• Le corps de Donald Trump est presque partout, hors de nous, sur nos écrans, pris dans des canaux d'information qui en disséminent les images fixes et animées. Il est aussi présent en nous, de manière plus ou moins flottante, dans l'esprit de ses détracteurs comme de ses partisans.

    Le 45e président des États-Unis d'Amérique n'est toutefois pas l'unique sujet du livre. À partir de ses innombrables représentations audiovisuelles, avant comme après son élection, il s'agit ici d'explorer la fonction des images dans l'exercice du pouvoir aujourd'hui, les histoires qu'elles racontent comme les discours qu'elles conditionnent.

    Deux questions parcourent cet essai?: quel est cet étrange amour pour le pouvoir, véhiculé par les images d'un dirigeant autoritaire, auquel adhèrent des individus qui n'ont aucun intérêt à voter pour lui?? Quels contre-feux filmiques, réels ou imaginés, sont susceptibles de mobiliser les puissances des images pour se soustraire à ce pouvoir, voire pour le contrarier??

  • Pourquoi enregistrer avec un appareil doté d'une caméra une manifestation contre un régime autoritaire, et pourquoi le faire parfois au péril de sa vie ? Que deviennent les images et les sons de ces luttes une fois qu'ils circulent sur des plateformes en ligne, quand ils ne sont pas supprimés par les gouvernants qui y voient un danger contre l'arbitraire de leur pouvoir ? Que peut le cinéma face à ce matériau visuel et sonore ne lui appartenant pas, qui à la fois lui résiste et l'inspire, s'il souhaite constituer une archive filmée des révoltes de notre présent ?
    Les vidéos réalisées par les protagonistes des soulèvements arabes de l'année 2011 forment le point de départ et composent la matière première de ce livre. Elles portent témoignage d'une histoire contemporaine tourmentée, mais elles engagent aussi bien, de manière dynamique, un avenir de ces soulèvements, quelles que soient les actions contrerévolutionnaires des États ou les stratégies de propagande audiovisuelle qui viennent recouvrir leur potentiel de contestation. Il ne s'agit pas seulement d'en appeler à une nouvelle résistance qui trouverait dans les images animées un vecteur privilégié pour représenter un peuple en colère.
    Il s'agit également de considérer comment ces images persévèrent dans le temps et contribuent, avec le cinéma qui les accueille ou s'en empare après-coup, à une insistance des luttes dont l'une des qualités est de survenir là où on ne les attend plus.

  • Trois remarques sur cette tendance massive de la représentation de l'histoire. D'une part, le fait de resserrer le phénomène historique autour d'un personnage et de l'investir à partir d'affects stéréotypés qui irriguent depuis toujours le cinéma, mélange de sentimentalisme et de misérabilisme : autre manière d'organiser l'intrigue en fonction du binôme victimisation/ héroïsation, minorant la force des individus sans noms (ou "sans parts" comme dirait Jacques Rancière) qui contribuent pourtant à l'épaisseur de ces diverses luttes.
    D'autre part, le fait de recouvrir le passé, même proche, d'une sorte de "pommade muséale", comme l'écrivait Serge Daney, qui dénonçait toute entreprise filmique qui, "entre brocante et téléfilm", transformait le passé en un simple élément décoratif, alors que ce passé devrait travailler notre présent, constituer un réservoir d'images et de sons pour d'autres engagements à venir. Enfin, on note une même ambition partagée, quels que soient les auteurs et quels que soient les genres (documentaire ou fiction), à savoir que ces réalisations ont pour vocation d'atteindre le passé conformément à une exigence d'objectivité définitive, comme si la vérité de ce passé pouvait être rendue sensible une fois pour toutes.

  • Gilles Deleuze a consacré deux ouvrages au cinéma, preuve de son intérêt aiguë pour les rapports qu'il entretenait avec la philosophie. Deleuze écrit sur le cinéma pour une double raison : parfois parce qu'il y trouve la résolution d'un problème philosophique, parfois à l'inverse parce qu'un problème découvert au cinéma relance la manière dont la philosophie avait coutume de le poser.
    Les nouvelles techniques qui gagnent aujourd'hui le cinéma ne font que confirmer la capacité de celui-ci à poser de nouveaux problèmes et à inventer de nouvelles manières de faire des films. Le cinéma pense tout autant et différemment que la philosophie. D'où la richesse de leur rencontre.

  • À une époque où la dissémination des moyens de capture et de diffusion du réel s'affirme toujours davantage, est-il légitime de déclarer que des images sont manquantes ou même susceptibles de l'être ? Sans doute plus que jamais, ne serait-ce que pour se situer à rebours d'un « tout montrer » qui occulte le devenir tourmenté des images, corrélat des discontinuités de l'Histoire. Encore faut-il distinguer plusieurs espèces d'images manquantes : les images qui n'ont jamais existé, celles qui ont existé mais ne sont plus disponibles, celles qui ont rencontré trop d'obstacles pour pouvoir être prises ou enregistrées, celles que notre mémoire collective n'a pas retenues. Au-delà du simple constat, Les Carnets du BAL analysent les effets de ces images manquantes, le vide qu'elles véhiculent ou l'imagination qu'elles suscitent.
    La collection Les Carnets du BAL a pour objectif d'explorer les enjeux de l'image contemporaine et d'appréhender dans toute sa diversité la notion de « document» visuel. Chaque sujet abordé donne lieu à des contributions théoriques, des présentations et analyses d'oeuvres sont dispensées par des artistes, philosophes, historiens, anthropologues et critiques de renom, à partir d'exemples choisis dans les champs de la photographie, de la vidéo et du cinéma.

  • Un ensemble d'essais de Dork Zabunyan où l'auteur analyse la création, usage et circulation d'images dans les contextes du Printemps Arabe et la guerre de Syrie.
    Cet ouvrage examine et confronte un ensemble de travaux cinématographiques et audiovisuels tels que les films du collectif de cinéma syrien Abounaddara, les documentaires de Stefano Savona, certains travaux de Harun Farocki, Chris Marker et Brian de Palma, ainsi que de films anonymes circulant par internet.

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  • « Je suis quelqu'un qui n'aime pas parler et qui aime les mots, qui pense que la puissance de l'évènement est malgré tout liée à la puissance des mots capables de le qualifier. » Littéraire et cinéphile, Jacques Rancière élabore depuis les années 1960/1970 une philosophie de l'émancipation, celle de la participation de tous à l'exercice de la pensée, et donc au gouvernement de la cité. Contre ces intellectuels qui prétendent détenir la vérité, il se bat pour l'abandon de la traditionnelle distinction entre savants et ignorants. Dans ce livre d'entretien, Dork Zabunyan et Laurent Jeanpierre croisent avec lui le parcours biographique, l'oeuvre philosophique et le regard du philosophe sur le monde. Nous relisons avec eux les années de formation et le parcours intellectuel, l'ENS, les maîtres, le séminaire d'Althusser, la thèse sur la nuit des prolétaires, Foucault, le cinéma, mais aussi des moments et des questions de notre histoire commune comme la guerre d'Algérie, le Parti communiste, 68, ou encore les révoltes arabes, l'écologie politique, le vote des étrangers...
    Une vie qui se veut tout sauf exemplaire, dédiée à l'exercice de la philosophie c'està- dire à l'émergence de nouveaux mondes possibles.

  • La ciné-philosophie est à la mode, même si on y cherche trop souvent la simple illustration de pensées déjà faites.
    Si la rencontre de Michel Foucault avec le cinéma est méconnue, c'est peut-être parce qu'elle n'autorise pas une telle attitude. Foucault n'a jamais écrit de livre sur le cinéma. Mais il a laissé une dizaine de textes et d'entretiens disséminés dans les Dits et Ecrits. De larges extraits en sont rassemblés ici et permettent de se faire une meilleure idée de la rencontre du philosophe avec le septième art.
    Le philosophe n'y apparaît pas comme détenteur d'une vérité en surplomb ; mais il trouve, dans certains films, une manière d'aborder des problèmes qu'il travaille par ailleurs en philosophe et en historien. Ce livre est la première tentative pour faire le point sur cette rencontre peu connue. On y voit que Le cinéma permet d'élaborer un nouveau concept d'événement ; d'explorer un corps délesté de son organicité ; de saisir une histoire sans victime ni héros, à partir de micro-procédures dont nous ne sommes pas nécessairement conscients et qui décident pourtant de changements profonds dans la compréhension que nous pouvons avoir de nous-mêmes.
    Penser autrement pour voir autrement, et voir autrement pour penser autrement.

  • Considérée comme l'une des principales artistes de sa génération, Valérie Belin s'est faite connaître grâce à de nombreuses séries de photographies emblématiques. Dans son oeuvre, Belin ne cesse d'explorer le champ de la matière, du corps et du vivant, de l'absence, et de leur représentation ; elle y développe avec brio des recherches sur la lumière, les détails et les textures. Après un premier volume paru en 2007, Steidl présente la suite de son travail, comprenant les séries réalisées de 2007 à 2014 : « Fruit Baskets », « Lido », « Magicians », « Bouquets », « Ballroom Dancers », « Vintage Cars », « Têtes couronnées », « Black-eyed Susan », « Settings », « Brides », « Bob », « Interiors » et « Still Life ». Sont également présentées des vues de ses expositions, notamment à la Casa França-Brasil à Rio de Janeiro, et de sa performance au Centre Pompidou : « I Could Never Be a Dancer ». Une plongée dans une oeuvre rare et insolite, qui interroge avec virtuosité la matière et le vivant par le biais du médium photographique : une photographie du trouble et de l'absence.

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