Littérature générale

  • "Dans ce livre, j'ai voulu décrire la "belle saison" de 1974. L'évolution politique avec son Mai de surprise, son Juillet de charme, son Septembre de réflexion, a reflété l'évolution de la nature. J'espère avoir traduit fidèlement cette impression. Certes, j'ai écrit ce récit selon mon optique particulière, mes opinions, mes sympathies ou mes antipathies, et d'autres, plus tard, s'exprimeront différemment. Mon ouvrage, dont la matière première était dans les journaux et les conversations de l'époque, deviendra matière première pour de nouvelles écoles d'historiens, qui seront elles-mêmes remplacées par d'autres écoles, essayant à leur tour d'emprisonner une réalité fuyante."L'historien, écrit Pierre Nora, pose au passé, en fonction de son propre présent, des questions dont les contemporains ne pouvaient avoir la moindre idée." Nous sommes peut-être aujourd'hui à la veille de grands événements qui feront apparaître nos comportements comme ceux des pygmées d'une préhistoire. Nous "daterons" et l'on nous "réfutera". Mais il y aura toujours des vicieux pour se demander comment étaient les choses pour ceux qui les ont vécues. Alors peut-être on réimprimera cet ouvrage et quelques témoins survivants diront, en le lisant : "Oui, ce fut ainsi." A.F.-L.

  • « "Journal secret" ? Mais vous le publiez ! » J'ai éliminé quelques pages de ce Journal pour des raisons de discrétion élémentaire. Mais tout l'essentiel est déjà là. Qu'on n'attende pas de moi une édition posthume contenant des exécutions impitoyables, des révélations scandaleuses ou des aveux impudiques. Une incorrigible "bonne éducation" d'autrefois m'interdit à jamais certains comportements. Ce Journal a donc dès maintenant sa valeur, dont vous pouvez juger. « Mais alors, à plus forte raison, pourquoi "Journal secret" ? » Le lecteur devinera aisément que quelques pages de mon texte, si elles étaient proposées à certaines grandes maisons de presse ou d'édition, y rencontreraient des objections. Je ne m'en suis pas préoccupé. "Secret" signifie "écrit en toute liberté". On trouvera à la fin du volume, sous le titre "Ce que j'ai aimé", une anthologie de pages d'autres écrivains. Ce choix est, lui aussi, une forme d'autobiographie.

  • Alfred Fabre-Luce écrit un Journal intime destiné à paraître après sa mort et qui, espère-t-il, "intéressera les lecteurs du XXIe siècle". Il en publie aujourd'hui un extrait, qui concerne le premier semestre de 1981. On y voit l'auteur déjeunant en février à l'Élysée, rendant visite, fin mai, à l'ex-président Giscard, assistant entre-temps à la proclamation du résultat de l'élection présidentielle dans les salons d'une radio périphérique. (Une extraordinaire scène de comédie humaine). Mais il s'évade parfois dans un "monde enchanté", avec une amie à qui il parle de miroirs, du Japon et de l'An Mil ou du poète Joë Bousquet. Il est à Paris, dans son bureau, réfléchissant sur l'avenir des ordinateurs, mais aussi, la même semaine, à Vienne, assistant à un office de nuit dans la cathédrale... Alfred Fabre-Luce admire la multiplicité. Antoine et Cléopâtre, qui se targuaient de mener "une vie inimitable", l'intéressent, non par leur pouvoir et leur faste, mais parce qu'ils savaient s'en échapper en se déguisant pour mener d'autres vies. C'est un jeu dangereux, où l'on risque sa personnalité. "Le chef-d'oeuvre est de laisser se développer en soi des tensions sans cesser de les contrôler." Ce Journal 1981 nous montre un homme fidèle à cette directive, partagé entre l'actuel et l'inactuel, l'action et la contemplation. Des lecteurs très divers pourront y trouver leur pâture.

  • Alfred Fabre-Luce est mort à Paris dans la nuit du 16 au 17 mai 1983. Il venait d'avoir quatre-vingt quatre ans. Il avait remis à son éditeur quelques semaines plus tôt un livre intitulé Double Aventure. Il en avait corrigé les épreuves et envoyé les bonnes feuilles à quelques amis. Ce livre se termine par ces mots : « J'espère toujours que ma mort sera une note juste, à la fin d'une partition achevée. » Le 1er janvier 1982, il commençait son journal par la phrase suivante : « C'est peut-être ma dernière année qui commence. J'espère mourir avant de décliner. Je me suis fixé cet horizon. » On peut dire qu'Alfred Fabre-Luce aura vécu ses derniers mois dans la perspective d'une mort prochaine. Cette Double Aventure est en effet un double voyage. Un voyage à l'extrémité du monde, puisque l'auteur nous décrit un séjour en Extrême-Orient. Et un voyage à l'extrémité de la vie, puisqu'en y partant, il pensait ne pas en revenir. L'imminence de la mort n'assombrit pas le coeur de ce stoïque souriant, n'obscurcit pas son esprit, ne fait pas trembler sa main. Au contraire. Parlant des livres qu'il lit, des rencontres qu'il fait, des films qu'il voit, évoquant des souvenirs anciens, ou décrivant le temps présent, l'auteur n'oublie jamais que c'est toujours pour la dernière fois. Cette dernière fois donne aux impressions qu'il ressent un contour encore plus brillant, comme si toute chose prenait dans cette lumière une intensité, un éclat, un prix exceptionnels. « Je me demande parfois, écrit Jean Guitton, si les grandes oeuvres ne sont pas, au fond, des testaments. »

  • « "Journal secret" ? Mais vous le publiez ! » J'ai éliminé quelques pages de ce Journal pour des raisons de discrétion élémentaire. Mais tout l'essentiel est déjà là. Qu'on n'attende pas de moi une édition posthume contenant des exécutions impitoyables, des révélations scandaleuses ou des aveux impudiques. Une incorrigible "bonne éducation" d'autrefois m'interdit à jamais certains comportements. Ce Journal a donc dès maintenant sa valeur, dont vous pouvez juger. « Mais alors, à plus forte raison, pourquoi "Journal secret" ? » Le lecteur devinera aisément que quelques pages de mon texte, si elles étaient proposées à certaines grandes maisons de presse ou d'édition, y rencontreraient des objections. Je ne m'en suis pas préoccupé. "Secret" signifie "écrit en toute liberté". On trouvera à la fin du volume, sous le titre "Ce que j'ai aimé", une anthologie de pages d'autres écrivains. Ce choix est, lui aussi, une forme d'autobiographie.

  • Alfred Fabre-Luce écrit un Journal intime destiné à paraître après sa mort et qui, espère-t-il, "intéressera les lecteurs du XXIe siècle". Il en publie aujourd'hui un extrait, qui concerne le premier semestre de 1981. On y voit l'auteur déjeunant en février à l'Élysée, rendant visite, fin mai, à l'ex-président Giscard, assistant entre-temps à la proclamation du résultat de l'élection présidentielle dans les salons d'une radio périphérique. (Une extraordinaire scène de comédie humaine). Mais il s'évade parfois dans un "monde enchanté", avec une amie à qui il parle de miroirs, du Japon et de l'An Mil ou du poète Joë Bousquet. Il est à Paris, dans son bureau, réfléchissant sur l'avenir des ordinateurs, mais aussi, la même semaine, à Vienne, assistant à un office de nuit dans la cathédrale... Alfred Fabre-Luce admire la multiplicité. Antoine et Cléopâtre, qui se targuaient de mener "une vie inimitable", l'intéressent, non par leur pouvoir et leur faste, mais parce qu'ils savaient s'en échapper en se déguisant pour mener d'autres vies. C'est un jeu dangereux, où l'on risque sa personnalité. "Le chef-d'oeuvre est de laisser se développer en soi des tensions sans cesser de les contrôler." Ce Journal 1981 nous montre un homme fidèle à cette directive, partagé entre l'actuel et l'inactuel, l'action et la contemplation. Des lecteurs très divers pourront y trouver leur pâture.

  • Alfred Fabre-Luce est mort à Paris dans la nuit du 16 au 17 mai 1983. Il venait d'avoir quatre-vingt quatre ans. Il avait remis à son éditeur quelques semaines plus tôt un livre intitulé Double Aventure. Il en avait corrigé les épreuves et envoyé les bonnes feuilles à quelques amis. Ce livre se termine par ces mots : « J'espère toujours que ma mort sera une note juste, à la fin d'une partition achevée. » Le 1er janvier 1982, il commençait son journal par la phrase suivante : « C'est peut-être ma dernière année qui commence. J'espère mourir avant de décliner. Je me suis fixé cet horizon. » On peut dire qu'Alfred Fabre-Luce aura vécu ses derniers mois dans la perspective d'une mort prochaine. Cette Double Aventure est en effet un double voyage. Un voyage à l'extrémité du monde, puisque l'auteur nous décrit un séjour en Extrême-Orient. Et un voyage à l'extrémité de la vie, puisqu'en y partant, il pensait ne pas en revenir. L'imminence de la mort n'assombrit pas le coeur de ce stoïque souriant, n'obscurcit pas son esprit, ne fait pas trembler sa main. Au contraire. Parlant des livres qu'il lit, des rencontres qu'il fait, des films qu'il voit, évoquant des souvenirs anciens, ou décrivant le temps présent, l'auteur n'oublie jamais que c'est toujours pour la dernière fois. Cette dernière fois donne aux impressions qu'il ressent un contour encore plus brillant, comme si toute chose prenait dans cette lumière une intensité, un éclat, un prix exceptionnels. « Je me demande parfois, écrit Jean Guitton, si les grandes oeuvres ne sont pas, au fond, des testaments. »

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