Solitaires Intempestifs

  • Il faut arrêter d'écrire.
    Il faut agir. Fendre du bois.
    Il faut travailler de ses mains‚ faire sa chambre‚ allumer son poêle.
    Mieux vaut le travail manuel que le ni-ceci-nicela avec mes amis écrivains.
    Je n'ai rien écrit aujourd'hui.
    Je n'écrirai rien demain.
    Cela semble mauvais mais c'est bien.
    Je ne veux plus écrire mais être.
    Plus : écrire de la littérature mais : être la littérature.

  • Que savons-nous en vérité ?
    Étions-nous même seulement nés ?
    Qui aurait pu nous en parler ?
    Quel frère ou quelle soeur aînée aurait pu tout nous raconter ?
    N'avons-nous pas tout imaginé ?
    Tout inventé en réalité ?
    Cette histoire d'incrédulité (sur mille six cents, sept seulement !) ?
    Cette histoire de culpabilité : les avaient-ils abandonnés ? Auraient-ils pu faire autrement ?
    Toute cette histoire de désespoir ?
    De cauchemars ?
    De chambre à part ?
    De refuser d'être touché(e) ?

    Les questions que posent Nécessaire et urgent et La Condition des soies, malgré leur allure un peu inquisitoriale, sont aussi hésitantes, comme le bégaiement d'une seule question qui trouverait mal à s'articuler, ou qui ne l'oserait pas, qui resterait (par crainte ? par pudeur ?) plus volontiers en suspens. Questions que la « voix hantée » d'Annie Zadek pose tant aux fantômes qu'à nous-mêmes.

  • Peut-on punir le forcené ? Le fou ? L'innocent ? L'aliéné ? Car sans liberté pas de crime.
    Il doit y avoir eu intention criminelle et non pas seulement disposition innée ou prédisposition fatale. Pour être condamné, l'acte doit être libre !

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