• Paru en 1905, Sanctuaires et paysages d'Asie décrivent la découverte du Skri-Lanka, de l'Inde et de la Birmanie.
    Dès sa découverte de Ceylan puis de l'Inde, il y a chez Chevrillon une thématique de l'éloignement, de la distance culturelle, surtout lorsqu'on approche de civilisations qui n'ont pas encore été entraînées dans un processus de modernisation coloniale qui consiste pour l'essentiel à les insérer dans l'engrenage des grandes forces mondiales. Chevrillon ne parle pas de " globalisation ", mais il analyse attentivement ce qu'il appelle un mouvement de " généralisation " planétaire dont il n'observe, en fait, que les commencements. De là son empressement à découvrir des cultures qui sont encore lointaines, et qui ont pu développer librement leur singularité.
    /> Sa traversée de l'océan indien, dans son immensité mystérieuse, est comme le prélude à un plus vaste dépaysement, dont Chevrillon se fera le chroniqueur et le poète. Mais l'" éloignement " est aussi synonyme d'une perte des repères culturels, au fur et à mesure que l'on s'enfonce à l'intérieur des terres, et que l'on découvre des civilisations (bouddhistes, hindouistes) devant lesquelles les critères intellectuels européens sont inopérants. Dès lors le voyageur fait l'expérience d'un éloignement de soi sans être sûr pour autant de rencontrer l'autre. De cette position inconfortable peut naître un genre littéraire bien particulier, à la rencontre du récit de voyage et de l'essai philosophique.

  • Neveu et disciple de Taine, célèbre d'abord pour les essais qu'il aura consacrés à la littérature anglaise de son temps (Ruskin, Kipling), André Chevrillon (1863-1957) demeure essentiellement aujourd'hui grâce à son oeuvre d'écrivain-voyageur, en laquelle s'entend une voix singulière, étrangement libre - à situer quelque part entre Chateaubriand et Malraux.
    C'est à la suite de deux longs séjours au Proche-Orient (1892 et 1895-1896) qu'il rédige le livre que l'on considère comme son chef-d'oeuvre : Terres mortes (1897), sans cesse réédité jusqu'à l'entre-deux guerres, devenu introuvable ensuite. A propos de cet ouvrage, où il nous livre sa vision la plus personnelle de l'Orient, Jean-Claude Berchet, qui le cite dans sa monumentale anthologie du " Voyage en Orient " (éd.
    R. Laffont, coll. " Bouquins ", 1985) écrit : " C'est de loin la plus envoûtante évocation, en cette fin de siècle, du Mystère des Pharaons. " Un mystère qui a encore à nous dire, à une époque où les hommes - au moins quelques-uns d'entre eux - rêvent de détruire les vestiges majeurs d'un passé qui donnait pourtant à l'Art cette mission première : aider l'homme dans son combat contre la Mort.

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