Littérature générale

  • Bachelard : une longue nuit et puis son oeuvre apparaît au grand jour. au coeur de presque tous les débats philosophiques contemporains, et enjeu politique aussi depuis une dizaine d'années. car c'est sous sa bannière qu'avant 1968 toute une génération d'intellectuels rompait avec le passé, et sous cet étrange pavillon que passe une contrebande qui va d'althusser jusqu'au courant maoïste. dominique lecourt fut partie prenante dans l'affaire, et propose aujourd'hui une lecture originale de l'oeuvre : pour la première fois, une lecture matérialiste.

    Le principe est fécond et il permet de résoudre les problèmes où se heurtaient jusqu'ici la plupart des commentateurs. cette énigme notamment de la dualité de l'oeuvre, prise entre ses deux versants, poétique et épistémologique, qui s'opposent semble-t-il comme le jour et la nuit, et dont on devine pourtant la secrète complicité. la solution ? une contradiction aveugle, interne au dispositif philosophique, et qui donne lieu à ce que lecourt appelle " l'illusion épistémologique ". une contradiction qui se résout de façon imaginaire, et, précisément, dans une théorie de l'imaginaire.

  • Et si le malaise de notre temps, les crises qui menacent de nous emporter, étaient imputables à un formidable malentendu ? La pensée technocratique croit s'être affranchie des grandes questions philosophiques qui ont mobilisé et déchiré les hommes pendant des millénaires. La philosophie, elle ne la tolère que rabougrie, confinée aux tâches techniques de logicisation de la connaissance. A la rigueur "supplément d'âme" d'une culture scientifique accomplie.

    Et si, de la philosophie, on ne pouvait, à proprement parler, sortir ? Pas plus qu'on ne peut se soustraire au procès de la lutte des classes, s'arracher aux effets de l'inconscient, ou sauter par-dessus son ombre ? Les abstractions qu'elle ajuste, nous vivons et pensons sous leur loi. Abstractions "sociales": le Pouvoir, la Politique, le Juste, l'Injuste, etc. Abstractions "psychologiques": le Moi, le Désir, la Volonté, la Conscience, etc. La philosophie s'emploie à unifier les unes, et unifier les autres. Elle assure dans son dispositif linguistique la prise des unes sur les autres. Son jeu est irréductible et infini. S'il s'annonce comme le jeu de la Vérité même, c'est pure feinte. A nous de savoir la déjouer. Autrement, c'est elle qui se joue de nous. L'auteur propose une nouvelle pratique de la philosophie sans feinte. Cette pratique enveloppe une éthique autant qu'une politique.


    Dominique Lecourt a publié depuis dix ans une série d'ouvrages consacrés à l'épistémologie française (Pour une critique de l'épistémologie; Bachelard, le jour et la nuit...) et à la philosophie du marxisme (Une crise et son enjeu; Lyssenko...) qui lui ont valu une renommée internationale. Il a ainsi été invité, ces dernières années, à donner des cours et conférences par diverses universités étrangères : Montréal, Boston, Mexico, Bergen, Helsinki... Elève d'Althusser à l'Ecole normale supérieure de 1965 à 1970, Dominique Lecourt est agrégé de philosophie et docteur es lettres. Il enseigne actuellement à l'université de Picardie.

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