• Le bal des folles

    Copi

    C'est l'histoire d'un écrivain argentin qui aime à écrire dans des chambres d'hôtel sordides à Paris. D'un beau Romain qui souhaite devenir une belle Parisienne, d'un sosie de Marilyn Monroe tyrannique et envahissant, d'un éditeur qui aimerait que son auteur cesse de le prendre pour un micheton. D'une boulangère qui pratique la voyance, d'un hippie neurasthénique qui élève ses triplés à Ibiza de façon peu orthodoxe, d'une véritable amie - qui à défaut d'avoir l'heure a toujours une bonne bouteille et une astuce pour échapper à la police.
    D'un Paris interlope à une Rome fervente, en passant par le New York branché et l'Ibiza baba-cool, Copi nous immerge dans les années 1970 et leurs folles libertés. Amours purs, sexe débridé, crimes odieux : en fantasmant sa vie, Copi nous donne à lire un roman aussi drôle qu'épouvantable.

  • « Pour qui serait atteint de morosité - affection fréquente pendant le mois le plus court de l'année -, nous lui conseillerions fortement de prendre à jeun ces quelques pilules « copiques ». L'effet est immédiat : sept brèves nouvelles, autant de dangereuses grenades dégoupillées qui éclatent au visage sans crier gare, laissant sur les lèvres un rictus incrédule. Sept fables d'une somptueuse ignominie, d'une funèbre jubilation. Dac, Péret, Forneret, Cami, on cherche en vain des zones familières à ces sarcasmes toxiques. La filiation est rompue. Pas de Copi conforme. Aucun enlisement de procédure, ni précaution, ni préambule ; sur-le-champ, la démesure pernicieuse. Ces petites pépites d'humour infâme que nous tenons au creux de la paume n'ont pas d'histoire, elles ont le prix de leurs éclats. » (Patrice Delbourg, Les Nouvelles littéraires, 1978)

  • «... Nous nous séparâmes dans le hall du deuxième étage. Je m'aventurai dans le back-room, évitant de toucher la masse humaine aux multiples mains rapaces. - Est-ce que le portier ou le barman se trouvent dans cette pièce ? répétais-je plusieurs fois à voix très haute. Silence. À part quelques sons répugnants comme des bruits de chaînes et des floc-floc d'enculade. J'allai rejoindre Jean-Pierre dans les toilettes. Il se tenait debout contre le mur. Il avait un couteau de cuisine à la main. Ses avant-bras étaient trempés de sang... »

  • L., une transexuelle vulgaire, reçoit un frigo comme cadeau d'anniversaire. La présence de cet appareil déclenche chez L. un bombardement d'hormones qui va la plonger peu à peu dans la folie. L. va jouer tous les personnages d'une intrigue qui reflète sa destinée théâtrale. Le costume de mort est au fond de son armoire. Mais l'amour sous la forme d'une marionnette de Rat, guette en coulisse. L'Amour parviendra-t-il à forcer le Frigo ?

  • Nicanor Sigampa s'est fixé à Paris, où il dirige et finance une société secrète, L'Internationale Argentine. Mais Nicanor ne passe pas inaperçu : il est noir et mesure deux mètres ; milliardaire, il roule en limousine et distribue les chèques de 500 000 F, comme d'autres les poignées de main. Or, Nicanor a jeté son dévolu sur un réfugié argentin, un poète famélique nommé Copi. Séduit par l'obscurité absolue de ses odes, Nicanor a décidé de faire de Copi le prochain président de la République argentine... Derrière les provocations et les quiproquos d'un humour acide, L'Internationale Argentine constitue la plus sérieuse des satires politiques. Bohèmes et nantis, travestis et femmes du monde, diplomates de carrière et arrivistes professionnels s'y pressent et s'y bousculent. Ce roman est, peut-être, le plus gai de tous les livres de Copi. C'est-à-dire le plus désespéré. Quelques semaines avant sa mort, à l'occasion d'une ultime relecture, il en avait dessiné la couverture. Son dernier dessin.

  • « Post-scriptum. Je rouvre l'enveloppe pour raconter quelques dernières nouvelles : ma situation s'est notablement améliorée depuis que je me suis associé à un de mes congénères du nom de Rakä qui, bien que jeune, a déjà fait le tour du monde dans les soutes d'un cargo vénézuélien... Il n'est pas aussi instruit que vous, mais il connaît mieux le monde et ses usages... Bien à vous, votre rat chéri qui vous estime très fort. » Dépositaire d'une correspondance adressée par un rat à son vieux maître - un humain qui s'est cassé trois côtes - , Copi nous fait pénétrer dans la Cité des Rats (du côté de la rue de Buci et de la rue de Seine) où la vie est délicieusement provinciale.Il y a la Reine des Rats et ses deux filles. Il y a l'armée royale des hamsters (syndiqués et revendicatifs), une enfant sauvée des eaux par Mimi le Clochard, et bien d'autres comparses... On occupe Notre-Dame, l'archevêché, l'Odéon, la Sorbonne. Puis, la troupe, grossie d'un serpent, d'un iguane et de l'Émir des perroquets, s'embarque pour le Nouveau Monde... Un conte signé Copi qui, à sa façon, nous entraîne à la chasse au snark dans le jardin d'Alice.

  • - Est-ce que vous vous y connaissez en macumba ? Je n'en connaissais que ce que j'avais lu dans les prospectus des charters Paris-Rio. - Conceïçao do Mundo veut dire Conception du Monde. Il n'en naît qu'un par millénaire. C'est elle qui régnera sur le monde en l'an deux mille ! Il enleva son panama. Il avait les cheveux rasés et des tatouages de toutes les couleurs sur le crâne. - Je suis un sorcier amazone, me dit-il. Conceïçao est la fille d'une longue lignée qui se manifeste une fois tous les mille ans ; elle est l'hermaphrodite parfaite, la fine fleur des chefs-d'oeuvre de la nature. Suivit un silence. Il se concentrait, fronçant les sourcils et tétant son havane. - Vous êtes un homme bon, je vous la laisse en garde. Notre secte passe par une mauvaise période. Plusieurs d'entre nous sont en prison. Pour les quatorze ans de Conceïçao, nous avons mis le feu à un stade de football ; le gouvernement brésilien nous en veut. À Porto Alegre, on nous brûle en place publique. Une question bien française m'échappa : - Mais pourquoi êtes-vous incendiaires ? - Nous adorons le soleil, me répondit-il tout bêtement. Il tira de sa poche un diamant gros comme le poing. À la clarté de la lune, il miroitait dans toute la pièce comme une boule de dancing. - Je me permets de vous faire cadeau de ce diamant. - Pour me remercier de quoi ? - Pour vous remercier d'adorer Conceïçao do Mundo.

  • Cher Jorge Lavelli. Je te donne cette pièce en souvenir attendri de la ville de Benos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C'est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d'aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. Poursuivis par les grenadiers, nous nous envolâmes dans un bimoteur bleu, non sans laisser tomber, pour se marrer, notre valise sur la tête de nos grands-pères qui bouffaient des spaghetti sur la piste d'atterrissage. Pour bien d'autres raisons aussi mystérieuses que Buenos Aires, je souhaite que cette pièce soit à toi = à moi. Si cela arrive, merci. Copi

  • « Quel ouragan ! Il y a dans l'oeuvre de Copi - soudain l'un des très grands du théâtre d'aujourd'hui - une progression rigoureuse qui va des rêveries de sa Rêveuse (presque encore du Weingarten) à ces Jumelles-là. Une ascension vertigineuse, une lutte forcenée contre lui-même et contre son propre humour, qui passe par la rage de vivre - et de ne pas mourir - d'Eva Perón et les incertitudes affolées de L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer, pour arriver à ce crescendo, ce paroxysme, ce délire parfaitement maîtrisé que sont les Jumelles. » (Pierre-Jean Remy, Le Point, 1974)

  • « On a beaucoup dit de l'univers de Copi qu'il était débridé, chaotique, décalé, inventif et osé, tandis que l'homosexualité a toujours été honteuse, traumatique, marginale, condamnable ou jugée déviante. C'est tout ce dilemme que conjugue avec talent, dans L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer, celui qui fut tout à la fois acteur, acteur de théâtre et romancier. Ce « pur moment de théâtre » est une farce tragique où l'atmosphère fait sourire et traduit la douloureuse expérience de l'altérité sexuelle dont on suppose que Copi avait une grande connaissance pour en parler de manière aussi explosive. » (Félix Milo, Cassandre, mars 1997)

  • « Il y a chez Copi une très grande discrétion devant ce sujet-bateau, sujet-gâteau, qu'est la mort. Au moyen d'écarts de dialogue, Copi fait basculer cette comédie-farce de la mort vers une fête de l'amitié, et en premier lieu de l'amitié qui attache les homosexuels. Car la pièce est là : dans le lien amical, fraternel, de l'acteur Cyrille, condamné, et de son copain, Hubert, et dans l'alliance de charme et de cruauté par quoi ce vieux couple entreprend d'intercepter de la chair fraîche, un grand dadais de jeune homme qui se retrouve là, dans sa chambre. Mais Copi, insensiblement, divinement, fait danser les fils de son illusion, opéra, grand-guignol, cirque, tragédie. Tout cela d'une touche si légère... Dans sa gaieté et sa modestie, Une visite inopportune est une pièce immense. Elle provoque le rire. Elle ratisse la détresse. C'est très rare, un sommet de théâtre comme celui-là. » (Le Monde, Michel Cournot)

  • L'Uruguayen

    Copi

    « Écrire est devenu moins coûteux qu'autrefois, le papier es plus moche mais il est moins cher, ce n'est plus la peine d'acheter des bouteilles d'encre et les frais de réparation des plumes de stylographe qui se tordaient, se cassaient, ont disparu, alors tout le monde écrit, il se fait un trafic incroyable d'objets imprimés, les gens qui, autrefois, vendaient des cravates dans des parapluies ou des oranges blettes dans de petites voitures, ou des photos cochonnes sous leur pardessus entrouvert, désormais vous vendent des livres, et, le pis, c'est peut-être quand même les prétendus vrais romans publiés chez Gallirion, Flammimard, toutes ces maisons spécialisées, bref ça cause de tous les côtés, on ne sait plus ce qu'on lit, on en a par-dessus la tête, on réclame du silence, du papier blanc, des livres postiches, on est prêt à brûler tout ça comme les soldats du Chili, et juste à ce moment paraît un machin génial qui fait oublie ce cauchemar, un machin qui tombe du ciel : L'Urugayen de Copi. » (Michel Cournot, Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1973)

  • Eva Peron

    Copi

    Eva Peron se meurt d'un cancer. À l'image de King-Kong, elle hante Buenos Aires. Sa mère, Peron, un ministre et une infirmière l'aident à mourir. Mais l'intrigue est policière. Des généraux en bottes de strass laissent tomber du poison dans les coupes de champagne. Sa mère, rentrée en catastrophe de la Côte d'Azur, lui vole le numéro de son coffre-fort en Suisse. La foule attend son cadavre pour le canoniser. Eva, déguisée en Mickey mouse, s'enfuit par les égouts. Son cancer est-il réel ? S'agit-il d'un coup d'Etat ? Contre qui ? Comme d`habitude, la victime est la plus inattendue. Jouée par un travesti, à mi-chemin entre le comédie musicale et la tragédie, Eva Peron séduit.

  • « Je ne suis pas un romancier à la façon française ou toute autre ; je ne suis pas non plus un écrivain d'Apostrophes et, si j'ai participé à cette émission une fois, c'est parce que je suis latino-américain. Mais je ne suis pas un écrivain qui cherche l'efficacité du récit, ni rien de ce style dans un roman, pas plus que prouver quoi que ce soit. Je n'aime pas non plus que mes personnages puissent être excessivement reconnaissables socialement. Ils sont tous très marginaux, et tout ce qui en ressort de chronique de la société est un fait du hasard, de la caricature ou de l'exagération. » Copi, La Quinzaine littéraire, 16 janvier 1988

  • « Nu et vert, nu comme un ver, beau comme un ange du Greco, il boitille sur un seul escarpin, et ses cheveux dansent. Sous les pas de Copi, le sol se dérobe. Depuis longtemps, Copi a quitté notre terre ferme ; il l'a quittée partiellement. Il n'est jamais en un seul endroit à la fois, il est avec nous, et sur la planète qu'un jour il a découverte, que depuis il explore, il décore sa planète intérieure, son île au trésor. » (Colette Godard, Le Monde, 1974)

empty