• Elles sont filles de parents maghrébins immigrés en France. Leurs pères sont ouvriers, artisans, chômeurs ou retraités, l'un fut officier de gendarmerie. Elles sont nées à Nanterre, à Bobigny, Sartrouville, à Paris dans le vingtième, dans la banlieue nantaise ou à Roubaix et y ont grandi. Elles ont de dix-huit à vingt-sept ans, sont lycéennes, étudiantes, animatrice, secrétaires, restauratrice ou "au chômage". Quelques-unes ont un compagnon, l'une est mariée, une autre divorcée, la plupart sont célibataires. Toutes ont parlé sans réticence, contentes d'être écoutées par une auditrice attentive, française, ethnologue, spécialiste de la culture de leurs parents, ainsi à même de comprendre leurs difficiles et douloureux problèmes. En effet, elles sont partagées, parfois déchirées entre leurs aspirations personnelles de jeunes femmes en France et le désir, bien différent, de leurs parents, qui auraient voulu les voir devenir ces "femmes bien", modèle de femme maghrébine. Diverses ont été leurs conditions de vie, divers leurs rapports avec parents et frères, leurs connaissances de la religion, du Maghreb, leurs scolarités, leurs activités et relations éventuelles hors de la maison paternelle, leurs attitudes envers l'autre sexe, leurs propres désirs de famille et d'enfant, leurs problèmes d'identité et de nationalité, enfin, pour certaines d'entres elles déjà, leur participation à la vie active en France. A travers leurs discours sur toutes ces questions - une centaine d'heures d'entretiens -, sont analysées les conditions et les circonstances, les constantes et les variables susceptibles de freiner ou de favoriser leurs dispositions à l'intégration.

  • Un classique en ethnologie sur le mariage dans les sociétés maghrébines. Comment, dans une société traditionnelle de domination affirmée des hommes sur les femmes, une catégorie de femmes, les mères de garçons, ont pu jouer le rôle de grandes prêtresses de cette domination. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition poche de 1996.)
    " Une longue familiarité avec les sociétés maghrébines ne m'avait guère permis d'avancer véritablement dans la compréhension des difficiles et délicats rapports entre hommes et femmes. Entre parents et enfants. Entre individu et société. Une conjoncture particulière devait m'ouvrir la voie. J'eus en effet la chance d'être mêlée de près au mariage de deux Algériens : un parisien et une Algéroise. Mon implication dans cet événement et l'urgence, pour moi, d'une clarification indispensable pour me permettre de sortir d'un malaise, me contraignirent à la réflexion. C'est ainsi qu'à cette occasion, je pus enfin commencer à dénouer l'écheveau des multiples contradictions interindividuelles au sein du lignage et tenter de comprendre d'abord comment, dans une société patrilignagère et patriarcale, de domination affirmée des hommes sur les femmes, une catégorie de femmes, les mères de garçons, avaient pu jouer le rôle de grandes prêtresses de cette domination des hommes et de l'oppression des femmes. La démarche suivie ici reprend mon cheminement personnel, allant du récit de l'expérience particulière à la construction d'un modèle dont la force permet de mesurer les difficultés considérables vécues par des hommes et des femmes soumis à l'emprise de cette idéologie patrilignagère et patriarcale encore très vivante au Maghreb, et dont les traces ne sont pas non plus toutes disparues de nos propres représentations au nord de la méditerranée. " Camille Lacoste-Dujardin. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition poche de 1996.)

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