• Le Moyen Âge, c'est le berceau de notre littérature en langue vulgaire.
    Mais il ne se pense ni comme un temps originel ni comme un âge intermédiaire, " moyen ". Tendu entre un héritage antique païen et une culture chrétienne, il se pense proche de la fin des temps, tout en croyant à un progrès de la pensée. Les médiévaux, tout en revendiquant l'héritage de l'Antiquité, se désignent eux-mêmes comme des modernes. La littérature naissante se nourrit de ces contradictions et combine tous les apports, gréco-romains, celtiques, germaniques, arabes, pour offrir une production originale, modelée par des poétiques neuves, qui se construisent empiriquement, à l'écart de la Poétique d'Aristote qui ne sera redécouverte qu'au XVIe siècle.
    Le présent ouvrage s'efforce de retracer les contours de cette littérature, en en dégageant le contexte historique et social, en dessinant les évolutions qui marquent ces quatre siècles. Il met en évidence le jeu des poétiques, des idéologies et de l'imaginaire, un jeu complexe qui permet à la littérature médiévale de créer et d'entretenir des mythes qui lui sont propres, comme ceux de la chevalerie courtoise, de Tristan et d'Iseut, d'Arthur et de Charlemagne, mais aussi des fées, de la Roue de Fortune ou de la Danse Macabre.
    Il invite le lecteur à explorer les moyens qu'utilise pour se construire une littérature qui doit se créer autour d'une langue nouvelle qui tente de se donner ses lettres de noblesse, et qui y réussit merveilleusement.

  • Cet ouvrage rassemble vingt-cinq articles de l'auteur portant sur la matière et les traditions de l'écriture épique du Moyen Âge français, pour mettre en valeur les évolutions et les transformations qui se dessinent, du XIIe à la fin du XIVe siècle, dans les rapports entre la chanson de geste et l'historiographie. Il interroge en particulier les interactions entre vérité poétique, fiction romanesque et vérité historique, interactions qui aboutissent à l'intégration de la matière épique carolingienne (la « matière de France ») à une écriture historique, en vers ou en prose, sensible aux prestiges et aux potentialités idéologiques d'une fiction que l'on s'efforce de faire passer pour de l'histoire authentique.

    Il envisage successivement divers aspects de la poétique des chansons de geste, de leur univers entre tradition et mutations, de la place de l'idéologie dans la création épique, pour se terminer avec les transformations que subissent leur matière et leur écriture dans des textes historiographiques comme la Chronique de Turpin, la Chronique rimée de Philippe Mousket, ou le Myreur des histors et la Geste de Liège de Jean d'Outremeuse.

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  • Jehan de Lanson, composé vers 1240, porte le témoignage d'une esthétique fondée sur la bonne humeur, l'artifice, l'illusion, perspective nouvelle contrastant avec les traditions du genre.
    L'étude de Dominique Boutet explore tous les procédés mis en oeuvre dans ce texte et met en lumière les ressources qu'offraient aux poètes les jeux intertextuels, l'ironie, la simulation du tragique.

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  • La « Geste » de Doon de Mayence est l'une des trois « Gestes » épiques du Moyen Âge, avec celle du roi et celle de Guillaume d'Orange. Quelques manuscrits en regroupent tout ou partie des chansons, donnant à cette Geste une existence codicologique et non pas simplement thématique. Or, jusqu'à présent, aucun travail d'ensemble n'a été consacré à ce cycle épique du point de vue philologique : c'est cette lacune que le présent volume, issu d'un colloque qui s'est tenu en Sorbonne les 20 et 21 mai 2011 sous l'égide du Groupe de Recherche sur l'Épique (GREp), se propose de combler, en étendant la réflexion à la « vie » du cycle, à la fois dans sa tradition manuscrite, sa «mise en cycle », et dans ses récritures et ses réutilisations (« recyclages »), en vers ou en prose, du XIIe siècle à la fin du Moyen Âge.

    Ce volume invite ainsi à s'interroger sur la validité même du concept de «cycle de Doon de Mayence» et apporte une contribution à la question de l'organisation matérielle, narrative, et intellectuelle de la matière épique au Moyen Âge.

    Le Groupe de R

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  • Les poétiques médiévales ne s'inscrivent pas nécessairement dans le choix d'une unité de ton ou de registre, ni même au coeur de ce que nous appelons, par commodité, les genres littéraires. Un certain nombre de textes choisissent au contraire de jouer avec les horizons d'attente et de brouiller les pistes, en cultivant des stratégies d'entre-deux : entre-deux génériques, registraux ou thématiques, destinés à déstabiliser leur public. Ces jeux de croisements ont longtemps dérouté la critique et nui à l'image de la littérature médiévale, trop souvent jugée à l'aune des poétiques classiques. Ce sont ces croisements délibérés, avec les effets d'ambiguïté qu'ils produisent (effets esthétiques, brouillages du sens, mais aussi effets du point de vue de la réception par le lecteur) que l'on s'efforce de mettre au jour et d'étudier dans ce volume, en distinguant, au sein de cette pratique, des poétiques ludiques et des poétiques provocatrices destinées à faire penser. L'enquête porte sur des textes de toute nature, de la chanson de geste au Roman de la Rose et au Testament de Villon, en passant par l'historiographie et les parodies de thèmes pieux, de la fin du XIe jusqu'au XVe siècle.

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  • Introduction, 3 PREMIÈRE PARTIE DES ORIGINES A 1250 Chapitre I - La naissance des premières oeuvres françaises, 5 I. La transmission de l'héritage carolingien, 5 - II. Les premiers textes, 7.

    Chapitre II - L'âge d'or de la féodalité, 10 I. Le problème des origines, 12 - II. Une technique littéraire, 14 - III. L'organisation cyclique, 19 - IV. Les thèmes et leur évolution, 21 - V. Une épopée politique, 23.

    Chapitre III - De la féodalité à la chevalerie, 25 I. Les troubadours et la société courtoise, 25 - II. Le lyrisme de langue d'oïl, 28 - III. Les débuts du roman, 30 - IV. L'apogée du roman courtois : Chrétien de Troyes, 37 - V. Le roman en prose du XIIIe siècle, 40 - VI. La persistance du roman en vers, 45.

    Chapitre IV - De l'univers moral au souci de l'actualité, 47 I. Les schémas traditionnels, 47 - II. Des genres moraux à la satire sociale, 58.

    DEUXIÈME PARTIE APRÈS 1250 Chapitre V - 1250-1330 : un âge de transitions, 69 I. 1250-1280 : l'époque de Saint Louis et de Rutebeuf, 69 - II. 1280-1330 : Philippe le Bel et la fin des Capétiens directs, 82.

    Chapitre VI - 1330-1430 : la guerre de Cent ans, 88 I. La conjoncture, 88 - II. Littérature engagée et littérature refuge, 90 - III. Les genres florissants, 98 - IV. La querelle du Roman de la Rose et le " premier humanisme français ", 101.

    Chapitre VII - Le XVe siècle (1430-1480), 104 I. L'histoire et la politique, 105 - II. Le lyrisme : entre les poésies personnelles et la virtuosité formelle, 109 - III. L'âge d'or du théâtre médiéval, 111 - IV. Le roman, 114 - V. La littérature morale, didactique et satirique, 114.

    Épilogue - 1480-1500 (?), 116 I. Le relèvement du pays, 116 - II. Le renouveau culturel, 117 - III. La dernière génération médiévale ou la première de la Renaissance ? , 118 - IV. Moyen Age et Renaissance, 119.

    Bibliographie, 120

  • La littérature du Moyen Age est réputée pour son orientation didactique. Cette orientation a produit certains de ses chefs-d'oeuvre, comme le Roman de la Rose, dont la partie attribuée à Jean de Meun s'autorise de la fiction allégorique et romanesque de Guillaume de Lorris pour diffuser un grand nombre de connaissances encyclopédiques passées au crible d'une pensée. Les prologues des oeuvres narratives répètent à l'envi que celui qui possède un savoir ne doit pas le garder pour lui, mais le divulguer largement.
    Trois voies s'ouvrent pour cette divulgation : la voie didactique pure (celle des traités, traduits ou non du latin), la fiction scientifique (conçue ad hoc, généralement en recourant à la technique de l'allégorie), et l'insertion de savoirs dans des oeuvres de fiction. Des savoirs nouveaux peuvent venir irriguer des fictions romanesques, comme on le voit dans des proses de la fin du Moyen Age qui entraînent leur héros vers des terres mises à la mode par les récits de voyages et donc par les savoirs géographiques nouveaux.
    Ce sont ces problématiques croisées que ce volume veut approfondir sur une longue durée couvrant le Moyen Age et la Renaissance, dans l'esprit d'une continuité et non d'une rupture, en montrant que la sensibilité aux découvertes constitue un mouvement de fond qui produit des efflorescences dès l'émergence de notre littérature en langue vulgaire et qui entretient des rapports complexes avec la fiction, qui ne sont pas des rapports d'opposition, et qui demandent à être décrits et mis en lumière.

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  • Les contributions rassemblées dans le présent volume s'intéressent toutes, à travers des oeuvres différentes appartenant à des genres divers - romans, arthuriens ou non, chansons de geste, poésie lyrique, théâtre, mais aussi compilation historique ou traduction -, à la même question, à savoir la façon dont la littérature française de la fin du Moyen Âge a reçu, relu, réécrit les textes médiévaux antérieurs, et spécialement ceux du Moyen Âge central. Se dévoilent ainsi des postérités plus (Chrétien de Troyes, toujours lui) ou moins attendues (qui se souvient de la mise en prose de Guillaume de Palerne par Pierre Duran ?) ; des phénomènes subtils ou massifs de rajeunissement linguistique, de réécriture - entre le vers et la prose, la " prose en dévers " - ou d'échos, évidemment lyriques ; d'autres de croisement et d'hybridation des matières, des genres, théâtre et allégorie, compilation historique et roman arthurien - sans oublier la légende de Barlaam et Josaphat, qui traverse plus d'un genre. De tous ces textes nouveaux greffés sur d'anciens textes, il peut ainsi ressortir l'image d'une littérature qui ne se construit pas tant dans le recul ou la distanciation vis-à-vis d'elle-même que dans " un toujours jeune recommencement ".

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