• À l'heure des post-capitalismes et des alter-mondes possibles, peut-on continuer à opposer de façon mécanique l'« utopie » radieuse du communisme à ses sombres «applications» ? Les idées, les valeurs se transforment lorsqu'elles s'accomplissent dans des circonstances concrètes, et c'est pourquoi Marx n'a jamais produit de théorie de la « société idéale ». Pour renouveler notre regard sur l'histoire du XXe siècle et nourrir une contre-hégémonie à la hauteur des défis du XXIe siècle, il faut revenir sur la véritable ambivalence du communisme : il est à la fois le « mouvement réel qui abolit l'état actuel » et le but à atteindre, « l'association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Mouvement réel et fin visée, tels sont donc les deux visages du communisme. Inlassablement, Marx a cherché comment la révolution pouvait les faire coïncider. Ce sont les multiples voies de cette enquête que ce livre s'attache à éclairer.

  • Sartre et le marxisme

    Emmanuel Barot

    La pensée et les interventions politiques de Jean-Paul Sartre, compagnon de route puis critique hétérodoxe du PCF, proche des jeunes maos après 1968, soutien indéfectible des mouvements anticolonialistes, ont durablement marqué l'espace intellectuel français.
    Mais leur actualité tient d'abord au fait que le philosophe s'est attaqué à des questions toujours décisives pour tous ceux qui se demandent ce qu'être révolutionnaire aujourd'hui peut vouloir dire. Questions théoriques et politiques : qu'est-ce que le travail, l'idéologie, l'aliénation ? L'histoire est-elle toujours celle du primat des forces matérielles ? Qu'est-ce qu'une classe ? Mais aussi tactiques et stratégiques : que retenir des socialismes "réels" ? Faut-il ou non soutenir la gauche réformiste, voter aux élections ? Peut-on se passer de la violence en politique ? Le marxisme est "indépassable parce que les circonstances qui l'ont engendré ne sont pas encore dépassées" affirmait Sartre en 1957.
    En ce XXIe siècle où le règne du capitalisme est aussi féroce qu'avant, où l'actualité montre que les peuples ont toujours à batailler rudement pour se réapproprier leur destin, ses analyses critiques, jamais indépendantes des situations concrètes, ont encore beaucoup à nous apprendre. Cet ouvrage collectif, qui allie contributions de philosophes et d'historiens, analyse les rapports variés de Sartre aux principaux courants du marxisme, à certaines de ses figures les plus emblématiques, et à ses concepts théoriques et politiques les plus cruciaux.

  • Albert lautman (1908-1944),.
    Philosophe, juif, fusillé par les nazis pour faits de résistance comme son ami et collègue jean cavaillès, a laissé inachevée une oeuvre puissante et dont l'influence s'est fait sentir au-delà de son domaine. lautman est une figure rare : un philosophe souverain, capable de mobiliser les grands noms de la tradition philosophique, de platon à heidegger, et suffisamment averti des mathématiques pour proposer une intelligence de leur développement acceptée des savants.
    Les membres du groupe bourbaki ont reconnu en lautman un auteur exposant adéquatement les mathématiques auxquelles ils contribuaient ; deleuze se réfère à lui de manière élogieuse ; badiou, petitot et salanskis, notamment, lui font écho ou tentent de le prolonger. on examine ici cette oeuvre dense, depuis essai sur les notions de structure et d'existence en mathématiques et essai sur l'unité des sciences mathématiques dans leur développement actuel aux textes posthumes, symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique suivi du problème du temps, après l'avoir située dans son contexte historique-scientifique.
    On espère ainsi montrer la profondeur et l'actualité d'une pensée singulière, celle d'un grand rationaliste qui était aussi un métaphysicien.

  • Une forme cinématographique du politique conforme à ce dont elle prétend traiter, finit par entrer en contradiction avec elle-même et se supprimer comme autonome, trouvant sa vérité dans son autre. Accomplissant l'esprit de la « distanciation » brechtienne, le film sabote la police qui le gouvernait, et le spectateur ne peut plus fuir, se retrancher dans le noir de la salle du cinéma ou la berçante illusion de la séparation. La politisation du film est totale : les contradictions sortent du film pour être du monde et c'est au spectateur seul qu'il incombe maintenant de décider si, oui ou non, il va se faire révolutionnaire.

  • " Il ne s'agit pas de sauver l'université, mais de savoir ce qu'il y a à sauver, ce qu'il est possible et souhaitable de sauver, ce qu'il y a à détruire en elle, et quels sont les moyens adaptés à cette fin.
    " Le printemps 2009 a vu exploser la contestation, d'une ampleur et d'une durée inédites, de l'enseignement supérieur et de la recherche à l'égard des nouveaux principes de gestion managériale de l'université et de leur idéologie autoritaire. Pourtant l'université " d'avant " n'était pas indépendante du marché : comprendre les contradictions et l'échec politique de cette grève impose d'identifier, au travers de la mutation en cours, les logiques de continuité qui façonnent la transition historique actuelle.
    L'heure n'est pas aux voeux pieux. Pour que les tendances de résistance puissent devenir de véritables forces opérationnelles conscientes de leurs possibilités, des lignes stratégiques et des options tactiques claires s'imposent. Cet essai mobilise la théorie au service de la pratique : s'organiser, agir, ne pas renoncer. Il propose un diagnostic, et souhaite contribuer à l'union des personnels enseignants, non enseignants et des étudiants pour combattre cette " incorporation croissante de la science au Capital ", selon la formule de Marx, et ses effets liberticides.
    La révolution dont il est question ici s'entend à trois niveaux : la " révolution " réactionnaire en cours, la grève de 2009, et finalement l'appel à une double posture de résistance et de construction d'une université " oppositionnelle " en rupture avec les violences directes et les aliénations sournoises du capitalisme.

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