• Mobilisant mille ans d'histoire locale, économique, politique, culturelle, linguistique et sociale, ce livre prend le cas de la ville de Marseille comme emblème des relations entre pouvoir central et local, de la naissance de l'État français à nos jours. La première réalité de ce livre est celle de l'univers culturel et linguistique du provençal sur les trois premiers siècles du second millénaire qui gèrent les alliances entres les royaumes qui deviendront ceux de France, d'Italie et d'Espagne. C'est au recul d'autonomie de la république de Marseille devant la constitution de l'État français que nous assistons d'abord. Les temps forts de cette histoire sont plutôt régionaux que nationaux. Et le seul héros de ce livre est la population : un temps « ville basse », un temps « plèbe », un temps « petit peuple », dans ses résistances, ses victoires, ses échecs qui, pour l'auteur, sont les échecs du plus grand nombre. Marseille, la plus ancienne ville de l'Hexagone, vue d'elle-même. La ville sans histoire selon certains, ou à tout le moins ville dont l'histoire « provinciale » ne peut être qu'anecdotique ou folklorique dans ses rapports contradictoires avec la capitale. Jusqu'à sa mise en périphérie au sein de l'Empire, Marseille illustre un état de fait, qui, partant du local, atteint à l'universel des mécanismes de domination.

  • Tarantella ?! peut être lu comme le récit d'un voyage où les paysages évoqués sont avant tout sonores. L'auteur s'efforce d'y restituer l'intensité d'un langage dramatique, celui que les indigènes du Sud de l'Italie se sont créés depuis les temps antiques jusqu'à nos jours. De la danse des tarantate à la danse des couteaux, des chants de travail aux chants de prison, ces sons et ces gestes dessinaient le contour d'un monde qui continue de nous hanter, entre marginalité sociale et récupération spectaculaire. Travaillant tant sur la puissance des cultures subalternes, que sur une critique de la civilisation occidentale, s'interrogeant sur l'articulation de la politique et du langage, ce livre échappe au final à toute discipline?: il invoque tour à tour l'ethnomusicologie, la philosophie, l'histoire sociale et politique ou encore l'anthropologie...

  • Les incendies de la banlieue ne posent pas la question des droits mais celle de la lutte sociale réelle.
    Parce que les jeunes chômeurs-à-vie et précaires qui naissent et grandissent dans ces zones de relégation ne sont pas le résultat d'une injustice particulière mais la condition de fonctionnement d'un pays capitaliste avancé. Vingt ans après la défaite de la première vague de contestation dans les banlieues pauvres, la dislocation sociale a progressé, l'exclusion s'est faite plus radicale et la misère culturelle et politique sans limites.
    Les jeunes révoltés sont l'encombrant produit de cette dislocation. Dans cet espace sans appartenance où ils grandissent, certains tentent de s'en construire une au niveau le plus élémentaire qui soit, celui de la bande, de la meute. Nés dans un monde hostile, ils se montrent hostiles à tout le monde.

  • Dans la guelaguetza indienne, la reconnaissance est fondée sur le caractère réciproque de l'offrande. Le don initial engage qui le reçoit. Dans la guelaguetza gouvernementale, l' offrande n'appelle plus aucun don de retour: elle n'est pas offrande à un autre mais à la foule anonyme invitée par l'instance suprême, le gouverneur. La déclaration de l'assemblée communale d'Ostula constitue en soi un document d'une importance politique exceptionnelle : pour la première fois, une communauté, et non une organisation clandestine, annonce qu'elle va s'armer pour pouvoir procéder à une action publique. Le précédent politique créé là est énorme. C'est cela que l'Etat et ses paramilitaires vont tenter de faire payer aux gens d'Ostula.

  • «Algunos quieren convertirme en un héroe, y en la criminalidad no hay héroes. No hay más que hombres que se han marginado y que no aceptan las leyes porque están hechas para los ricos y para los poderosos». «Certains veulent faire de moi un héros, alors qu'il n'y a pas de héros dans la criminalité. Il n'y a que des hommes qui sont marginaux, qui n'acceptent pas les lois, parce que les lois sont faites pour les riches et les forts».

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