• L'oeuvre photographique de Raoul Hausmann est restée longtemps méconnue.
    De cet artiste-clé du XXe siècle, la postérité a d'abord retenu le rôle majeur au sein de Dada Berlin, les assemblages, les photomontages, les poèmes phonétiques, quand les vicissitudes de l'Histoire ont effacé cette autre facette, à tous égards prééminente, de son travail.
    À partir de 1927, en Allemagne, Hausmann devient un photographe prolixe, avant que sa pratique ne décline après son départ d'Ibiza en 1936. Entre ces deux dates, il aura débattu du rôle de la photographie, publié des textes théoriques, quand ses compagnons d'aventure avaient pour nom August Sander et Lázló Moholy-Nagy, lequel ne craignait pas de déclarer : « Tout ce que je sais, je l'ai appris de Raoul. » Hausmann photographe étonne. Lui dont on connaît la veine acerbe et mordante de l'époque Dada vise ici la pacification, la réconciliation, une forme de résistance au temps par la sérénité. À partir de 1926, l'atmosphère de Berlin lui semblant de plus en plus oppressante, il prolonge sans cesse ses séjours dans de petits villages sur la mer du Nord et sur la Baltique. Là, il photographie le sable, l'écume, les tourbières, des corps nus, les courbes des dunes, le blé, les brins d'herbe, l'anodin qui s'impose dans un éblouissement.
    Son attention se porte aussi sur de modestes artefacts solitaires - râpes à fromage, chaises cannées, corbeilles en osier - tous objets troués qu'il transforme en flux, voire en tourbillon de lumière. Hausmann nomme ces expérimentations « mélanographies ». Elles restituent le saisissement né de l'apparition de l'image, écrit-il, comme « la dynamique d'un processus vivant ».
    Après l'incendie du Reichtsag en 1933, Hausmann, qui sera qualifié d'artiste « dégénéré » par les nazis, quitte précipitamment l'Allemagne pour Ibiza.
    Sa pratique photographique évolue. Fasciné par la pureté des maisons paysannes en forme de cubes blancs, il réalise l'inventaire photographique de ces « architectures sans architecte ». La photographie vient alors soutenir une étude anthropologique de l'habitat vernaculaire, engagée contre les théories racialistes agitant les milieux architecturaux dans les années 1930.
    Lui-même intégré à la communauté insulaire, évoluant presque hors du temps, comme dans un « état de rêve » , Hausmann réalise encore des portraits saisissants des habitants, tout en continuant son travail sur les formes du végétal. Le déclenchement de la guerre d'Espagne et l'abandon presque immédiat du petit territoire d'Ibiza aux franquistes marquent le début d'un exil autrement pénible qui ne lui permettra plus de se consacrer de façon aussi assidue à la photographie.
    Accompagné de textes de l'historienne d'art Cécile Bargues, auteur de Après Dada. Raoul Hausmann (Madraga, 2015), ce livre est le premier entièrement consacré à son oeuvre photographique. Il accompagne l'exposition présentée au Point du Jour à l'automne prochain, puis au Jeu de Paume début 2018.

  • Cet ouvrage est imprimé sur deux papiers différents : le papier Magno Natural 140 gr/m2 pour sublimer les archives et le papier Creator Matt 150 gr/m2 pour une lisibilité optimale des textes.
    La couverture est une carte Pop'Set teintée, imprimée et sérigraphiée.
    Un marquage à chaud microtexturé vient imiter une toile qui recouvre l'intégralité du dos et s'étend sur quelques centimètres sur la première et la quatrième de couverture. Les coins de l'ouvrage sont arrondis.

  • Hausmann : « Dada est plus de Dada » Raoul Hausmann, artiste central de Dada Berlin, ne fut pas seulement l'auteur des photomontages cinglants que l'on sait, l'agitateur culturel sans pareil que l'on commence à connaître ; il fut encore l'auteur du livre démesuré Hyle (la « matière », en grec), un penseur de l'architecture à l'érudition baroque, un anthropologue et un photographe de la culture populaire espagnole, un historien de l'art unique en son genre. Cet homme indépendant, vivant et dissident, estima, tout du long, que Dada se continuait en lui. Son trajet demeuré mystérieux au travers du siècle écoulé en fait une manière de clandestin primordial dont l'oeuvre fut, un peu vite, emportée dans le remous des temps. Il fallait restituer le parcours jugé si souvent inextricable de celui qui déclara de bonne heure, et une fois pour toutes, que « Dada est plus de Dada ».
    Exilé à Ibiza Persécuté, chassé de l'Allemagne nazie où il fut dès 1933 classé parmi les artistes dits « dégénérés », Raoul Hausmann quitta précipitamment le pays au lendemain de l'incendie du Reichstag. Le hasard le conduisit à Ibiza, où il resta, contre toute attente, trois ans. Là, commença le roman d'un exil oublié : celui de « l'odeur noire de la croix gammée », flottant au-dessus des villages soudain peuplés d'émigrés allemands, celui, surtout, d'un artiste parti seul, plus loin dans les terre à la rencontre de son paradis solaire.
    Éblouis par les maisons paysannes en forme de cubes blancs, Hausmann en publia les plans et les images dans L'Architecture d'aujourd'hui, des études dans A.C. et la Revue anthropologique.
    Résistant farouche à la fiction raciste d'une essence « méditerranéenne », ou « nordique », de l'architecture populaire et a fortiori moderne, il écrivit, en creux, l'histoire des peurs et des passions de la discipline dans les années 1930. Plus, Hausmann partit de ces constructions parfaitement achevées d'un monde finissant pour mettre à mal ce que l'on nomme ordinairement le « primitivisme » en le déplaçant ici et maintenant. Sa volonté de formuler une « nouvelle histoire de l'art » faisant la part belle aux objets et réalisations populaires le conduisit à interroger la notion de spontanéité, et jusqu'aux conditions de l'existence en société patriarcale. Le livre le replace en dialogue avec ses contemporains, Jean Arp, Tristan Tzara, Carl Einstein, Otto Gross, Leo Frobenius, ou encore Walter Benjamin qui se trouvait à Ibiza au même moment que lui.

  • Déclaré le 14 novembre 2015, dans la nuit des attentats du Bataclan, l'état d'urgence fut prorogé à six reprises avant de prendre fin le 1er novembre 2017.
    Dans cette deuxième édition largement actualisée, le présent ouvrage s'attache non seulement à en analyser le régime juridique et à en retracer l'histoire, mais aussi et surtout à mettre en lumière sa capacité à affecter les rapports entre pouvoirs publics. Comme toutes les législations de crise, l'état d'urgence relève en effet d'une légalité extraordinaire qui se substitue provisoirement à une légalité ordinaire. Est ainsi assurée la domination du pouvoir administratif sur les pouvoirs législatif et judiciaire, tandis que s'ouvre la possibilité de porter aux libertés publiques des atteintes qui, dans des circonstances normales, seraient illégales ou inconstitutionnelles.
    Si la perspective se veut constitutionnelle, elle n'en est pas moins historique et critique. Le lecteur trouvera donc ici une analyse serrée des multiples décrets de novembre 2015 qui déploient l'état d'urgence, ainsi qu'une étude approfondie des insuffisances de son fondement législatif, qui réside dans la loi du 3 avril 1955 à maintes reprises modifiée. Cette édition s'efforce également de dresser le bilan de cette prolongation sans précédent de l'état d'urgence à partir d'une étude des diverses lois de prorogation et de la jurisprudence constitutionnelle et d'en mesurer le legs, à l'aide d'un début d'approche comparatiste.
    La démarche s'accompagne enfin d'un souci constant de replacer la création et l'usage de l'état d'urgence dans son contexte historique et politique, tant il est vrai que l'histoire de la République et celle de cet état d'exception semblent s'éclairer mutuellement.

  • À l'heure où la Cour de Justice de la République (CJR), compétente pour juger des faits délictueux ou criminels commis par les ministres dans l'exercice de leurs fonctions, est menacée de disparaître à l'occasion d'une prochaine révision constitutionnelle, ce projet d'ouvrage entend nourrir le débat constitutionnel à venir en se penchant sur cette institution méconnue. Il s'agira aussi, plus largement, de se ressaisir de la question de la responsabilité des ministres, en réunissant, au sein d'un même opuscule, des documents de diverse nature.
    À des articles de doctrine, viendrait s'ajouter la publication d'un certain nombre de décisions prises par la CJR, qui sont particulièrement emblématiques du mode de fonctionnement de ses trois formations : commission des requêtes, commission d'instruction et juridiction de jugement. Une telle publication aurait pour principal intérêt de rendre accessible au public des documents qui ne le sont guère, copie desdites décisions - que nous détenons - ne pouvant être obtenues que sur rendez-vous au siège parisien de ladite Cour.

  • Quels sont les ressorts de la légitimité et l'utilité des immunités parlementaires au sein du régime représentatif ? C'est à cette question que le présent livre essaie de répondre, en étudiant fondements et régimes juridiques des immunités en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
    Cet ouvrage remet en question la pertinence de la conception traditionnelle des immunités parlementaires. Cette dernière tend à présenter irresponsabilité et inviolabilité comme un ensemble homogène, destiné à garantir l'indépendance des parlementaires et dont l'existence serait nécessaire au bon fonctionnement du régime représentatif. Une telle approche revient à reconnaître à l'inviolabilité un fondement qui est propre à l'irresponsabilité.
    Une démarche historique et comparatiste permet pourtant d'invalider l'hypothèse d'un lien logique et nécessaire entre immunités parlementaires et régime représentatif et montre qu'il convient de distinguer clairement les deux modalités de l'immunité. Seule l'irresponsabilité apparaît comme un véritable corollaire du mandat représentatif car, en soustrayant l'exercice des fonctions parlementaires à l'appréciation d'un pouvoir concurrent, elle protège, du point de vue juridique, le libre exercice du mandat.
    Témoigne de l'importance de la protection, la relative uniformité des régimes juridiques des immunités ou privilèges qui, quel que soit le pays considéré, visent à soustraire le représentant aux conséquences des infractions commises dans l'exercice de ses fonctions. En revanche, la quasi absence d'inviolabilité en droit anglais et américain illustre la capacité du régime représentatif à fonctionner de manière satisfaisante, tout en soumettant au droit commun les infractions détachables de l'exercice des fonctions parlementaires.
    Parce que le caractère représentatif du mandat permet à l'assemblée de fonctionner régulièrement, même en présence d'une Chambre incomplète, il ne saurait fonder l'existence d'une inviolabilité dont la vocation première est de garantir la présence, sinon effective du moins potentielle, des parlementaires en séance.

  • Déclaré le 14 novembre 2015, dans la nuit des attentats du Bataclan, l'état d'urgence est depuis de longs mois au coeur de la vie politique et juridique française.
    Le présent ouvrage s'attache non seulement à en analyser le régime juridique et à en retracer l'histoire, mais aussi et surtout à mettre en lumière sa capacité à affecter les rapports entre pouvoirs publics. Comme toutes les législations de crise, l'état d'urgence relève en effet d'une légalité extraordinaire qui se substitue provisoirement à une légalité ordinaire. Est ainsi assurée la domination du pouvoir administratif sur les pouvoirs législatif et judiciaire, tandis que s'ouvre la possibilité de porter aux libertés publiques des atteintes qui, dans des circonstances normales, seraient illégales ou inconstitutionnelles.
    Si la perspective se veut constitutionnelle, elle n'en est pas moins historique et critique. Le lecteur trouvera donc ici une analyse serrée des multiples décrets de novembre 2015 qui déclarent et déploient l'état d'urgence, ainsi qu'une étude approfondie des insuffisances et limites du fondement législatif de ce régime d'exception, qui réside dans la loi du 3 avril 1955 à maintes reprises modifiée.
    La démarche s'accompagne enfin d'un souci constant de replacer la création et l'usage de l'état d'urgence dans son contexte historique et politique. De la guerre d'Algérie au récent projet de constitutionnaliser l'état d'urgence, l'histoire de la République et celle de l'état d'urgence semblent en effet s'éclairer mutuellement.

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