• Ce livre propose une vision du monde social étroitement inspirée des analyses de Pierre Bourdieu, dont elle reprend en substance l'appareil conceptuel.

  • « La question essentielle qui se pose a` la gauche re´volutionnaire, ce n'est pas tant de savoir comment conque´rir le pouvoir que de savoir pre´cise´ment pour quoi faire. Parce que s'il ne s'agit que de redorer le blason d'une petite bourgeoisie en perte de cre´dit et de pouvoir d'achat, s'il ne s'agit que de permettre a` de nouvelles « e´lites » de se partager postes et pre´bendes, de plastronner sous les projecteurs, de mettre davantage encore a` la remorque de la petite bourgeoisie des classes populaires qui ne le sont de´ja` que trop ; s'il s'agit de continuer a` faire croire au « peuple de gauche », sous couvert de « libe´ration », de « progre`s », d'« ouverture au monde », de « de´veloppement durable », de « modernite´ », et autres slogans ineptes, que l'avenir du genre humain est voue´ au mode de vie made in USA, insane, schizophre´nique, totalement alie´nant et soumis aux exigences du capitalisme mondialise´, qui apparai^t aux petits-bourgeois comme l'objectif supre^me du progre`s humain, alors non, merci ! »

  • La représentation médiatique du monde, telle qu'elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu'est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu'elle est, souhaitent qu'elle soit ou redoutent qu'elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie.
    Les lecteurs habitués aux concepts de la sociologie bourdieusienne ne découvriront sans doute rien de bien nouveau sur le plan théorique dans ce petit livre. Mais ils apprendront peut-être de quelle manière on peut les mettre directement en application dans un projet indissociable de connaissance et d'émancipation personnelle et collective.
    Quant aux lecteurs peu ou pas du tout familiers avec ces outils et ces auteurs, ils pourront découvrir de la manière la plus claire pourquoi et comment cette socioanalyse du métier de journaliste est en même temps celle d'une classe sociale dont cette corporation est une fraction emblématique, la petite bourgeoisie intellectuelle.
    Ce texte est une version actualisée et complétée de l'introduction que l'auteur a donnée à un livre collectif réédité chez Agone en 2007 et consacrée à l'analyse sociologique des pratiques journalistiques, Journalistes précaires, journalistes au quotidien. Cette réédition le replace dans le travail que l'auteur mène depuis la fin des années 1990 sur les classes moyennes - avec des livres comme De notre servitude involontaire et Le Petit Bourgeois gentilhomme (Agone, 2001, 2013 et 2003, 2009).

  • le secteur de la presse est certainement de ceux où la précarisation des petits salariés est la plus galopante.
    la corporation, pourtant truffée de grandes consciences toujours prêtes à délivrer des leçons d'humanisme sans frontières, ne s'émeut guère de la condition galérienne qui est faite, en son sein, à des milliers de jeunes complaisamment livrés à l'arbitraire des employeurs par les écoles de journalisme. le grand public ne connaît généralement du journalisme que sa vitrine la plus clinquante. ii ignore à quel degré de médiocrité intellectuelle et d'imposture morale est parvenue, sous la conduite de ses élites autoproclamées, cette corporation où une minorité privilégiée régente avec arrogance et sans compassion une masse de jeunes gens auxquels quelques années d'études post-baccalauréat sans véritable substance ont permis d'atteindre ce niveau officiellement certifié d'inculture branchée et culottée, bavarde et narcissique, que semble apprécier et favoriser le monde politico-médiatique.
    en plus d'un ensemble d'analyses des conditions sociales de fonctionnement, le lecteur trouvera dans cet ouvrage, sous la forme d'entretiens approfondis avec divers professionnels (presse écrite, quotidienne, nationale ou régionale, de magazine, télé, radio, etc.), une série de témoignages à la fois très éclairants et très émouvants sur le monde journalistique. et, au-delà, sur une intelligentsia prolétaroïde dramatiquement représentative de ce que les métiers de la communication sont devenus aujourd'hui.

  • Engagements

    Alain Accardo

    Les idées, si justes soient-elles, ne sont jamais que des idées et n'ont jamais rien révolutionné dans l'histoire par elles-mêmes : y sont parvenues celtes qui ont rencontré les intérêts de groupes sociaux suffisamment larges et puissants qui leur ont donné la force et l'impact nécessaires pour abattre les citadelles du conservatisme.
    Cet ensemble de textes - dont certains sont inédits ou introuvables, d'autres parus dans La Décroissance ou Le Sarkophage - constitue à la fois un exercice d'analyse de l'actualité politique, une critique des médias et une socio-analyse de la fonction des classes moyennes dans la reproduction de l'ordre social. Pour l'auteur, cette démarche prend sa source au moment de la guerre d'Algérie, alors qu'en jeune étudiant en philo il rencontre Pierre Bourdieu et participe à sa première enquête de terrain.

  • L'ordre social repose sur un rapport de causalité circulaire entre structures objectives de la société et structures subjectives des individus. Alain Accardo invite les progressistes à s'interroger sur la part qu'ils prennent à la reproduction de cet ordre qu'en principe ils combattent. Cet ordre étant établi à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de chacun, il ne suffit pas de décréter qu'on le refuse pour rompre avec lui : on ne peut en effet changer le monde sans se changer soi-même, d'autant qu'aujourd'hui les valeurs de repli de la classe moyenne tendent à devenir dominantes.

  • Afin que le maintien, sur la première page de couverture, de la référence explicite à la sociologie de Bourdieu ne donne lieu à aucune équivoque, je redirai ici ce que j'ai déjà précisé dans les précédentes éditions : mon propos n'est pas d'exposer en toute rigueur ce que pense Bourdieu et pas davantage ce qu' " il faut " penser de ce qu'il pense ; il est de proposer une vision du social qui est la mienne mais que je n'aurais su concevoir ni formule de cette façon sans une fréquentation assidue et une appropriation personnelle des analyses qu'il a élaborées.
    A telle enseigne que, comme nombre de lecteurs, universitaires ou autres, l'ont déjà vérifié, la lecture de mon exposé, en dépit de ses lacunes et de ses approximations (qui ne sont évidemment imputables qu'à moi), peut constituer, pour des non-spécialistes, une utile introduction à cette oeuvre puissante de la science sociale contemporaine dont je considère que, seule de cette envergure, elle apporte une contribution indispensable à la nécessaire et salutaire critique sociale.
    A. Accardo, 1996

  • Cet ouvrage fait suite à Journalistes au quotidien (Ed.
    Le Mascaret, Bordeaux, 1995) dans lequel les auteurs, membres du groupe de " Sociologie des pratiques journalistiques ", exposaient la première partie d'une enquête sur certains aspects profonds de la crise qui bouleverse depuis quelques années le monde du journalisme. Comme l'indique son titre, Journalistes précaires, le présent ouvrage poursuit l'enquête en centrant l'observation et l'analyse sur le processus de précarisation croissante qui touche désormais l'emploi dans les entreprises de presse de plus en plus soumises à la loi du marché, avec des effets le plus souvent désastreux tant au plan de l'activité professionnelle - et donc de la qualité de l'information - qu'au plan de l'existence personnelle des précaires (pigistes et CDD).
    Comme le soulignent le sociologue Alain Accardo et ses amis journalistes du groupe de recherche, on perçoit actuellement dans le journalisme les conséquences d'une évolution qui affecte plus largement une grande partie du tertiaire et tout particulièrement le secteur de la production et de la diffusion des biens symboliques, évolution caractérisée par l'émergence et le développement au sein des classes moyennes d'un " prolétariat " de type nouveau, comparable à bien des égards à l'ancien prolétariat industriel, et en même temps très différent parce que les nouveaux manoeuvres, OS et autres " nouveaux pauvres " de la production symbolique sont porteurs de propriétés (origines sociales, capital culturel, dispositions, etc.) grâce auxquelles ils peuvent faire illusion, aux yeux des autres et à leurs propres yeux, et continuer à tourner indéfiniment en rond dans les contradictions inhérentes à leur position de dominant-(très) dominés, à la fois victimes malheureuses, souffre-douleur révoltés et complices consentants de l'exploitation qu'ils subissent.
    Le lecteur trouvera dans cet ouvrage, sous la forme d'entretiens approfondis avec des journalistes en situation précaire, une série de témoignages dont l'ensemble, à la fois très éclairant et très émouvant, donne une vision de l'univers journalistique - et au-delà, d'une intelligentsia prolétaroïde - dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle contraste singulièrement avec celle qu'en cultivent habituellement les grands médias de presse.

  • Que faire pour enrayer l'involution mortifère qui détruit matériellement et spirituellement notre planète et qui, telle une immense marée noire dont la montée implacable rend dérisoires les dispositifs visant à l'endiguer, vient submerger de sa boue gluante les choses et les âmes ? que faire pour enrayer un mécanisme qui ne laisse d'autre alternative aux peuples de la terre que s'enrichir au détriment des autres ou crever de misère ? que faire pour en finir avec la domination de ces puissants pleins de morgue et d'arrogance ? a cette question obsédante, nous ne pouvons plus donner de réponse toute faite.
    Nous n'acceptons pas que le sens de la vie humaine se résume à l'hédonisme narcissique et sans âme du monde que nous font les multinationales, mais nous ne savons plus très bien ce qu'il faut changer des outres ou du vin qu'elles contiennent. la question que je veux aborder est justement celle de savoir pourquoi le combat que nous menons contre ce système n'est pas toujours à la hauteur de notre indignation.

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