• « Les catastrophes inopinées ne sont jamais la conséquence ou l'effet, si l'on préfère, d'un motif unique, d'une cause au singulier : mais elles sont comme un tourbillon, un point de dépression cyclonique dans la conscience du monde, vers lequel ont conspiré toute une multiplicité de mobiles convergents. » Dans un immeuble cossu de via Merulana à Rome, les bijoux d'une comtesse vénitienne ont été dérobés ; et voilà qu'on retrouve la belle Liliana Balducci sauvagement assassinée. Les enquêteurs sont sur les dents... Mais pour le nonchalant commissaire don Ciccio, chaque effet a une multitude de causes, et chaque cause en cache d'autres. L'enquête prend son temps et sillonne, bouillonnante comédie humaine, les dédales de la Ville éternelle...

  • Dans une Amérique du Sud derrière laquelle percent les Préalpes de l'Italie du Nord, l'extraordinaire portrait de l'ingénieur-hidalgo Gonzalo Pirobutirro d'Eltino, de ses fureurs contre sa mère et sa maison, de sa voracité rabelaisienne et de son désespoir profond.

    Un des grands livres du XXe siècle.

  • Carlo Emilio Gadda (1883-1973) nous invite ici à découvrir une Italie qu'aucun voyageur n'a décrite avant lui.
    Ce n'est plus seulement l'Italie de l'histoire, des arts, du dolce stile et du bel canto, mais aussi l'Italie du travail et de la technologie. Il nous entraîne dans la plaine du Pô avec les piqueuses de riz, dans les mines de charbon de l'Istrie, dans les carrières de marbre à Carrare. Une grande partie de l'ouvrage est consacrée à la Lombardie de ses origines, dont il évoque les paysages avec émotion, et surtout à Milan, centre névralgique du commerce et des affaires, la cité de Manzoni devenant alors la capitale du futurisme.
    Ces textes publiés dans différents quotidiens pendant les années trente se sont inscrits dans la perspective autobiographique de La Connaissance de la douleur, dont ils devaient faire partie. Ils appartiennent au grand projet littéraire de Gadda, qui trouve dans les dialectes et le jargon des métiers les ressources d'une poésie nouvelle.

  • Ces Colères du capitaine en congé libérable, rédigées entre 1920 et 1971, représentent trois époques distinctes, à partir de la première fiction en prose, « Promenade d'automne », où l'on est frappé déjà par le mélange de réalisme et d'émotion qui caractérise toute l'oeuvre de Gadda. Viennent ensuite trois récits qui appartiennent à la constellation de La Connaissance de la douleur et sont autant de préparations ou variations autour du personnage de Pirobutirro, c'est-à-dire de l'autodérision rageuse de l'auteur. Là, on le voit s'embarquer dans des élucubrations irrésistibles, illustrées avant tout par les «colères» qui donnent son titre au recueil, « contre Sémiramis, la chasse d'eau, les cylindres zingués, l'architecte Gutierrez et le physicien Wollaston », ou dans des divagations exhilarantes, comme celles qui visent l'architecture de la Brianza.

    Les deux derniers textes sont contemporains de la rédaction de L'Affreuse Embrouille de via Merulana, et on lira une histoire magistrale d'«escroquerie italienne».

  • De la description parodique d'une soirée à l'Opéra avec ses rites clinquants et bourgeois, à l'aventure dominicale d'un jeune homme dans un cinéma populaire ; de la remémoration d'une expérience militaire (à savoir l'impossible déplacement d'un canon), aux Études imparfaites où d'anciens thèmes poétiques sont mis en prose : comme dans une symphonie polyphonique, ces quatre courtes plages narratives précèdent le grand mouvement final du dernier récit, celui qui donne son titre au recueil.

    Là, l'ingénieur Baronfo, en proie à une névrose incurable, ayant trouvé refuge dans la lecture et les études philosophiques, rencontre, grâce à l'achat d'une bibliothèque, Maria Ripamonti : quelques promenades romantiques décideront de la suite heureuse des événements qu'une action finale dramatique semble, un instant, faire basculer dans l'impossible.

    Ce premier recueil de Gadda, publié en 1931, illustre déjà l'inspiration originale de l'ingénieur milanais et le piquant de son langage qui ne se départit jamais d'un intérêt pour la vie des hommes.

  • Le Château d'Udine a paru en 1934 en Italie. C'est d'abord un livre sur l'impossibilité de se remettre de l'épreuve insoutenable de la Première Guerre mondiale, cette épreuve qui, des années durant, alimentera en lui de grandioses fureurs. Fureurs contradictoires, d'ailleurs, faites de mépris cinglant pour un commandement incapable, d'estime affectueuse mais sans illusions pour les hommes de troupe ou pour certains compagnons d'armes, d'orgueil et de culpabilité mêlés à propos d'un conflit qu'il avait souhaité, mais dont il a vite vu et compris quelle effroyable réalité il recouvrait. Pourtant, dans ce livre, Gadda ne parle pas seulement de la guerre. D'autres récits lui sont suggérés par des aventures plus pacifiques ; à commencer par une croisière en Méditerranée sur un paquebot de luxe, qu'il dut sans doute suivre en qualité d'envoyé spécial de quelque magazine. Enfin, dans un apparent désordre, il a ajouté à cet ensemble déjà composite quelques récits pseudo-historiques ainsi que des scènes de vie milanaise ou romaine. Cette diversité de sujets, outre qu'elle épouse les humeurs toujours changeantes de cet écorché vif, permet au lecteur d'accéder à l'univers si singulièrement multiple qui est le sien. Dans sa variété, Le Château d'Udine montre comment Gadda est tout entier présent dans le plus bref, dans le plus apparemment anodin de ses textes, car quel qu'en soit le sujet, c'est toujours cette même écriture qui s'impose, continuellement emportée par une passion violente, torrentielle. Gadda s'exprime dans une langue d'une richesse et d'une véhémence flamboyantes, truffée de références et d'emprunts dialectaux, car, à la fois spontanément et délibérément, il est un écrivain éminemment baroque.

  • Plus que jamais chez Gadda, la satire et la dérision portent la narration : le célèbre dynamisme économique de la métropole du Nord se retourne en portraits de banquiers frauduleux et d'entrepreneurs naïfs en détresse ; les ingénieurs digèrent plus qu'ils n'étudient, ou construisent des ponts qui s'écroulent ; l'aristocratie locale s'incarne dans une vieille harpie à la Goya, la bourgeoisie dans l'obsession de la descendance mâle - et les femmes y sont en proie à une libido difficilement contrôlée en direction de quelques sympathiques marlous qui, eux, préfèrent les servantes venues tout droit de la campagne.

    Mais on trouvera aussi des portraits d'une merveilleuse tendresse et, en particulier, celui d'Adalgisa, qui, après des débuts plus éclatants pour les yeux que pour l'ouïe dans La Traviata, se retrouvera veuve inconsolable époussetant les tombes du cimetière Monumental. Et puis, encore, des descriptions superbes où le regard réaliste s'élève jusqu'à la création d'un grand peintre.

  • Dans un immeuble cossu de la rue des Merles ont lieu, coup sur coup, un vol de bijoux et un meurtre. Flanqué des inspecteurs Gaudenzio, alias Beau-Blond, et Pompée, dit Le Grappin, don Ciccio enquête. Ce qui ne présage rien de bon : quand la police fait appel à don Ciccio, c'est que l'affaire est complexe. De suspects farfelus en élucubrations philosophiques, il va y avoir du vilain...

  • Les quatorze récits écrits entre 1930 et 1958 de cette autoanthologie gaddienne offrent une image assez complète d'un parcours voué à une expérimentation incessante. Ils laissent passer en filigrane l'Italie juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les furies de Gadda contre les offensives mussoliniennes. Mais, surtout, ce que l'on trouve ici, c'est tantôt le sarcasme d'un comique irrésistible à l'égard de la bonne société milanaise (« Saint Georges chez les Brocchi »), tantôt la description pittoresque d'une catastrophe populaire (« L'incendie de la via Keplero »), tantôt les souffrances et la faim qui accompagnent la guerre (« Socer generque » et le très émouvant « Club des ombres »), tantôt encore le tragique d'une aventure dont le mystère reste entier (« Un salut respectueux »), pour aboutir enfin à ces « Accouplements bien réglés », où s'entremêlent inextricablement affaires de sexe et d'héritage.

    Ce recueil est, avec L'Affreuse Embrouille de via Merulana, L'Adalgisa et LaConnaissance de la douleur, un des quatre chefs-d'oeuvre incontestés de Gadda.

    Traduit de l'italien par François Dupuigrenet Desroussilles et Marina Fratnik.

  • " Pétards à explosion retardée " selon Ernesto Ferrero, " moments importants d'autobiographie " selon Adriano Seroni, ces fables, fabliaux, soties, morales, faux aphorismes et vrais pastiches sont les ingrédients du Premier Livre des fables, qui est une des oeuvres les plus singulières et les plus passionnantes de Gadda.
    Commencée entre 1939 et 1940, période où il quitte " Panettopoli " (Milan, sous la plume) pour s'installer à Florence, elle n'est achevée qu'en 1952, date de sa publication. Faisant feu de tous les bois de la riche pluralité de la langue italienne, allant d'une manipulation très facétieuse du dialecte toscan à une imitation parodique du vieil italien, Gadda se joue avec humour et ironie de l'histoire, du régime, de la vie littéraire et des travers de ses compatriotes sur la toile de fond tragique de la guerre et d'une après-guerre problématique.

  • Grand format N.C.
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