• Un jour, on a reproché à Edmond Jabès de ne pas écrire pour les enfants. Un peu plus tard, il s'est mis à sa table et a composé les dix poèmes de ce recueil. Edmond Jabès aimait les enfants. Il se sentait très proche d'eux. Les rappels de l'enfance sont constants dans son oeuvre. Né près du désert, il pensait que, lorsqu'on est perdu dans cet espace entre ciel et terre, les images de l'enfance, la mémoire de l'enfance ressurgissent. Pour pouvoir écrire, il devait faire le vide en lui et recréer, d'une certaine façon, le désert en lui...

  • Le livre des questions est le livre de la mémoire, de l'exil et de l'écoute ; long cycle d'ouvrages dont les trois premiers, aujourd'hui réunis, constituent le noyau central.
    Autour d'une idylle simple et tragique, celle de sarah et de yukel, d'obsédantes interrogations, sur la vie, dieu, le judaïsme, la liberté, le choix, le texte, la mort, font écho à des questions et méditations de sages imaginaires, interprètes privilégiés du livre. un chant d'amour et de deuil, qui se veut malgré tout un chant d'espoir, s'élève de chacune de ces pages. il a pour ambition de nous faire assister à la naissance et aux derniers instants d'une parole condamnée d'avance et, dans une dimension plus que réelle, à un agrandissement du seuil de la souffrance, qu'illustre une collectivité persécutée, dont la plainte est reprise, d'âge en âge, par ses victimes.
    Histoire d'un livre immémorial que le temps a marqué de son sceau et qui se donne à lire hors et dans ses limites.

  • «Avec ces quatre ouvrages s'achève Le Livre des Questions. Récits, interrogations, réflexions, méditations se prolongent et se répondent dans le vide espace où ils se meuvent; large déploiement d'une pensée et d'une écriture, se confondant avec le propre mouvement du livre.».

  • «Je me suis aperçu, un jour, qu'une chose m'importait plus que les autres : comment me définir en tant qu'étranger?
    Et ce fut l'objet du livre auquel j'ai donné pour titre : Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format.
    Je me suis aperçu, ensuite, que, dans sa vulnérabilité, l'étranger ne pouvait tabler que sur l'hospitalité dont ferait preuve, à son égard, autrui.
    Tout comme les mots bénéficient de l'hospitalité de la page blanche et l'oiseau, de celle, inconditionnelle, du ciel.
    Et c'est l'objet de ce livre.
    Mais qu'est-ce que l'hospitalité?» Edmond Jabès.

  • Aely

    Edmond Jabès

    « Écrire, dit Edmond Jabès, serait, peut-être, révéler à soi-même le mot, au seuil de la mort ». Après la trilogie du Livre des Questions, après Yaël et Elya, cette oeuvre, inclassable comme les cinq autres, se présente, signe dans l'infini sillage du signe, comme une réflexion sur elle-même et sur les précédentes dont elle est issue.

  • Où l'herbe n'a d'autre ambition que de demeurer verte et le silex de porter témoignage de la séparation de l'eau et du sable, le lien se fait ouvrage, et le livre univers.
    Le retour au livre est le dernier volet d'une oeuvre qui poursuit son chemin en profondeur et qui comprend Le Livre des Questions et Le Livre de Yukel.
    Le long d'un récit qui nous fait assister à la destruction de l'amour qu'éprouvent, l'un pour l'autre, deux adolescents juifs, mais qui ne prendra jamais la forme narrative, des personnages imaginaires nous conduisent, à travers questions et dialogues, aux sources du langage et de la méditation poétique où " Dieu est une interrogation de Dieu ".
    Livre écrit deux fois, dans le livre et hors du livre.
    Double expérience où la condition du mot se confond avec la condition juive, car " le judaïsme et l'écriture ne sont qu'une même attente, un même espoir, une même usure ".

  • TLe lieu ou s'interroge l'écrivain couvre l'absence du livre. Il est le lieu d'avant la vie et de la mort vécue. Il se situe entre l'ouvrage achevé et l'uvre ´r écrire. Quoi d'étonnant, alors, que les personnages que l'on y retrouve nous apparaissent tels des fantômes ?
    L'espace est traversé de vocables, pareils ´r des oiseaux blancs dans le jour. Ils ne se fixeront qu'´r l'heure du lecteur et dans un ordre imprévisible.
    Du suicide de Yukel au déccs de Sarah, chaque page est le prix d'une attente et la voix de l'aveu.
    L'univers se forme ou s'informe l'univers.
    Récits, dialogues, réflexions, pricres se succcdent et se détachent, cretes solitaires, ´r l'horizon ; mais le cri assigne le cri. Il est le lierre et le signe.t Edmond Jabcs.

  • Pendant les dernières années de leur vie, Michel Leiris et Edmond Jabès se rencontraient au rythme d'un déjeuner chaque mois. C'est au cours de l'une de ces très longues conversations que Leiris avoua à son ami que, de toute son oeuvre, Récit était ce qu'il préférait. À la périphérie de l'oeuvre de Jabès, Récit est bien, et à tous égards, un texte imprévisible dont le dépouillement formel, la linéarité et l'épuisement systématique du thème central (Il et son féminin « Ile ») constituent la particularité. Comme pour la plupart de ses textes, Jabès a soigneusement conservé le manuscrit. Il l'a, par la suite, offert à Marcel Cohen, sous sa forme originelle : un ensemble de feuillets libres, relié pour des raisons de conservation archivistique selon le classement initié par Jabès. Le dossier manuscrit de Récit est encore inédit et comporte cinq versions : trois versions manuscrites et deux tapuscrits corrigés à la main que nous présentons dans l'ordre du dossier laissé par le poète (ordre génétique inversé).

  • TLe Livre des Questions est le livre de la mémoire.
    ´R d'obsédantes interrogations sur la vie, la parole, la liberté, le choix, la mort répondent des Rabbins imaginaires dont la voix est la mienne.
    Les réponses que donne cette uvre, deux amants perdus viendront les lire et, moi-meme, j'ai tenté de retrouver, en marge de la tradition et ´r travers les vocables, les chemins de mes sources.
    Pour exister, il faut, d'abord, etre nommé ; mais, pour entrer dans l'univers de l'écriture, il faut avoir assumé, avec son nom, la chance de chaque son, de chaque signe qui le perpétue.
    D'une idylle simple et tragique, s'élcve un chant d'amour qui est, malgré tout, un chant d'espoir. Ce chant a pour ambition de nous faire assister ´r la naissance de la parole et, dans une dimension plus que réelle, ´r un agrandissement du seuil de la souffrance qu'illustre une collectivité persécutée dont la plainte est reprise, d'âge en âge, par ses martyrs.t Edmond Jabcs.

  • Yael

    Edmond Jabès

  • Savais-je, jusqu'ici, qu'ouvrir et fermer les yeux, s'allonger, se mouvoir, penser, rêver, parler, se taire, écrire, lire, sont gestes et manifestations de la subversion ; l'éveil venant bouleverser l'ordre du sommeil, la pensée s'acharnant sur le néant, afin d'en avoir raison, la parole rompant, en se déployant, le silence et la lecture remettant, à chaque phrase, l'écrit en question ? Savais-je aussi, qu'il y a des degrés à la subversion, que nous ne sommes vraiment subversifs, dans nos rapports à autrui, que lorsque nous ne nous appliquons point à l'être et que, dans ce climat de non-suspicion, favorisé par notre comportement naturel, personne, autour de nous, ne s'en aperçoit encore ? La vie se dresse, à tous les instants, contre la mort ; la pensée contre l'impensé et le livre qui s'écrit contre le livre écrit.
    Exister, penser, écrire nous engageraient, alors, à rechercher indirectement un équilibre intérieur, face à des actes souterrains de subversion, équilibre qui serait enfin trouvé en les laissant librement s'affronter en nous. Nous sommes le lieu écartelé de ces conflits. Nous parvenons à les localiser en les espaçant et en les limitant dans le temps ; c'est ce que nous appelons ; vivre, avec nous-même, en harmonie.

  • Le livre du dialogue

    Edmond Jabès

    «Un livre de plus - non pas en plus - mais de plus, comme il peut y avoir un degré de plus pour la chaleur ou bien dans notre relation à l'écrit et à l'infini.
    La voie où je me suis engagé est celle tracée par mes livres et chacun fut, à son tour, bénévole poseur de bornes.
    À l'illimité, ils furent sacrifiés.
    Une femme est entrée dans la demeure.
    À celui qui, assis, l'attendait, sans vraiment l'attendre, elle a demandé s'il savait le nom qu'elle aurait voulu porter pour exister.
    Devant le mutisme de celui-ci, elle s'éclipsa pour, à jamais, disparaître.
    La cause de l'échec de tout dialogue réside dans notre impossibilité de nous révéler, tels que nous sommes, à autrui. Étranger face à des étrangers.
    Mais le dialogue se poursuit, précisément là où, à travers le silence où se fonde le livre, il n'est plus que l'affrontement désespéré de deux impuissantes paroles en quête de leur vérité.» Edmond Jabès.

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