• Disons-le simplement: maurice blanchot, né en 1907, est l'un des plus grands, l'un des plus rares écrivains du vingtième siècle.
    Affirmation que ce siècle s'est trop souvent employé à traduire en légende - ou en procès. selon l'inévidence de mythologies tenaces, blanchot aurait été le grand absent, le fantôme invisible, l'auteur illisible d'une oeuvre tout abstraite, un homme littérairement terrifiant, politiquement impur. nul mieux que lui, pourtant, n'aura interrogé ce qu'il en est de la présence, de la visibilité, de la lisibilité, de la vitalité, de la culpabilité et de la possibilité de l'écrivain.
    Par ce travail, par ce combat, blanchot aura fasciné et exalté les plus grands créateurs contemporains de formes et de pensées (de formes de pensées), à commencer par ses deux amis les plus intimes, emmanuel levinas et georges bataille. a son tour il reviendra à cet essai d'interroger la présence, la visibilité, la lisibilité, la vitalité, la culpabilité et la possibilité du biographique, dans une vie et dans une oeuvre, dans une vie faite oeuvre, une vie soutenue des affrontements les plus extrêmes avec la mort.
    Cette vie à l'oeuvre s'adresse d'abord à notre savoir: que pouvons-nous en penser ensemble - et jusqu'oú? elle s'adresse ensuite à notre responsabilité: quelle forme d'attention et de discrétion requiert-elle, quelle sensibilité infinie à la limite du témoignage impossible impose-t-elle? ecrire ce mouvement incessant de l'écriture à la vie, de la vie à l'écriture, à la place du tiers, dans l'attention toujours portée au nom de l'autre, suivant ici le mouvement qui, par la littérature et dans l'amitié de robert antelme, fait advenir la responsabilité à elle-même, la soumet à une reconnaissance illimitée tel est au moins, de cette biographie, l'essai.

  • Avoir le sens du monde ne signifie pas détenir le sens du monde. C'est même à se défaire d'une série d'approches totalisantes de l'existence que Koltès put en venir à exercer ce sens, que je tiens davantage pour un don sensible que pour un pouvoir de signification : un sens de l'intuition, de la disposition, un mélange de savoir, de savoir-faire et de flair, une grâce qui demande à la fois de se tenir proche du réel, en avant-scène, et au loin, au lointain. C'est parce que jamais Koltès n'aura voulu donner sens au monde, parce qu'il se sera toujours dépris, si l'on veut, des grands récits, parce qu'il ne se sera jamais soucié du sens et de l'interprétation, mais qu'il lui sera resté quelque chose du désir de « changer la vie », que sa posture devant le monde aura manifesté un désir d'infiltration, de pénétration, d'immixtion au sein du sens du monde qu'est le monde lui-même. En ce sens, il aura été l'exact contemporain non seulement de la mondialisation du monde, mais aussi des interrogations les plus fortes qu'on puisse lui adresser.

  • Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l'affrontement : tout a prêté, en un temps "fin de siècle" de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d'un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d'infinies difficultés à se démettre. Brutalement, sous les diverses formes de l'indexation au répertoire, de l'héritage, du recyclage, l'oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu'il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l'étranger, l'auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L'étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n'explique pas tout. De ce clivage entre le mythe et l'ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l'abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l'oeuvre de Koltès d'une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d'une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l'ambition avouée de cet essai.
    Christophe Bident

  • Roland Barthes ne s'est pas d'abord intéressé à la question de la théâtralité.
    Il n'en est pas non plus devenu à proprement parler un théoricien. Mais il a poussé la réflexion au-delà des catégories, des champs et des objets attendus. Il s'est d'abord intéressé au théâtre. Au théâtre joué, organisé, monté et au théâtre des signes que se donne une pratique pour exister, se transformer et se faire reconnaître. L'analyse des pratiques a commencé avec la littérature ; elle s'est poursuivie avec le théâtre et la mythologie.
    C'est dire que Barthes ne pouvait interroger du théâtre que le théâtre, un redoublement qu'il lui est arrivé de nommer la théâtralité. C'est dire aussi que cette théâtralité se trouve partout. Se trouve-t-elle partout identique à elle-même ? Autrement dit, la théâtralité est-elle indifférente au support qu'elle modalise ? Peut-on en donner une définition exclusive ? Quel est l'enjeu, quelle est la fonction, quelle est la valeur de son application obstinément hétérogène ? Quel concept déterminé du théâtre présuppose-t-elle ? Quel apport à la réflexion esthétique fournit-elle ?

  • Bernard-Marie Koltès (1948-1989) a laissé l'image d'un homme souriant, éternellement jeune, à l'énergie romantique et au destin tragique. Il a multiplié les rencontres et les voyages, s'est intéressé tant au roman, au cinéma et à la peinture qu'au théâtre. Dans les années 80, son compagnonnage avec Patrice Chéreau, tout récemment disparu, a forgé sa reconnaissance internationale. Il aimait les acteurs et a obtenu de Jacqueline Maillan comme d'Isaach de Bankolé, d'Yves Ferry comme de Maria Casarès, qu'ils interprètent ses pièces. Pourtant, son sens de l'amour, homosexuel ou amical, ne s'est jamais départi d'un sentiment de profonde solitude. Au programme, cette année (2014), des concours d'entrée aux Ecoles Normales Supérieures d'Ulm et de Lyon, Dans la solitude des champs de coton met aux prises un dealer et un client dans de longs monologues croisés, qui se coupent et s'accélèrent à mesure qu'ils s'approchent d'un dénouement sans résolution. Ce numéro s'engouffre dans les méandres d'une pièce sur laquelle Patrice Chéreau sera revenu trois fois, livrant en autant de mises en scène des interprétations toujours plus profondes et séduisantes.

  • "Reconnaîtreoe Prédication flottante, évasive. Elle décide pourtant des destins singuliers (on reconnaît un enfant, on reconnaît un mort), des destins collectifs (on reconnaît un État, une langue, un peuple), des rapports éthiques (on reconnaît une erreur), des événements métaphysiques (on reconnaît un dieu, une vérité). Quel est précisément ce "on" de la reconnaissance, ce sujet indéfini qui semble préexister à la relation comme au sujet qui l'accomplit et à l'objet qui la reçoit ? Quel mystère entoure l'acte de reconnaître, et pourquoi la question se pose-t-elle, de nos jours plus que jamais ? Comment un besoin minimal de reconnaissance peut-il venir à s'exercer ? Quel mouvement secret emporte l'art et la littérature pour donner un autre retentissement à ces questions ?" Dans son parcours du mouvement infini de la reconnaissance, ce livre rencontre les oeuvres de Maurice Blanchot, Robert Antelme et Gilles Deleuze. Blanchot, parce qu'il explore notre désir de reconnaissance toujours déçu, jamais atteint, à l'oeuvre dans toute littérature ; Antelme, parce que l'expérience des camps l'a rendu un jour non reconnaissable aux yeux des plus proches et qu'il en a fait la matière du texte le plus célèbre sur le sujet "l'espèce humaine" ; Deleuze enfin,  parce qu'il a exploré la voie joyeuse, insaisissable, de toute oeuvre de reconnaissance dans la pensée humaine. Ces trois penseurs n'avaient jamais, à ce jour, encore été associés dans un même texte critique.

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  • Disons-le simplement : maurice blanchot, né en 1907, est l'un des plus grands, l'un des plus rares écrivains du vingtième siècle.
    Affirmation que ce siècle s'est trop souvent employé à traduire en légende - ou en procès.
    Selon l'inévidence de mythologies tenaces, blanchot aurait été le grand absent, le fantôme invisible, l'auteur illisible d'une oeuvre toute abstraite, un homme littérairement terrifiant, politiquement impur. nul mieux que lui, pourtant, n'aura interrogé ce qu'il en est de la présence, de la visibilité, de la lisibilité, de la vitalité, de la culpabilité et de la possibilité de l'écrivain.
    Par ce travail, par ce combat, blanchot aura fasciné et exalté les plus grands créateurs contemporains de formes et de pensées (de formes de pensées), à commencer par ses deux amis les plus intimes, emmanuel levinas et georges bataille.
    A son tour il reviendra à cet essai d'interroger la présence, la visibilité, la lisibilité, la vitalité, la culpabilité et la possibilité du biographique, dans une vie et dans une oeuvre, dans une vie faite oeuvre, une vie soutenue des affrontements les plus extrêmes avec la mort.
    Cette vie à l'oeuvre s'adresse d'abord à notre savoir : que pouvons-nous en penser ensemble - et jusqu'où ?
    Elle s'adresse ensuite à notre responsabilité : quelle forme d'attention et de discrétion requiert-elle, quelle sensibilité infinie à la limite du témoignage impossible impose-t-elle ?
    Ecrire ce mouvement incessant de l'écriture à la vie, de la vie à l'écriture, à la place du tiers, dans l'attention toujours portée au nom de l'autre, suivant ici le mouvement qui, par la littérature et dans l'amitié de robert antelme, fait advenir la responsabilité à elle-même, la soumet à une reconnaissance illimitée, tel est au moins, de cette biographie, l'essai.

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