yerushalmi. a l'aide de nombreux exemples tirés de l'histoire du xxe siècle- fascismes, shoah, colonialisme-, ce livre met en lumière les fils qui relient les différents segments de la mémoire collective, l'écriture historienne du passé et les politiques de la mémoire.


  • La violence nazie ne doit rien au hasard: elle a une généalogie, qui n'est pas spécifiquement allemande, et un laboratoire, l'europe libérale du xixe siècle.
    Les camps d'extermination sont l'aboutissement d'un long processus de déshumanisation et d'industrialisation de la mort, amorcé par la guillotine et qui a progressivement intégré la rationalité du monde moderne, celle de l'usine, de la bureaucratie, de la prison. on peut trouver les origines culturelles du nazisme dans le " racisme de classe " qui triomphe après la commune, dans le discours impérialiste sur l'" extinction des races inférieures " visant à légitimer les génocides coloniaux, enfin dans l'émergence d'une nouvelle image du juif- axée sur la figure de l'intellectuel - comme métaphore d'une maladie du corps social.
    Le nazisme réalisera la convergence entre ces différentes sources matérielles et idéologiques. auschwitz se révèle ainsi - et c'est là que réside, selon enzo traverso, sa singularité - comme la synthèse d'un ensemble de modes de pensée, de domination et d'extermination profondément inscrits dans l'histoire occidentale.

  • La modernité juive s'est déployée entre les Lumières et la Seconde Guerre mondiale ; sa richesse intellectuelle, littéraire, scientifique et artistique ne finit pas de nous éblouir. Mais dans cet essai, Enzo Traverso developpe une thèse forte et originale, selon laquelle la modernité juive a épuisé sa trajectoire. Après avoir été le principal foyer de la pensée critique du monde occidental - à l'époque où l'Europe en était le centre -, la pensée juive vit, depuis l'après-guerre, un tournant conservateur, et se retrouve aujourd'hui, par une sorte de renversement paradoxal, au coeur des dispositifs de domination.

  • La première moitié du XXe siècle, de 1914 à 1945, fut une époque de guerres, de destructions et de révolutions qui mit l'Europe à feu et à sang.
    Pour Enzo Traverso, la notion de " guerre civile européenne " permet de rendre compte de cette terrible combinaison de guerre totale sans lois ni limites, de guerres civiles locales (URSS 1917-1923, Espagne 1936-1939, Résistance 1939-1945) et de génocides, qui vit aussi l'affrontement de visions opposées du monde. L'ouvrage analyse ainsi les positions de ces intellectuels de l'entre-deux-guerres qui, à partir d'un égal rejet du monde en l'état, optèrent soit pour le communisme, soit pour la révolution conservatrice.
    Il revient sur le combat des militants et résistants antifascistes, sans pour autant esquiver la question des liens avec le stalinisme ou celle de l'aveuglement face au génocide. Ce livre, paru en 1re édition chez Stock sous le titre A feu et à sang, s'inscrit ainsi contre une relecture de cette période de l'histoire qui, sous couvert d'une critique des horreurs du totalitarisme, tend à rejeter les acteurs, fascistes ou antifascistes, dans le purgatoire indistinct des idéologies, comme si, derrière les victimes, aujourd'hui célébrées, tous les chats du passé étaient gris.

  • En 1989, la chute du mur de Berlin a clôturé le XXe siècle. Ce qui, jusqu'à la veille, palpitait dans le présent, est soudainement apparu comme appartenant à l'histoire. Profondément affectée par cette rupture, l'historiographie a dû remettre en cause ses paradigmes, questionner ses méthodes, redéfinir ses domaines. La manière de penser et d'écrire l'histoire du monde contemporain s'est modifiée. Les clivages figés de la guerre froide ont laissé la place à l'histoire globale qui, au lieu d'un siècle divisé en blocs, voit un réseau d'échanges économiques, de transferts démographiques, d'hybridations culturelles à l'échelle de la planète. L'histoire structurale, axée sur la longue durée, a fait place à un retour de l'événement, avec ses contingences et ses énigmes. La mémoire, finalement, est devenue un prisme privilégié de perception du passé. Une fois entrée dans l'atelier de l'histoire, elle a redessiné le profil du XXe siècle comme âge de la violence et des victimes. Ces mutations sont au coeur de certains grands débats historiographiques que ce livre essaie de reconstituer dans un tableau d'ensemble et de soumettre à une analyse critique. Il part d'un bilan de l'oeuvre d'Eric Hobsbawm, le premier historien du « court » XXe siècle, qui est aussi le miroir d'une école historique et d'une génération intellectuelle marquée par l'engagement politique. Il aborde ensuite d'autres grandes catégories interprétatives, tant anciennes (révolution, fascisme) que nouvelles (biopouvoir), pour mettre en lumière à la fois la fécondité et les limites de leurs apports ou de leurs métamorphoses. Il interroge le comparatisme historique, d'abord en étudiant les usages de la Shoah comme paradigme des génocides, puis en mettant en parallèle l'exil juif et la diaspora noire, deux thèmes majeurs de l'histoire intellectuelle. Il analyse enfin les interférences entre histoire et mémoire, entre mise à distance et sensibilité du vécu, qui affectent aujourd'hui toute narration du XXe siècle. L'histoire s'écrit toujours au présent : c'est bien ce lien matriciel entre le monde de l'historien et son écriture du passé que ce livre questionne.

  • La pensée judéo-allemande rayonne, dans l'histoire du XXe siècle, comme une sorte d'âge d'or de la culture, qui continue à projeter sa lumière sur notre époque. Et pourquoi, elle apparaît aujourd'hui comme un continent englouti de l'histoire. S'interroger sur ce paradoxe et sur le parcours de la judéité au sein de la Mitteleuropa signifie alors aller aux sources d'une déchirure majeure du monde contemporain, qui a transformé l'Allemagne de pays modèle de l'émancipation en lieu où fut conçu et mis en oeuvre un projet d'anéantissement systématique des Juifs.
    Cet épilogue tragique pousse l'historien à repenser l'entrée des Juifs dans la modernité et à rétablir, au-delà du mythe, la réalité de la " symbiose judéo-allemande ". Dans le sillage de Hannah Arendt, cet ouvrage suit les traces de deux figures idéal-typiques du judaïsme moderne - le paria et le parvenu - autour desquelles se dégage une typologie des intellectuels juifs. Souvent considérés, aujourd'hui, comme des classiques de la culture allemande, ces derniers vécurent toute leur vie sous le signe d'une altérité négative qui en faisait des outsiders et des marginaux. Par conséquent, la réappropriation de leur héritage spirituel implique de remettre profondément en question le passé allemand.
    Écrit dans une perspective historique qui prend en compte à la fois la longue durée de l'émancipation et le cassure de civilisation qui porte le nom d'Auschwitz, cet ouvrage montre que, sans élaboration critique du passé, l'idéalisation actuelle de la " symbiose judéo-allemande " risque de se traduire dans une nouvelle mystification de l'histoire et dans une offense à la mémoire des vaincus.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1992)

  • Auschwitz nous confronte à une déchirure de l'histoire qui ne cesse de s'approfondir, dialectiquement, au fur et à mesure qu'elle s'éloigne de nous dans le temps.
    Aujourd'hui central, voire obsédant dans notre mémoire du XXe siècle, le génocide juif a été presque ignoré par la culture occidentale au moment où il a été perpétré. Face à cet aveuglement - dont les Réflexions sur la question juive de Sartre constituent sans doute l'exemple le plus paradoxal et le plus frappant -, ce sont les exilés judéo-allemands et les rescapés du massacre nazi qui, entre les années quarante et soixante, essayent de penser Auschwitz.
    Ce livre leur est consacré. Il explore un paysage intellectuel qui va de Paris à New York, d'une Europe encore en ruine à une Amérique devenue terre d'exil. Il prête son attention à la philosophie (Adorno, Anders) et à la pensée politique (Arendt), sans exclure certaines manifestations littéraires (Levi, Améry) ou même poétiques (Celan). Ethique et épistémologique à la fois, la réflexion de ces intellectuels sonde la relation d'Auschwitz aux violences du XXe siècle, analyse la complicité inédite et terrifiante que les camps de la mort révèlent entre la modernité et la barbarie, entre la rationalité technique et l'extermination de masse, désigne enfin les interrogations que ce génocide pose et les blessures qu'il inflige à la culture.
    Autant de questions qui demeurent au centre du débat actuel.

  • La première moitié du XXe siècle fut une époque de guerres, de destructions et de révolutions qui mirent l'Europe à feu et à sang. De l'explosion du vieux monde en 1914 au nouvel équilibre instauré en 1945, le continent connut des temps de catastrophe et de chaos.
    Pour Enzo Traverso, la notion de « guerre civile européenne » permet de rendre compte de cette terrible combinaison de guerre totale sans front ni limites, de guerres civiles locales et de génocides, qui vit aussi l'aff rontement de visions opposées du monde. Dans une ample perspective solidement documentée, il en brosse les principaux traits : le mélange de violence archaïque, de violence administrative froide et de technologie moderne pour anéantir l'ennemi, la brutalisation de populations jetées dans l'exode ou l'exil, le déchaînement émotionnel des confl its entre civils au sein de sociétés déchirées (URSS 1917-1923, Espagne 1936-1939, Résistance 1939-1945) ou encore l'irruption de
    la peur et l'eff roi de la mort dans l'esprit des hommes. Restituant également leur place aux protagonistes engagés, il analyse les positions de ces intellectuels de l'entre-deux guerres qui, à partir d'un égal rejet du monde en l'état, optèrent de façon opposée pour le communisme (tels Gramsci ou Benjamin) ou pour la révolution conservatrice (tels Jünger ou Schmitt). Il revient de même sur le combat des militants et résistants antifascistes, sans pour autant esquiver la question des liens avec le stalinisme ou celle de l'aveuglement face au génocide.
    Ce livre s'inscrit ainsi contre une relecture de cette période de l'histoire qui, sous couvert d'une critique des horreurs du totalitarisme, tend à rejeter les acteurs, fascistes ou antifascistes, dans le purgatoire indistinct des idéologies, comme si, derrière les victimes, aujourd'hui célébrées, tous les chats du passé étaient gris.

  • Pensee dispersee (la)

    Enzo Traverso

    Arendt, Kracauer, Benjamin, Broch, Roth, Adorno...
    Ces grands penseurs judéo-allemands ont pour point commun d'avoir dû fuir leur pays après l'accession au pouvoir de Hitler, en 1933. Dès lors, c'est seuls, errants, étrangers, apatrides, que ceux d'entre eux qui ont survécu à cette fuite ont produit quelques-unes de leurs oeuvres majeures. Quelle influence l'exil a-t-il eu sur celles-ci, quelle place leur pensée a-t-elle prise dans leur pays d'accueil ? Enzo Traverso traite de cette rupture tragique au travers de leurs oeuvres d'exil et des correspondances échangées avec les amis éloignés.
    Oeuvres et correspondances où les questions de la non-appartenance nationale et du " monde perdu " sont abordées en tant que questions non pas seulement existentielles, mais surtout intellectuelles.

  • Une réflexion sur l'actualité du fascisme et la pertinence de ce terme pour analyser les mouvements extrémistes contemporains.

  • Ce recueil se propose de restituer le profil d'un débat politique, philosophique et historique qui a profondément marqué la culture du XXe siècle, selon le critère suivant : proposer une vision globale d'un débat intellectuel trop souvent perçu de façon partielle et fragmentaire, sous l'impact d'un événement et dans un contexte spécifique (national, culturel, politique). Un grand nombre de textes de ce recueil sont inédits en français - ce qui témoigne de la réception limitée et spécifique de ce débat dans le monde francophone. Chacun d'eux est précédé d'une courte présentation de l'auteur sur les circonstances dans lesquelles il a été conçu et publié et, éventuellement, des réactions qu'il a pu susciter. Un essai introductif vise à esquisser les lignes générales de ce débat et à offrir quelques éléments d'une interprétation historique.

  • Pourquoi les intellectuels engagés ont-ils disparu et laissé la place à des personnages médiatiques omniprésents ou à des experts proches du pouvoir en place, de Bernard-Henri Lévy à Bernard Kouchner ou Alain Minc ? La figure de l'intellectuel critique, incarnée de façon exemplaire par Jean-Paul Sartre, celle d'un personnage indépendant financièrement, s'affirmant contre le pouvoir établi et défendant les opprimés, a traversé le XXe siècle, de l'affaire Dreyfus jusqu'à la mort de Sartre en 1980. Ce siècle, qui se clôt avec la chute du mur de Berlin et de l'URSS, débouche-t-il sur la fin des intellectuels ?

    Enzo Traverso préfère parler d'une éclipse des intellectuels. Agamben, Rancière, Badiou ou Zizek sont bien des figures majeures de la pensée critique actuelle, véritables " stars des campus ". Mais ils restent largement ignorés du grand public. Pourquoi ? Selon Enzo Traverso, l'absence de débat critique dans la sphère publique s'explique entre autres par la structure des médias dominants, soumis aux lois du marché et proches des lieux de pouvoir. Il y voit aussi la conséquence d'une logique, partagée à droite comme à gauche, qui postule l'équivalence entre nazisme et communisme. Résultat : aux utopies révolutionnaires auraient succédé des idéologies molles, comme la mémoire historique sacralisée, l'humanitarisme et l'écologisme dépolitisés, ou encore la compassion pour les victimes. Les nouveaux mouvements sociaux, comme les " indignés ", Occupy Wall Street ou les révolutions arabes, seraient donc caractérisés par leur apolitisme.

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