Rocher

  • Ouvrage désinvolte et grave à la fois, le Manuel pratique de l'idéal est un livre de philosophie de l'existence, de philosophie des détails. Par la succession enlevée de paragraphes courts et tranchants, cet abécédaire de survie cherche une voie, une façon d'être, qui serait sans rigueur ni affectation, sans arrogance ni complaisance. Sauver ce qui peut l'être, ou ce qui peut l'être encore, rester propre en quelque sorte face aux insistantes vanités du siècle ; demeurer libre ou le devenir, se maintenir ou ne pas trop déchoir, élire nos gestes, et d'abord les plus apparemment anodins, jusqu'à leur nonchalance. Comment vivre, sans doute, mais par la voie de la métonymie, en commençant par la question des courses au supermarché, en arbitrant entre bains et douches, en évoquant les canapés, le sport ou les cartes postales, mais aussi la liberté, l'oisiveté, l'indécence du bien, l'usure des choses ou l'ennui. S'il fallait définir, prévoir ou espérer le lecteur idéal de l'opuscule, on penserait à cette catégorie particulière de pares­seux qui tâchent de concilier leur gout du tragique avec celui de la légèreté.

  • Démettre le monde, ne plus y être pour personne, vivre enfin dans le dégagement, le défaut, le dévers, glisser vers les marges, les notes de bas de page, les parenthèses, les incises, les avant-propos, traquer la vérité dans un exil parfait, loin du passage des heures, des gestes et des mots inutiles, rompre enfin avec le mensonge des faits, s'ouvrir au rien, à la lenteur, à la latence, ne plus être dans l'existence mais exister dans l'être, le peut-être, l'avant-être, être en amont du monde, au coeur de la juste distance, entre le ciel et soi, loin des contingences de la terre, et des autres, pour y chercher sans hâte le sens qui emplit le monde du vacarme assourdissant de son absence, pour y chercher le juste point de l'être, éprouver jusqu'au bout le vertige de l'écrasement, l'écho du monde, creuser au plus profond de soi, jusqu'à se retrouver, ou se perdre, tenter l'expérience pure de l'être. Ecriture de l'intime loin des confessions, du je loin des circonstances, de la solitude comme voyage et hypothèse, Un peu là beaucoup ailleurs est le récit immobile d'un pari, celui d'une vie autre, depuis le lieu - seul habitable ? seul possible ? seul réel ? - d'un soi vacant et ouvert, jusqu'à l'absence, et tel souverainement élu.

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