• C'est le pays de la galère mais on n'en parle pas, on n'en parle jamais. Ça ne s'entend pas. À l'aide ! L'ascenseur est en panne. À l'aide, l'ascenseur est en panne ! Plus personne n'ira au ciel ! Je ne suis qu'un roi défait‚ à qui vais-je m'adresser ?

    De Hamlet à Ophélia, en passant par Macbeth, Othello, Richard III, le Roi Lear, Roméo et Juliette, la Mégère apprivoisée, Titus Andronicus, Antoine et Cléopâtre et les personnages de La Tempête et de La Nuit des rois, Dieudonné Niangouna ouvre une large parenthèse conduite par Puck (Le Songe d'une nuit d'été). Avec l'exigence d'une langue théâtralement poétique et sans fuir la complexité des situations qu'elle trahit il va permettre à ses personnages de sentir ce qu'il y a de plus profond dans la matière humaine.

  • La patience de l'araignée ; de ce côté Nouv.

    Deux monologues qui reprennent les grands thèmes des pièces de Dieudonné Niangouna : l'exil, la condition de l'émigré dans la société française, la nécessité d'un théâtre de la parole engagée.

    La Patience de l'araignée.
    La Patience de l'araignée, comme une leçon de patience. Moussa est un enseignant modèle, mais immigré, en attente de ses papiers qu'il faut sans cesse renouveler. Mais, à tort ou à travers, Moussa est toujours oublié. Un inspecteur de police surnommé Javert suit son dossier avec une rigueur nourrie de tous les préjugés. À chaque époque ses Misérables. Bien que père d'un enfant français, la situation de Moussa ne cesse d'empirer. Un jour à la sortie des classes, pendant qu'il allait chercher son fils, un contrôle de police va le conduire finalement en zone d'attente pour un charter vers le pays natal. Il faut souligner que le pays vient de subir des attentats et qu'on est proche des élections présidentielles. Mais grâce à sa patience et à son universalisme sans reproche Moussa finira par trouver gain de cause à la dernière minute.

    De ce côté.
    C'est une parole d'acteur. Un acteur habité par ses personnages qui lui demandent de remonter sur la scène afin de les accoucher et livrer la stricte vérité de son émoi. Une parole d'acteur exilé. Dido a quitté son pays en pleine représentation théâtrale suite à un attentat à la bombe. Personne n'avait réellement identifié les coupables. Néanmoins Dido fut cité comme ennemi public. Vu ses prises de parole contre le régime en place et du fait qu'il prônait un théâtre engagé, il n'eut pas d'autres choix que de partir, laissant les spectateurs et sa famille en détresse. Cette culpabilité le hante à jamais. Ses démons l'ont poursuivi dans son exil jusqu'à lui faire quitter la scène pendant que des activistes afro-africains ne cessent de le harceler au nom du communautarisme nègre des valeurs. Clash et remous entre vieux frères de théâtre accompagnent les soirées interminables dans le bar qu'il s'est acheté à crédit pour y fourguer du stand-up à répétition. Mais voilà qu'un jour un metteur en scène vient sonner à sa porte pour lui proposer le rôle premier dans son prochain spectacle La Fin de la colère. C'est l'occasion rêvée pour Dido de remonter le cours de son histoire, affronter ses démons, enterrer les morts et pouvoir remonter sur scène avec une vision neuve du théâtre engagé.

  • Mesdames et Messieurs, je vous arrache la garantie de votre innocence. Devenez coupable à moindre frais. Voilà ce que vous dit ce théâtre. On enterre la complaisance cette nuit. On embrasse les lions. On fait l'amour avec des hiboux. Tout ne sera pas permis mais votre contraire est invité. Et c'est lui qui ouvrira le bal. Puis vous irez danser avec votre contraire.

    Dieudonné Niangouna met en scène Nkenguégi au Théâtre de Vidy (Lausanne), du 01 au 05 novembre 2016. La mise en scène sera reprise au Festival d'Automne de Paris, théâtre Gérard-Philipe, du 09 au 26 novembre. En partenariat avec MC93 (Bobigny).

  • Le ring est un dialogue, et la scène est un champ de bataille. Je ne saurais vous dire la joie que j'ai en ce moment, en faisant entendre ma voix, mon corps, toute mon histoire à travers Mohamed Ali. Ce n'est donc pas un nègre dans une cage, ce n'est pas une foire avec un ours à bicyclette. On n'est pas au cirque où l'homme le plus fort soulève quatre cents kilos. Non, mesdames, on est en train d'écrire la vie, à partir de maintenant.

    M'appelle Mohamed Ali a été écrit pour Etienne Minoungou, qui l'a interprété lors de la création en 2013, dans la mise en scène de Jean Hamado Tiemtoré au Fundamental Monodrama Festival (Luxembourg).

  • Je préfère la lutte des classes aux conflits de générations. Je préfère l'orgueil à la vanité. Les jeunes c'est de la vanité. Le « prenez vite, c'est déjà fait et c'est à vous. » Votre jeunesse ne vous sert à rien puisque vous êtes morts en attendant l'héritage de vos pères. Vous faites semblant d'être indépendants. Mais allez-y ! Faites l'histoire et on verra si le monde tiendra une seule journée, avec votre manque de connaissance de l'histoire, votre attrait à la violence, votre suffisance branchée et votre liberté transformée en individualisme exacerbé. Les murs sont en vous. Voilà pourquoi vous vous arrêtez à la tendance, à la mouvance, au snobisme...

    Trois frères et soeurs, accompagnés de leur neveu, se retrouvent pour vendre la demeure d'un père qu'ils n'ont pas connu. Mais un vieillard, venu s'abriter de la pluie, va semer la zizanie. Pourquoi ressemble-t-il tant à leur père décédé ? Comment connaît-il son histoire, celle d'un homme parti chasser le rhinocéros blanc en Afrique et mort là-bas ? Les personnages tentent de démêler la vérité d'une histoire étouffée par la honte et l'opprobre.

  • Comment écrire pour des étudiants de théâtre ?

    Comment écrire pour une compagnie ?

    Comment écrire pour un amour ?

    Comment écrire pour un pays ? Un ventre ? Une source ?

    Comment écrire, parce que la mort vous l'exige, alors vous mettez la vie à contribution, et vous n'êtes plus que vos mots, même pas vos histoires, parce que vous n'en avez pas, vous écrivez pour les autres.

    Pour les autres. Pour les autres. Pour les autres.


    Artiste associé au 67e Festival d'Avignon 2013

  • Je voulais que la parole soit du sang qui détermine le conduit des veines.

    Je voulais que la parole puisse établir le lien entre l'esprit, l'imagination, et l'acte.

    Que la parole soit la seule chose qui ne se déteint pas à l'ombre des saisons ou à la lumière des équinoxes. (ou «déteigne» ?) Que la parole reste une promesse Et qui jamais ne se retire.

    Quelque chose d'infranchissable.

    Un bouillon sauvage de sens, Pour qu'il n'y en ai pas un, de sens («qu'un ?») Mais que la parole soit le bouillon, simplement le bouillon des essences.

    Voilà pourquoi suis venu au théâtre. («je suis» ?) « Des films. Et il y avait de tout. Absolument tout. Papa était un homme complet. Achevé. Un grand amateur de kung-fu. Il me disait : « Adé, toi, je t'enverrai en Chine pour aller apprendre le kung-fu au temple Shaolin. Et à ton retour, au Congo, après que tu auras rapporté tes cinq dan de kung-fu et une ceinture noire, je te produirai, moi ton père, au cinéma. On fera des films de kung-fu, ici au Congo. » Mais mon père est mort. Et je n'ai jamais été en Chine. Je n'ai pas appris le kung-fu. Je n'ai jamais joué dans un film. Je suis devenu comédien, et je joue au théâtre. C'est ça mon kung-fu. C'est ça mon cinoche. Le théâtre. Oui c'est là que je fais mon kung-fu ».

    D. Niangouna

  • Elle n'a rien fait.

    Elle a tué son enfant. Pourquoi alors ?

    Pourquoi on jette son fils dans un caniveau ? Pourquoi on bloque son portable ? Pourquoi on jette ses parents dans les hospices ? Pourquoi on ne paye pas la retraite ? Pourquoi on déteste l'enfant qui nous ressemble ? Pourquoi on efface les messages ? Pourquoi le plus con arrive toujours à te clouer ? Pourquoi on recommence ?

  • Les vagues balaient la barque‚ un pauvre radeau de fortune. Je vois la fragilité de la vie‚ de toutes ces vies accroupies et mal en point‚ entassées comme des bêtes sur la barque. Mais où vont-ils ? Personne ne saura hormis le hasard. C'est quoi cette obsession qui leur fait braver les mers‚ les vagues‚ les tempêtes et la mort ?

    Les nkenguégi sont des plantes équatoriales aux longues feuilles coupantes. Au Congo‚ elles sont utilisées pour protéger les enclos des bêtes sauvages. Celui qui reste à l'intérieur de l'enclos est protégé‚ mais il est enfermé. Celui qui est à l'extérieur de l'enclos est en danger‚ mais il est libre.

    Nkenguégi conclut la « Trilogie des vertiges » (Le Socle des vertiges‚ 2011 ; Sheda‚ 2011) consacrée aux mouvements tressés de forces contradictoires que nous ne pouvons ni arrêter‚ ni dominer‚ ni saisir. Ils nous entraînent là où la mémoire et l'expérience vécue se transforment en futur possible.

    Création par l'auteur au Théâtre de Vidy (Lausanne), du 01 au 05 novembre 2016.

    Présentation par la MC93 au Théâtre Gérard Philipe, dans le cadre du Festival d'Automne à Paris du 09 au 26 novembre 2016.

  • Je brûle cette écriture pour avoir à écrire demain, le sang et l'encre se jumellent, j'écris sur le sang et l'encre par-dessus les nuages violacés et le surlendemain il me faut brûler cette écriture pour apprendre à écrire demain, le sang et l'encre les arbres se cassent et j'ai sur la gueule l'estomac du voisin haché par les largages des hélicoptères, les entrailles de cette femme, j'écris sur la cervelle du voisin avec les entrailles de cette femme, à l'intérieur de ma chemise blanche violacée par l'encre et le sang et je noie la cervelle et les entrailles dans la rivière pour brûler cette écriture afin de pouvoir écrire demain.

  • Le théâtre de Dieudonné Niangouna est un surgissement, fait de ruptures et d'écoulements de laves incandescentes. Il manipule la quotidienneté des sentiments contradictoires, ainsi que les ressentis qui influencent les comportements. L'évocation, de Sony Labou Tansi est ici, l'occasion d'un plaidoyer au vitriol pour clore toutes les mésalliances. Au coeur des répliques qui s'enfilent en un dialogue intempestif et savoureux, le dramaturge nous convie à l'exploration mouvementée de son univers culturel. Dans ce texte, il nous dit tout, ce qu'il aime ou déteste, sa « congolité », ce qui a fait de lui un dramaturge unique et universel à la fois, son désir constant d'émancipation.

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