Langue française

  • « Papa, papa, attends-moi ! » Dans la ferme africaine qui s'étend sur plusieurs hectares au Congo belge, Claudine bondit de la jeep de son père. Ce bel homme coiffé d'un chapeau safari est vétérinaire. Il veille sur la bonne santé des animaux domestiques qui arpentent ce coin de savane. Claudine a 14 ans. Elle aime ce pays où elle a passé son enfance, alors qu'elle ne connaît presque rien de sa terre d'origine, la Belgique.
    Mikeno, la révélation : A 47 ans, Claudine vit toujours sur cette terre d'Afrique centrale. Elle travaille à Kinshasa. La vie y est très difficile. Depuis qu'elle a découvert l'état misérable du jardin zoologique, Claudine ne ménage pas ses efforts. Chaque semaine, elle va avec son amie Denise faire le tour des grands hôtels de Kinshasa pour y collecter des vivres, tant pour les animaux que les gardiens. Un jour de 1993, elles répartissent les aliments collectés quand un gardien arrive avec un bébé singe abandonné. Claudine plonge ses yeux dans ceux du petit orphelin. Aussitôt le coeur de Claudine est touché, tant ce regard doux et désespéré lui paraît humain. Le directeur du zoo la met en garde : « Claudine, ne mettez pas votre coeur dans cet animal. Ici, 100% des bonobos orphelins meurent en captivité. » Il n'en fallait pas plus pour que Claudine relève le défi: elle se jure que celui-ci vivra. Avec l'aide de Denise et de Pierre, un ami vétérinaire, Claudine arrive à le sauver. Bientôt une jeune femelle bonobo, Maya, le rejoint, puis c'est au tour de Boende et Bukavu, eux aussi fragiles orphelins.
    Des mamans pour les bonobos : Claudine partage désormais son temps entre sa famille et la sauvegarde de ses protégés. C'est au contact des orphelins qu'elle comprend comment les sauver. Un jour, Boende tombe malade. Aucun traitement ne le soulage. Le jeune bonobo s'accroche à elle, il ne veut pas quitter ses bras. Son regard semble chercher l'assurance qu'elle ne l'abandonnera pas. Claudine veille alors sur lui 24 heures sur 24. Peu à peu, Boende se remet à manger. L'affection qu'il reçoit lui donne une raison de vivre. En analysant cette situation, Claudine comprend que ces orphelins ont besoin de mamans humaines qui se substituent à leur mère naturelle pour leur donner des bains et des biberons, mais aussi les promener en forêt, les bercer dans leurs bras, les consoler, les caresser et jouer avec eux. Désormais, Claudine met ce principe en oeuvre.
    Un paradis pour les bonobos : En 2001, la situation de guerre civile cesse enfin mais la nation, qui s'appelle désormais la République démocratique du Congo (RDC), est dévastée. Les actions de Claudine sont de plus en plus connues, et le recueil des bonobos continue. Avec les dons faits à son association, elle achète des vivres, des médicaments, embauche des mamans de substitution et des soigneurs. Après avoir visité différents lieux, Claudine découvre une ferme, à vingt-cinq kilomètres de la capitale, le long de la rivière Lukaya, avec, c'est inespéré, une forêt dense et variée de trente-cinq hectares en bon état. Claudine parvient à racheter cet endroit qu'elle baptise Lola ya bonobo, ce qui signifie en lingala, la langue locale, Le paradis des bonobos.
    Le cadeau du paradis : L'engagement et le travail de Claudine ne sont pas seulement reconnus par le gouvernement congolais. Etudiants et chercheurs du monde entier viennent observer les bonobos à Lola, ce sanctuaire unique au monde. Un jour de mars 2005, un premier bébé bonobo voit le jour à Lola ! La mère, Etumbe, fait les bons gestes pour s'occuper de son petit. Elle a observé une maman de substitution, ayant accouché depuis peu, prendre soin de son bébé, le porter et le mettre au sein. Devant ce premier-né Claudine, les larmes aux yeux, lance aussitôt : « Appelons-le Mbano ya Lola, le cadeau du paradis. » Cette naissance encourage Claudine dans l'idée de réintroduire ses protégés dans un coin de nature, où ils pourraient vivre en liberté et en sécurité.
    Une séparation indispensable : Dans son combat pour sauver les bonobos maltraités, Claudine André n'oublie jamais les Congolais et les problèmes qu'ils affrontent. Car la majorité des habitants est très pauvre même si ce pays regorge de ressources précieuses... Aussi, quand Claudine créé Ekolo ya bonobo, une réserve dans 20 000 hectares de forêt au nord-est du pays, elle va à la rencontre du peuple Ilonga-Pôo qui vit autour de ce lieu. Claudine perçoit les besoins de cette population isolée et démunie. Elle engage Lola ya bonobo à aider les villageois en apportant des livres aux écoles, du matériel médical aux dispensaires. Le 14 juin 2009, un groupe de neuf bonobos quitte Lola et découvre la belle forêt marécageuse bordée d'eaux noires d'Ekolo.
    Le combat continue: Aujourd'hui, bien que les bonobos soient protégés par les lois congolaises et aussi au niveau international par la Convention de Washington sur les espèces menacées, ils sont, comme tous les grands singes, en danger de disparition. C'est dire si le combat de Claudine André n'est pas terminé. Elle continue de sillonner le monde pour faire connaître la situation de ses protégés.

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