Robert Laffont

  • La crise que nous traversons nous invite à une prise de conscience libératrice. Alfred Fabre-Luce y contribue par un livre complet, clair, sans jargon, qui n'interpelle pas seulement les experts, mais s'adresse à tous les citoyens. Un thème traverse, comme un fil rouge, les diverses parties de l'ouvrage : l'inflation. Après tant de livres où le phénomène n'était envisagé que sous un angle strictement monétaire ou financier, voici enfin un essai qui va jusqu'aux racines profondes : blocages psychologiques, anticipations de l'avenir, rapports de pouvoirs, etc. On débouche ainsi sur une nouvelle dialectique où les contradictions traditionnelles du marxisme se trouvent dépassées. Une certaine complicité des classes, coexistant avec leur lutte, propage l'inflation au détriment final de tous les intéressés. Une action commune pourrait enrayer le mal. Alfred Fabre-Luce considère aussi la dégradation de la monnaie dans ses rapports avec le jeu, le crime, la permissivité. Toute une époque s'éclaire ainsi, d'autant mieux que l'auteur illustre son propos de choses vues, observées dans les pays fiévreux (Grande-Bretagne, Italie) où il a porté son thermomètre. En le lisant, on s'instruit, on s'amuse parfois, on dépasse les conformismes, on approfondit sa réflexion. On en sort enrichi, mieux armé pour les luttes quotidiennes.

  • "J'ose croire qu'après la publication du présent ouvrage, l'Histoire contemporaine ne sera plus jamais tout à fait pareille." Par cette phrase de sa préface, Alfred Fabre-Luce montre l'importance qu'il attache à ce livre. Sur tel ou tel des points abordés, des divergences d'interprétation restent possibles et légitimes. Mais l'auteur s'est surtout proposé d'établir certains faits jusqu'ici dissimulés. En 1914, les meurtriers de Sarajevo avaient été payés par l'attaché militaire russe. Au dernier moment, le Tsar Nicolas II, personnellement incliné vers la paix, est entré en guerre pour ne pas décevoir Raymond Poincaré, Président de la République Française. Dès 1935, Staline cherchait à conclure avec Hitler le pacte qu'il a finalement signé en 1939. Pendant les années où l'on aurait pu renverser Hitler sans guerre, Winston Churchill a été neutraliste. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l'U.R.S.S. a failli avoir le monopole de la bombe H. Telles sont quelques-unes des révélations contenues dans ce livre, qui fait tomber beaucoup d'autres volumes "des rayons des bibliothèques vers la corbeille à papier qu'ils méritent." Pourquoi avons-nous été si longuement induits en erreur ? Paresse des historiens ? Censure discrète ? Action de certains groupes de pression ? Alfred Fabre-Luce n'a pas esquivé ces questions et l'histoire même de sa recherche l'aide à y répondre.

  • "Dans ce livre, j'ai voulu décrire la "belle saison" de 1974. L'évolution politique avec son Mai de surprise, son Juillet de charme, son Septembre de réflexion, a reflété l'évolution de la nature. J'espère avoir traduit fidèlement cette impression. Certes, j'ai écrit ce récit selon mon optique particulière, mes opinions, mes sympathies ou mes antipathies, et d'autres, plus tard, s'exprimeront différemment. Mon ouvrage, dont la matière première était dans les journaux et les conversations de l'époque, deviendra matière première pour de nouvelles écoles d'historiens, qui seront elles-mêmes remplacées par d'autres écoles, essayant à leur tour d'emprisonner une réalité fuyante."L'historien, écrit Pierre Nora, pose au passé, en fonction de son propre présent, des questions dont les contemporains ne pouvaient avoir la moindre idée." Nous sommes peut-être aujourd'hui à la veille de grands événements qui feront apparaître nos comportements comme ceux des pygmées d'une préhistoire. Nous "daterons" et l'on nous "réfutera". Mais il y aura toujours des vicieux pour se demander comment étaient les choses pour ceux qui les ont vécues. Alors peut-être on réimprimera cet ouvrage et quelques témoins survivants diront, en le lisant : "Oui, ce fut ainsi." A.F.-L.

  • Éclipsée par le téléphone, la correspondance tend à disparaître. Or, elle apportait aux relations humaines une dimension particulière irremplaçable. Un hasard a incité Alfred Fabre-Luce à renouer avec cette tradition. En janvier 1973, raconte-t-il, un texte publié me valut une lettre remarquable d'une femme que je n'avais jamais rencontrée, mais que je connaissais et admirais pour avoir lu ses livres ou articles, et pour l'avoir écoutée sur les ondes... Nous n'avions pas les mêmes amis. J'aurais pu continuer à m'intéresser à elle sans jamais la rencontrer. Mais, puisqu'elle m'avait écrit, je ne la laisserais pas « repartir ». Il ajoute : Sa lettre et ma réponse furent suivies d'une visite. Nos relations continuèrent ensuite sur les deux plans. Il nous est même arrivé de venir à un rendez-vous tenant chacun à la main une lettre qui contenait les derniers échos de la conversation précédente... J'adressais à E., dans des instants de loisir et de solitude, tout le « surplus » de ma vie - le plus important parfois, en tout cas le plus spontané. Cependant en 1974-1975, des lettres à C. succèdent aux lettres à E. Le scripteur change de partenaire, dans l'espoir fou de changer d'identité. Dans une correspondance, on cherche à plaire (ou à déplaire), on s'adapte à une curiosité, on reçoit des réponses qui vous font rebondir, on polémique parfois. On ne va pas toujours où l'on voulait aller. Une correspondance, c'est une aventure. Les lecteurs du livre y participeront.

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