• Le « Progrès » ? Bernard Charbonneau le représente sous la forme d'un bulldozer qui transforme les paysages en terrains vagues et nivelle tout sur son passage. Au cours du xxe siècle, la croissance a entraîné l'exode rural, l'annihilation des sociétés traditionnelles, le triomphe de l'agrochimie. Le marché quadrille désormais la planète alors que l'accélération des transports et l'essor des télécommunications compriment les distances. Cette civilisation des machines est aussi celle de la dépersonnalisation : la banlieue s'étend, les modes de vie s'uniformisent, la culture de masse formate les esprits.
    L'État enfle, l'organisation se fait de plus en plus contraignante, les consommateurs passifs sont pris en charge jusque dans leurs loisirs.
    Et chacun est sommé de s'adapter au changement incessant.
    /> Standardisation, concentration, pollution... le développement exponentiel de la science, de la technique, de l'économie est ici analysé comme un phénomène social total. Face au totalitarisme industriel, l'écologie que défend Bernard Charbonneau est révolutionnaire, à la fois libertaire et conservatrice. Elle articule préservation de la nature et conquête de la liberté, et affirme la nécessité de décroître, de penser les limites et l'équilibre contre la quête destructrice de toute-puissance.

  • L'Etat

    Bernard Charbonneau

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    • 9 June 2020

    Écrit au lendemain de la guerre à un moment où l´État devenait de plus en plus puissant en même temps qu´incritiquable, ce livre-somme est l´oeuvre politique majeure de Bernard Charbonneau. Ce livre impubliable à une époque obsédée par les horreurs du nazisme et le prestige du stalinisme a dû attendre 1987 pour être publié par un éditeur, date à partir de laquelle il est devenu un classique de la pensée anarchiste. Visionnaire, novateur, prophétique, écrit dans une langue vive et incisive au style personnel et élégant, cette oeuvre qui analyse l´Etat sous tous les angles est un réquisitoire implacable contre lui et ses inévitables excès, en ne perdant jamais de vue le concept central de toute la pensée de Charbonneau : la liberté de la personne. Épuisé et introuvable depuis de nombreuses années, en dépit de ses admirateurs, le voici réédité dans sa forme complète.

  • Bernard Charbonneau peut être considéré comme un des précurseurs de l'éco-logie politique. Lexique du verbe quotidien réunit une série d'articles publiés au cours des années cinquante dans la revue Réforme. Ces textes manifestes sont les embryons de livres à venir. Du Jardin de Babylone, à La planète et le canton, en passant par Tristes Campagnes et La fin du Paysage, Bernard Charbonneau acquiert la conviction que ce siècle sera à la fois - et pour les même raisons - celui des totalitarismes et du saccage de la nature. Cette position orientera sa manière de décrire l'évolution du monde et des paysages qui l'entourent ; elle sera le fil rouge de sa carrière de penseur et de géographe. Bernard Charbon-neau dénonce les ravages de l'agriculture intensive et de l'industrie, dévoreuses de ressources naturelles et polluantes, tout en dépassant le cadre strict de la question écologique. Sa pensée s'étend à tous les aspects de la société moderne fondée sur le principe de la croissance et du développement, qu'il soit décrété « durable » ou pas : la bureaucratie, l'idéologie du travail, la parcellisation des tâches, les médias, l'éducation et le système scolaire, l'élévation de la perfor-mance et de la concurrence au rang de valeurs.

  • Parmi la vingtaine de livres de Bernard Charbonneau, tous consacrés à ce qu'il appelait la Grande Mue du XXe siècle, Le Jardin de Babylone est celui où il est plus particuilièrement attaché à montrer comment, après avoir ravagé la nature, la société industrielle finissait de l'anéantir en la "protégeant", en l'organisant ; et comment s'évanouissait en même temps, dans cette artificialisation, les chances de la liberté humaine.

  • Ces quatre textes figurent dans l'ouvrage de Maurice Bardet, La Fin du paysage, publié en 1972 chez Anthropos avec des photographies de l'auteur. Bernard Charbonneau (1910-1996), ami de Jacques Ellul, s'intéresse très tôt au sentiment de la nature et aux dégradations que l'agriculture productiviste et l'acharnement industriel imposent aux paysages.
    Précurseur de l'écologie politique, collaborateur de La Gueule Ouverte (1973-1977) et de Combat Nature, il dénonce les « grand travaux » (autoroutes, aménagement de la côte Aquitaine, zone touristique du Languedoc...) et les enlaidissements volontaires (lotissements pavillonnaires, décharges à ciel ouvert, « boîtes » des centres commerciaux, station- service dupliquée, parcs à thème...). Il n'hésite pas à nommer les responsables (hauts fonctionnaires, élu-e-s, promoteurs, multinationales du commerce et des loisirs, exploitants d'une agriculture intensive, consommateurs béats...). Au-delà d'un cri contre ceux qui défigurent la France, l'auteur généralise son propos et explique pourquoi aucun pays ne va échapper à cette banlieuisation forcée, aux conséquences désastreuses. La banlieue totale s'accompagne d'un pouvoir total qui marchandise chaque fait et geste de chacun, ses territorialités comme ses tempolarités. Cinquante ans plus tard, cette colère reste salutaire et annonce les nôtres !

  • « Sur cette planète que le progrès des transports et communications uniformise et comprime, religions et moeurs survivantes continuent de nous opposer, mais tous nous rêvons d'une liberté que nous concevons en termes différents. La liberté... ; en dehors d'elle bientôt il n'y aura plus que des chiffres. Mais est-ce un rêve ou un mensonge ? ».

    Ouvrage inédit de Bernard Charbonneau, qui pourtant l'affectionnait beaucoup, cet ouvrage est l'un des essais du penseur existentiel pour extraire des oeuvres de quatre de ses maîtres des réflexions vitales sur le concept de liberté, qui chez lui a toujours été central. Il fait suite à son oeuvre philosophique majeure, Je Fus, pour offrir à son lecteur une méditation de tout premier ordre mais accessible et concise sur la liberté, pris en tant que concept et recherche incarnés dans un temps, dans un lieu, dans un individu.

    Plus importante encore cependant que la réflexion philosophique est la volonté de tenter de communiquer au lecteur qui lui fait l'amitié de le lire son expérience de la liberté, en se basant sur des figures irréfutables comme Rousseau (à travers le Contrat social), Montaigne (à travers les Essais), Berdiaev (à travers De l'esclavage et de la liberté de l'homme) et Dostoïevski (à travers la parabole du Grand Inquisiteur), utilisés comme autant de perspectives différentes et de témoins édifiants. Profonde méditation aux idées claires, originales et « vécues », ce petit livre ravira tous ceux pour qui la liberté n'est pas confondue avec la licence contemporaine mais entendue au sens grec du terme.

  • « Je prétends parler ici de la société : de la mer qui me porte, et du sang qui coule dans mes veines ;
    Du vivant déluge dont le flot couvre aujourd'hui la terre et dont les eaux s'infiltrent jusqu'au plus secret de mon coeur. Pour désigner cette puissance protéiforme, je dirai société ; mais son nom est Légion - Armée, État, Église - celle de toujours, et bien entendu d'abord celle d'aujourd'hui.
    Innombrable, elle est ici chef et là peuple, obéissance ou transgression des lois, ici morale et là fête.
    À perte de vue stagne la grisaille quotidienne, mais là-haut flambe au soleil un totem ou un drapeau.
    Le cor retentit, le troupeau se rassemble, l'hydre aux millions de têtes. Le collectif, clan, parti ou groupe. Qu'il est bruyant, qu'il pue, qu'on y étouffe ! Mais qu'il y fait tiède, et qu'il fait bon se ruer en bêlant vers le pacage ou l'abattoir ! Un individu peut un instant s'écarter du troupeau, mais plus il s'éloigne, plus se tend l'invisible lien qui vous ramène à lui. Tout homme a le choix : sortir du rang ou le rejoindre. » Une seconde nature est un texte rédigé dans les années 1980. En abordant des questions tant philosophiques qu'économiques sous la forme d'aphorismes, Bernard Charbonneau propose une analyse originale de la société actuelle, et de la place de l'homme au coeur de la cité et de la planète.

  • « Le développement scientifique, technique, au rythme actuel peut-il se poursuivre indéfiniment dans l'espace fini de notre Terre ? À grandes causes, grands effets. Ceux du savoir et du pouvoir humains ne risquent-ils pas tôt ou tard de rompre le fragile équilibre de la planète Vie ? Par ailleurs, en faisant éclater les cadres religieux et culturels de ses habitants, le développement à tout prix ne va-t-il pas ajouter au chaos écologique le chaos social ? Aux catastrophes naturelles les délires des individus et des peuples menacés dans leur identité ? Comment l'éviter autrement que par une gestion scientifique étendue à la terre, et au plus secret de la vie et de l'esprit humains ? Dans ce cas, la nature ne serait sauvée qu'au prix de la liberté. Aider à une prise de conscience de ce dilemme, première condition d'une issue, tel est l'objet de ce livre. » L'ouvrage Le Système et le chaos est la réédition d'une critique de la société rédigée entre 1950 et 1967, à un moment où existait une foi inconditionnelle dans la croissance économique. Même si Bernard Charbonneau fait évidemment référence dans son analyse à des faits anciens, la force de son discours et la finesse de son analyse en font une source d'informations précieuse pour ceux qui s'interrogent sur notre société actuelle.

  • Le changement

    Bernard Charbonneau

    Pour Bernard Charbonneau, le changement est devenu la caractérisique essentielle de notre époque. L'histoire s'accélère et devient un torrent de bruit et de fureur. Lois, moeurs, modes, travail, paysages, transports, médias, tout se transforme à un rythme effréné. Le changement est valorisé en lui-même, sans finalité. Cette idolâtrie du mouvement et du progrès, partagée à droite comme à gauche, saccage la nature et ôte toute prise à l'individu, déraciné dans un environnement en perpétuel chantier. Par sa réflexion à la fois philosophique et écologiste, soutenue par une ironie mordante, Bernard Charbonneau remet en cause la croissance exponentielle de la société industrielle et appelle au ralentissement et à la contemplation. « Contribuer à une maîtrise du changement déchaîné pour sauver la terre et la liberté de son locataire, tel est le but de cet essai », écrit l'auteur.

  • Bien au-delà de l'engouement actuel pour le « bio », la diététique ou la gastronomie, Bernard Charbonneau rappelle dans Un festin pour Tantale l'enjeu fondamental de la nourriture : « Nous sommes ce que nous mangeons ». Or, aujourd'hui, la mauvaise nourriture chasse la bonne, l'agriculture humaine a cédé la place à une agriculture industrielle. Les supermarchés regorgent de produits alimentaires fabriqués en série, qui ont perdu la saveur, la fraîcheur et la diversité des nourritures issues de la terre. Le consommateur se trouve ainsi confronté à ce paradoxe par lequel une surabondance de quantité s'accompagne d'une disette de qualité. À l'image de Tantale, voué selon la légende à une faim et à une soif insatiables qu'exaspèrent la proximité de fruits et d'une source s'éloignant dès qu'il veut les saisir, le consommateur ne trouve pas son compte dans cette alimentation industrielle qui n'a plus la dimension naturelle, sociale et spirituelle des nourritures traditionnelles. L'auteur retrace les grandes étapes de cette évolution, et rappelle comment, dans les années 70, les gouvernements ont délibérément mis en place une « politique agricole et alimentaire », faisant la part belle aux groupes industriels et financiers, et dont la maladie de la vache folle n'est que le dernier avatar en date. Mariant avec un rare bonheur l'essai philosophique avec le pamphlet, Bernard Charbonneau pose avec force, gravité, mais aussi humour et gourmandise la question de la nourriture, cet « acte total » engageant tout l'homme, corps et esprit, et notamment sa liberté de penser et d'agir. Mal manger c'est mal vivre : qui accepte d'avaler n'importe quoi n'importe comment, fera et pensera n'importe quoi », conclut l'auteur, esquissant une nouvelle politique nourricière fondée sur une éthique du goût et de la qualité.
    Une préface magistrale de Michel Onfray.

  • Consommation et disette d'espace.
    Le monde où nous vivons dévore l'espace : il remplit l'étendue, détruit les sites et lieux. Or, même en y incluant l'Océan qu'il commence juste à consommer, l'espace humain est un espace fini. On le sait depuis Magellan qui n'en fit même pas Ie tour. Et pour maintes raisons qui, toutes, convergent vers ce résultat, cet espace clos ne cesse de rétrécir.

  • Un livre inspiré et inspirant par l'un des précurseurs de l'écologie politique, aux thèmes forts et contemporains, articulés autour de l'espace, du temps et de la liberté.

    Rédigé en 1960, ce petit texte visionnaire, d'une grande portée spirituelle et philosophique, parle davantage encore à l'homme de 2017 qu'à celui du milieu des « Trente Glorieuses ». Bernard Charbonneau y analyse l'importance du temps et du lieu sur la possibilité laissée à l'homme - ou conquise par lui - d'être libre ; l'ubiquité, l'accélération du temps, la contraction de l'espace, la démultiplication des sollicitations extérieures, la simultanéité, la perte dangereuse d'intérêt envers l'histoire et la géographie, la fuite hors de soi, sont autant de thèmes extrêmement contemporains abordés par ce livre inspiré au souffle fort dont la lecture redonne sa valeur au mot-clé des écrits et de la vie de Bernard Charbonneau : liberté.

  • " Depuis que ce livre fut écrit vers 1960-1970, les temps ont une fois de plus changé.
    Le mur qui séparait notre monde en deux hémisphères Est-Ouest s'est écroulé. Et la révolte semble maintenant avoir perdu l'espoir de la révolution qui ferait triompher toute la liberté, pour tous, sur Terre. Prométhée perdrait-il ses illusions ? Ne serait-il pas quelque part entre mer Noire et Caspienne de Caucase, où Zeus l'aurait hier enchaîné ? Prométhée se retrouve non pas libre mais seul sur Terre, où, pour tuer le temps, " il trafique et bricole atomes et gènes ".
    Et faute de mieux, hanté par son vieux mythe, il se fabrique un Caucase de carton-pâte sur lequel il se hisse, lance ses pétards et gesticule pour s'épater lui-même. Zeus n'est plus à Rome ni à Moscou. Il s'est absenté, bien au-delà de notre banlieue galactique, derrière la courbure de l'univers, au-delà du temps et du big-bang originel... Rien d'autre qu'une scène au décor peint où Prométhée vainement s'agite.
    Rien d'autre qu'un ciel vide où, à des milliards d'années-lumière, brillent des atomes chimiques... Rien... que du fer, du silicium... Nul sens, les innombrables et invisibles tentacules d'une nécessité ou d'un hasard innommables, dont la conscience se révèle captive de toutes parts. Rien de vrai, donc de faux, seulement des chaînes. Le bloc d'un néant où la liberté est pétrifiée. Seulement le fait, dénombré, quantifié : la science...
    Même plus de vautour... Zeus s'est absenté, reste sa foudre. "

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