• Connecté à la fois à l'Orient, l'Afrique subsaharienne et la Méditerranée, le Maghreb islamique s'insère entre le VII e et le XV e siècle dans des réseaux complexes qui donnent à ses ports un rôle croissant dans les échanges commerciaux, mais aussi plus largement dans la structuration de l'espace. L'analyse des sources arabes et latines permet ainsi de montrer l'évolution des réseaux à différentes échelles, d'abord dans un espace centré sur les pays d'Islam, puis à partir du XIe siècle dans une économie-monde élargie à l'Europe latine. Le pouvoir politique, comme les acteurs économiques, développent alors des stratégies s'adaptant à l'évolution des réseaux à l'échelle mondiale, qui font des ports des pôles et des centres de gravité essentiels de l'espace maghrébin, sur le plan tant politique qu'économique.

  • Dès le VIIe siècle, les premières expéditions musulmanes touchent l'Afrique du Nord encore partiellement dominée par Byzance.
    Elles atteignent le Maghreb extrême à l'aube du VIIIe siècle et s'étendent ensuite au-delà du détroit de Gibraltar. De l'actuelle Tunisie partent les contingents musulmans qui mettent le pied en Sicile au IXe siècle, plaçant l'île sous domination islamique pendant deux siècles. L'islamisation, entendue comme la construction en ces territoires d'institutions et de sociétés islamiques, ne fut ni immédiate, ni homogène.
    Les variations locales du rythme et de la géographie de l'islamisation donnent à réfléchir sur les étapes et les modalités de ce long processus : conversions, socialisation des convertis, action "par le haut" des autorités politiques et religieuses, acculturation des populations... En effet, lors des premiers siècles suivant la conquête, ce ne fut pas une norme unifiée de l'Islam qui s'imposa mais plusieurs interprétations héritées des conflits dogmatiques éclos en Orient, diffusées dans l'Occident musulman puis infléchies par le contexte local, humain, social et culturel.
    L'arabisation, c'est-à-dire la diffusion écrite et orale de la langue arabe, constitue l'un des vecteurs de diffusion de l'Islam, mais non le seul, comme le prouve, entre autres, la permanence de la culture berbère jusqu'à aujourd'hui. Les treize contributions réunies dans ce volume, résultat d'un séminaire organisé en 2006-2007, réunissent historiens des textes et de la culture matérielle. Prenant en considération la diversité de cet Islam médiéval, elles permettent d'offrir une nouvelle approche de l'histoire des premiers siècles de l'Occident islamique.

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  • Bougie, la Bejaïa de l´Algérie actuelle, fut l´un des ports les plus actifs et prospères du Maghreb médiéval. De sa fondation en 1067 jusqu´à sa conquête par les Espagnols en 1510, cette cité participe aux échanges qui s´intensifient alors en Méditerranée, attire les marchands d´Italie, de la péninsule Ibérique et de Provence, mais développe aussi ses propres activités. Car elle tire sa puissance de son ouverture à un espace maritime dynamique, mais aussi de sa capacité à agir comme pôle d´impulsion politique et économique dans le Maghreb central. Cette étude, mobilisant aussi bien les textes arabes que les documents d´archives européens, souligne cette insertion du port dans des réseaux tant maghrébins que méditerranéens. Dans un contexte où l´initiative est largement passée du côté latin, son devenir est ainsi lié aux évolutions de la conjoncture générale en Méditerranée occidentale, et notamment en Europe. Malgré les difficultés auxquelles elle doit faire face, Bougie apparaît comme exemplaire des villes maritimes du Maghreb qui, à une époque trop souvent considérée globalement comme marquée par le déclin du monde musulman, connaissent dans les derniers siècles du Moyen Âge un essor remarquable et deviennent des centres politiques, économiques et culturels de premier plan. En prenant le parti d´observer ces évolutions depuis la rive africaine et non du seul point de vue des cités européennes, Dominique Valérian montre que l´histoire de la Méditerranée médiévale est aussi celle des ports musulmans, et de la part active qu´ils prirent dans les échanges.

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