Calmann-levy

  • Toute mère est sauvage. Sauvage en tant qu'elle fait serment, inconsciemment, de garder toujours en elle son enfant. De garder inaltéré le lien qui l'unit à son enfant dans cet espace matriciel à laquelle elle-même, petite, fut livrée. Ce serment se perpétue ainsi, secrètement, de mères en filles et en fils, jusqu'à l'étouffement et parfois même le meurtre, si de la différence ne vient pas en ouvrir le cercle, et briser l'enchantement. C'est ce serment, que doit rompre l'enfant pour devenir lui-même, accéder à sa vérité, son désir. Le risque qu'il affronte, pour pouvoir aimer, c'est d'abandonner la mère à la mélancolie et de traverser la peur d'être lui-même abandonné.

    Comment des individus exposés avec une violence particulière à cette sauvagerie s'en sortent-ils oe Pourquoi la parole et l'écoute psychanalytique peuvent elles ouvrir un nouvel espace de vie chez ces êtres menacés d'ensevelissement oe Née à Paris en 1964, philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle enseigne la philosophie à l'Ecole d'Architecture UP6 La Villette.Elle est l'auteur de La vocation prophétique de la philosophie (Ed.du Cerf).

  • Blind date... se dit d´un rendez-vous à l´aveugle entre deux êtres susceptibles de s´aimer, organisé par un autre qui les connaît tous deux et ne sera pas là.
    La philosophie...
    Commence avec l´étonnement (Aristote), se déclare science de l´être, s´espère soin de l´âme, s´étymologise amour de la sagesse, se voudrait éducation spirituelle, se rectifie en logique des propositions, s´attarde dans les manuels scolaires, s´écrit dans toutes les langues mais ne penserait qu´en une seule, s´éteint doucement.
    Le sexe...
    Finit quand il faut s´expliquer, ne se commente qu´en disparaissant, bouleverse toute scénographie qui voudrait en isoler les effets, est là partout, tout le temps, manque partout, tout le temps.
    Le rendez-vous fut pris, dit-on, il y a trois mille ans. Officiellement du moins. Fut sans cesse reporté depuis.

  • De l'hospitalité fut à l'origine de cet échange, et d'abord un oui à l'invitation.
    Anne Dufourmantelle assiste au séminaire de Jacques Derrida. Il y traite de l'hospitalité, justement, mais aussi de l'hostilité, de l'autre et de l'étranger, comme de tout ce qui aujourd'hui arrive aux frontières. Sensible à l'actualité des thèmes, à la force et à la limpidité du langage, Anne Dufourmantelle invite le philosophe à lui confier deux séances datées. On pourra suivre ainsi le rythme insolite, tour à tour patient ou précipité, d'un enseignement gardé intact.
    Sont médités, comme en aparté, de page en page, des griefs, des plaintes et des souffrances de notre temps. Le séminaire leur donne quelques noms : Antigone en 1996 ou le deuil impossible, oedipe à Colone et les « télétechnologies », E-mail ou Internet, le procès de Socrate et les funérailles de Mitterrand à la télévision, la guerre et le marché des langues, les butées de la citoyenneté, la machine policière, l'interruption du chant, l'interception de la parole.

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