• Amoureux de la couleur et de sa liberté, Katz, peintre avant-gardiste russe, se fait passer pour fou dans une petite ville perdue d'Asie centrale : il s'agit pour lui de préserver son indépendance dans le régime soviétique. Après sa mort, deux de ses parents, tels des chevaliers du Graal, partent à travers le monde à la recherche de ses toiles. De digression en aventure, le lecteur est joyeusement précipité dans les méandres de l'histoire du XXe siècle. C'est à une mondialité heureuse que David Markish convoque : Tel-Aviv, Cologne, Paris, New York, Moscou, Genève, la Pologne... Nos héros découvrent un Klee qui aura servi de pelle à poussière en Sibérie (" après tout, le beau aussi peut être utile "), un Mondrian dans une valise en cuir, des faux meubles " Louis quelque chose " dans un atelier de Gaza. Au passage, la psychiatrie soviétique en prend pour son grade, les kibboutzim sont traités avec une tendre ironie, et le marché de l'art, soumis à une parodie féroce. Dans ces pages baroques règne un optimisme débonnaire et malicieux, empreint pourtant d'une vision de l'histoire lucide et implacable.

  • Chez les Soviets, dans les années vingt et trente.
    S'inspirant des carnets d'Isaac Babel, David Markish signe une biographie romancée de l'auteur de Cavalerie rouge et des Contes d'Odessa, lui créant un double du nom de Judas Grossmann. Le roman évoque l'enfance du héros à Odessa, sa participation, en tant que correspondant de guerre, à la guerre civile, sa gloire littéraire et ses contacts avec les milieux politiques à Moscou, puis le début des Purges, son arrestation et son exécution.
    Dès les premières pages du roman, où le petit Judas se rêve en prince David Réouveini, soldat juif légendaire, le ton est donné, et les grandes questions posées : comment être juif en Russie et comment être un héros guerrier lorsqu'on est juif en Russie ? « Pour prendre Jérusalem, il ne suffit pas de raconter de tristes histoires juives. Qui a décrété qu'il était bon pour nous de jouer du violon plutôt que de jouer aux cartes ? Que les échecs nous convenaient mais pas la boxe française ? (...) Je ne me laisserai pas abuser, je ne finirai pas, épuisé, par rebrousser chemin. Je serai fort comme un goy, courageux comme un goy, féroce, comme un goy. Tout en restant un
    juif, un juif à cheval. »
    Si Judas ne devient pas soldat, il côtoie la guerre au plus près en tant que journaliste. Signant, comme Isaac Babel, ses articles du pseudonyme « Lioutov » (nom formé sur l'adjectif liouty, « féroce »), Grossmann s'attachera à « devenir Lioutov », c'est-à-dire à « devenir russe », ou à passer pour tel face à des cosaques connus pour leur antisémitisme, et à s'inscrire dans la
    dimension épique de l'histoire russe du début du XXe siècle.
    Un livre hommage à Isaac Babel, traitant de l'identité des écrivains et de l'identité russe, où l'on retrouve l'écriture incisive et l'humour tragique de Markish.

  • Expulsé par erreur d'Union soviétique dans les années 1970, un jeune littérateur est entraîné malgré lui dans des pérégrinations jalonnées de rencontres hautes en couleur : des exclus, des mendiants et des illuminés qui lui renvoient son image de "juif errant". Tiraillé entre le monde occidental où il ne sait quoi faire de sa liberté et la Russie où il savait quoi faire de son esclavage - écrire, Vladim Soloviov questionne la place de l'écrivain apatride.

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