• Dans les pays les plus avancés, le progrès social est en panne. Face à la montée presque générale des inégalités, face à la stagnation des revenus d'une large partie de leurs populations, face aussi aux dommages de plus en plus visibles causés à la planète par leur développement passé, ce constat s'impose. En attribuer la faute au capitalisme, sur lequel ce développement s'est fondé, serait pourtant une erreur : il n'est pas plus responsable de la panne actuelle qu'il ne l'a été hier des progrès accomplis.
    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les populations occidentales ont connu une amélioration, profonde et largement partagée, de leurs conditions de vie, parce que, au terme d'une longue et tumultueuse histoire, elles ont réussi à maîtriser la force productive du capitalisme. Les années 1980 ont toutefois été celles du triomphe de l'idéologie libérale : face à la mondialisation et aux changements techniques qui s'esquissent alors, les sociétés occidentales auraient dû redoubler d'efforts pour rester dans un rapport de forces favorable avec le capitalisme. Elles ont préféré laisser faire. Après quarante ans de dérive, est-il trop tard pour reprendre la barre ?

  • Pour quelles raisons le miracle japonais semble-t-il aujourd'hui se perpétuer, tandis que l'économie soviétique reste toujours en deçà de ses promesses ? Pour Anton Brender, cette différence de performances n'illustre pas, comme on le répète trop souvent, la supériorité de l'économie de marché sur l'économie planifiée, mais révèle plutôt le rôle déterminant, quoique méconnu, joué par les intermédiaires dans le fonctionnement de tout système économique. Car marchés et plans sont des abstractions qui ne se réalisent qu'à travers des réseaux concrets de communication et décisions entre les divers agents économiques. Or, le fait que les marchands japonais excellent, là où les fonctionnaires soviétiques échouent, ne signifie pas que les objectifs poursuivis par la société nippone soient mieux définis que ceux de l'U.R.S.S., mais montre seulement que l'économie japonaise est plus efficace que l'économie russe. Est-ce à dire que le projet socialiste se trouve pour autant remis en cause ? Tout au contraire, puisqu'il se définit lui-même comme une coordination consciente et volontaire des aspirations sociales. Mais son succès dépend de son aptitude à se doter d'un véritable appareil cybernétique, seul capable de transformer ces objectifs ambitieux en réalités palpables. À l'heure des choix de société et du socialisme en question, l'ouvrage de Brender offre donc une perspective nouvelle pour la réflexion et l'action. S'appuyant sur une analyse - rigoureuse et approfondie - des exemples japonais et soviétique, il fait apparaître, en conclusion, comment pourraient être utilisées, en France, dès maintenant, certaines institutions comme la Banque Centrale et le système bancaire, pour promouvoir cette régulation cybernétique, essentielle à l'avènement d'un socialisme à visage humain.

  • Face à la mondialisation, et à ses conséquences sur l'économie française, le débat politique s'est polarisé autour de deux positions radicales : soit l'acceptation pure et simple des règles du jeu libérales, supposées indépassables et imposées par la mondialisation ; soit, à l'inverse, un rejet de ces règles et le recours à une autre politique économique, centrée sur l'espace national ou sur une Europe libérée des contraintes de Maastricht. Dans cet essai, Anton Brender entend montrer que ce dilemme n'est pas pertinent : refuser la globalisation financière, la concurrence planétaire, et même la monnaie unique européenne, aurait des conséquences sociales et économiques plus graves encore que celles que l'on prétend éviter ; mais cela ne signifie pas que la France ne dispose plus, pour autant, de marges de manoeuvre. Dans un style très accessible, nourri de nombreux exemples concrets, Anton Brender montre que les menaces, réelles, liées à la mondialisation, peuvent être contournées : la politique économique et l'ensemble de la société doivent, pour cela, constituer comme priorité l'impératif de solidarité. Cela suppose un énorme effort d'investissement, dans toutes les activités qui participent à la formation et à la cohésion sociale : aujourd'hui, le front de la compétition entre nations n'est pas l'entreprise, mais l'école, l'hôpital, la justice, la sécurité sous toutes ses formes. Là aussi sont les emplois - hautement qualifiés - de demain. Encore faut-il le voir assez tôt, former à temps ceux qui seront capables de les occuper et accepter les prélèvements fiscaux, sans lesquels ils ne pourront être rémunérés. C'est à cette prise de conscience que ce livre salutaire entend contribuer.

  • Ébranlé en 1971, victime d'une grave crise en 1978, au plus bas en 1980, le dollar a fait preuve jusqu'en 1985 d'une santé insolente. Contre toute attente, les premières années de la présente décennie auront été celles du dollar roi. Cette domination ne s'est d'ailleurs pas traduite seulement par l'ascension de son cours. Elle s'est étendue à la gestion du système monétaire international dont le principe a été le laisser-faire cher au gouvernement Reagan : les années du dollar ont aussi été celles des marchés rois. Sur cette période fiévreuse beaucoup de choses, souvent contradictoires, ont été dites. Pour certains la force du dollar a eu des fondements bien réels : elle a été le reflet du dynamisme retrouvé de l'économie américaine. Pour d'autres, c'est dans la seule incohérence des marchés des changes, soumis à l'emprise croissante des mouvements financiers, qu'il faut en chercher la cause. Le présent rapport voudrait éclairer ces évolutions spectaculaires : si leurs ressorts ont effectivement été beaucoup plus financiers que réels, leur logique n'en est pas pour autant celle de l'absurde. Elle est celle d'un système monétaire dans lequel tous les pays du monde utilisent les monnaies d'un petit nombre d'entre eux pour régler leurs échanges, financer leurs déficits ou détenir leurs surplus. Dans une large mesure, le fonctionnement de ce système multidevises explique la hausse du dollar, comme il permet de comprendre sa baisse récente.

  • économie de la dette Nouv.

    D'un bout à l'autre de la planète, la montée du poids des dettes, qu'il s'agisse de celles des États, des ménages ou des entreprises, inquiète. En même temps, savoir que les ménages épargnent et que leur patrimoine augmente rassure. Pourtant, si personne ne s'endette, personne non plus ne pourra mettre d'argent de côté : dans une économie marchande, les fourmis ont besoin des cigales ! Source de risques, régulièrement à l'origine de crises, la dette est indispensable à l'expansion de l'activité d'une économie dont les agents ne dépensent pas tout leur revenu. Ce trait paradoxal de la dette amène à répondre autrement aux interrogations récurrentes sur les limites de la dette publique. Tant que les ménages souhaitent épargner plus que les agents privés n'empruntent, nos États peuvent et doivent continuer de s'endetter. S'ils utilisent à bon escient les sommes qu'ils mobilisent, ils ne feront pas faillite...

  • Depuis plus de dix ans, on a usé et abusé du terme crise pour désigner, sans précaution, les manifestations mal définies, et souvent contradictoires, des dérèglements économiques actuels. C'est le contrepied de cette démarche qu'ont choisi d'adopter Michel Aglietta et Anton Brender, lorsqu'au terme d'une analyse historique rigoureuse et approfondie, ils se trouvent conduits à préciser les caractéristiques propres de la crise de la société salariale. Après avoir identifié le rôle et la hiérarchie des principaux acteurs sociaux [...] et dégagé la dynamique des pratiques de normalisation [...], ils diagnostiquent une crise de développement. [...] Cette mutation inéluctable de la société salariale engendre-t-elle, nécessairement, des contradictions irréductibles entraînant, à plus ou moins longue échéance, la régression sociale ? Tel n'est pas l'avis des auteurs qui démontrent, au contraire, que, si l'évolution du progrès technique constitue une tendance lourde à laquelle il serait vain de s'opposer, elle laisse cependant une marge de manoeuvre aux responsables politiques dans l'aménagement des conditions concrètes d'assimilation sociale de cette nouvelle culture technique. C'est pourquoi, l'horizon leur apparaît aussi riche de promesses d'émancipations individuelles que de menaces sociales. Appliquant leur grille d'analyse aux particularités de notre pays, Aglietta et Brender dégagent, en conclusion, les grandes lignes d'une France en projet, qui impliquent un renouvellement du système d'éducation et de formation et passent par un infléchissement volontaire des relations industrielles dans la direction d'une valorisation du travail. Sans contenir de programme politique au sens étroit du terme, cet ouvrage rassemble un ensemble cohérent de réflexions en forme de propositions pour maîtriser, selon le voeu des auteurs, l'avenir de la société salariale.

  • Pour les tenants du New Age, les prouesses macroéconomiques auxquelles les États-Unis nous habituent ne sont pas le produit d'une politique habile, encore moins celui d'un hasard heureux : ils sont la preuve d'une profonde transformation industrielle et institutionnelle. Une double révolution - électronique et libérale - est venue élever significativement et durablement le potentiel de croissance et abolir définitivement les tensions cycliques. Faut-il vraiment, pour comprendre la faiblesse de l'inflation américaine ou l'importance des créations d'emplois, faire référence à un « nouveau paradigme » ? Constate-t-on effectivement l'accélération des gains de productivité annoncée par les prophètes du New Age ? Telles sont quelques-unes des questions que ce livre cherche à éclairer. Loin de conclure sur un péremptoire « A l'ouest, rien de nouveau », il montre que les changements les plus significatifs ne sont pas forcément les plus soulignés. Il insiste aussi sur les problèmes auxquels l'économie américaine est confrontée. La manière dont elle y fait face ne peut, en Europe au moins, laisser indifférent : dans une large mesure, ces problèmes seront aussi, demain, les nôtres.

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