• AVEC LE COVID-19, UNE AUTRE ÉPREUVE, PHILOSOPHIQUE CELLE-LÀ, NOUS ATTEND. EN EFFET, QU'ALLONS-NOUS RÉPONDRE À NOS ENFANTS QUI NOUS DEMANDERONT DES COMPTES ET, QUI SAIT, NOUS REPROCHERONT NOS NIAISERIES SENTIMENTALES ? Leur expliquer que nous étions partis en croisade contre la fi nitude car nous ne supportions plus la mort, quitte, dans notre désinvolture, à sacrifi er une génération et à briser un monde que nous n'étions pas sûrs de pouvoir réparer ?
    Dans cet essai magistral, écrit en mai 2020 et placé sous les auspices de Havel, Patocka et Arendt, la philosophe, revient sur l'étrangeté de notre réponse au Covid-19 à la lumière de cette question de portée civilisationnelle, mais jamais posée :
    Que risquons-nous à ramener l'homme à la vie et à ériger celle-ci en valeur suprême ?
    Le grand Confi nement nous semblait de bon sens ? Nos héritiers y verront sans doute une mesure moyenâgeuse, pour une folle plongée collective dans l'inconnu, un Apocalypse tomorrow populiste garanti, pour ne rien dire de son bilan churchillien. Car non seulement confi ner et punir ne nous aura pas protégés de l'épidémie, mais cette décision extrême aura précipité le pays dans une crise plus profonde que partout ailleurs.

  • Trois figures exemplaires dominent cet essai consacré aux intellectuels d'Europe centrale au XXe siècle : Czeslaw Milosz (1911-2004), poète et essayiste polonais, prix Nobel de littérature ; Jan Patocka (1907-1977), philosophe tchèque, grand inspirateur de la dissidence, mort assassiné par la police politique ; et István Bibó (1911-1979), pénétrant penseur hongrois des « hystéries collectives » qui secouent à intervalles réguliers le Vieux Continent.
    Chacun, instruit par les catastrophes du XXe siècle, rend de nouveau visibles les fondements éthiques de la civilisation européenne, et révèle, entre affinités électives et influences réciproques, des pans immergés de la culture européenne qui, par l'élargissement et l'unification, deviennent désormais aussi les nôtres : de Kafka à Kertész, de Koestler à Kundera, de Musil à Milosz, de Husserl à Patocka, de Arendt à Bibó, de Márai à Bauman.

  • L'opposition démocratique et européenne des années 1970-1980 a-t-elle, aujourd'hui encore, quelque chose à nous dire ? Oui, plaide cet essai qui se veut une introduction à l'oeuvre et à l'engagement du philosophe tchèque Jan Patoche (1907-1977), disciple de Husserl et premier porte-parole, avec Vaclav Havel, de la Charte 77 pour les droits et les libertés civiques.
    Car si la fin tragique de Patocka, survenue à la suite d'un long interrogatoire policier, en fait un martyr de la dissidence, le philosophe s'impose aussi, à notre époque, comme un des penseurs les plus implacables de la crise ou la civilisation technicienne précipite la démocratie au XXe siècle. D'où son actualité. La pensée dissidente apporte un démenti radical à l'idée selon laquelle toute critique de la modernité finirait par échouer dans la tentation antidémocratique et le rejet des droits de l'homme.
    A rebours de l'esprit du temps qui nous sommes de choisir entre philosophie du sujet et barbarie, l'originalité de Patocka tient à ce qu'il donne à penser une valorisation de l'exigence démocratique qui ne repose pas, pour autant, sur la promotion de la subjectivité autonome et autofondatrice. Renouer avec l'héritage européen, viennent nous rappeler les opposants de Prague, de Budapest, de Varsovie, c'est d'abord penser et agir depuis notre capacité à nous arracher au quotidien, à son impersonnalité et à son absence de scrupules, donc aussi à partir de notre affrontement à la finitude.
    De l'éclipse de cette faculté, comprise comme essence même de la liberté, pourraient bien procéder les tendances les plus inquiétantes qui travaillent nos sociétés modernes : le radicalisme totalitaire, mais aussi la dilution du sens dans le fonctionnel, la soumission de la loi aux appareils bureaucratiques, la réduction de la légitimité à la légalité et de la responsabilité à l'utilité.

  • Pour comprendre le trouble ou l'égarement de notre début de siècle, il serait vain d'en revenir au vieux clivage droite/gauche. Tout indique en effet que ces deux catégories sont désormais obsolètes. Il y a plus grave: nous avions cru que les valeurs nées du siècle des Lumières étaient à jamais un acquis de notre civilisation. Devant la résurgence des obscurantismes, nous nous avisons qu'il n'en est rien. Résultat: nos "Lumières" se retrouvent face à des idéologies régressives dont l'islam radical est le plus terrible exemple. Que s'est-il passé? Pourquoi les intellectuels européens se sont-ils à ce point aveuglés tandis que l'histoire enfantait un monstre? Et qui, en Occident, s'est fait le complice de cet enfantement? C'est ce que cet essai entend explorer.
    Sur le fond, Alexandra Laignel-Lavastine pense que certaines élites de notre civilisation humaniste et universaliste ont eu du mal à admettre que le Mal - la barbarie, la haine, le refus de l'autre - puisse parfois provenir de ce qu'elles croyaient être le "camp du Bien", celui des damnés de la terre, des exclus, des victimes. A cet égard, le conflit du Proche-Orient est une matrice féconde de malentendus puisque la "victime" (disons, pour être tout à fait clair, les plus radicaux des Palestiniens) se trouve être celle-là même qui, par glissements discrets, revendique le "choc de civilisation" dont nous constatons chaque jour les conséquences dramatiques.
    Ce livre, écrit pour l'essentiel avant le traumatisme des évènements de Janvier 2015, en fait la généalogie : comment en est-on arrivé là? Par quel chemin de capitulation? Alexandra Laignel-Lavastine - qui ne dissimule jamais son engagement intransigeant contre toute forme de racisme et d'antisémitisme - traverse l'histoire récente, ainsi notre actualité tragique, tout en se référant aux grands systèmes philosophiques qui ont "fait" la culture européenne.
    Son livre exprime une pensée puissante et jette les bases d'un combat farouche.

  • Une guerre se gagne d'abord dans les esprits. Mais au nom de quel héritage et pour quels idéaux les Européens seraient-ils encore prêts à se battre ? Cette question est la seule qui vaille. Surtout face à un adversaire qui possède, lui, de la transcendance hideuse et mortifère à revendre.
    Dès 2002, avec une cruelle ironie, Philippe Muray invitait les djihadistes à « craindre le courroux de l'homme en bermuda ». Il annonçait la suite en ces termes : nous serons les plus forts car nous sommes les plus morts.
    Souhaitons-nous lui donner raison ? Ou au contraire nous arracher au somnambulisme, au déni et à la lâcheté dans lesquels nous nous complaisons depuis « Charlie » ?
    Après le succès de La Pensée égarée. Islamisme, populisme, antisémitisme : essai sur les penchants suicidaires de l'Europe, salué comme un livre « prophétique » à « l'écriture étincelante », la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine signe ici un manifeste choc et courageux.

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  • Une série d'entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine, ancienne critique pour Le Monde des livres, permet de retracer l'itinéraire intellecuel du philosophe et ancien ministre.



    Le sujet de cette autobiographie n'est pas tant l'homme que sa pensée. Pour comprendre comment s'est forgée sa conscience politique, Luc Ferry revient sur les étapes clés de son parcours : une enfance à la campagne, une scolarité à la maison, l'influence de son père pilote de course qui fournissait clandestinement des armes à la guerilla anti-franquiste. Il revient aussi sur son sentiment de non-appartenance à une mouvance : autodidacte, il a longtemps eu le sentiment d'être asocial. Il laisse une large place aux moments forts qui jalonnent son expérience politique : la polémique provoquée par son essai, La Pensée 68 où il critique Bourdieu, Lacan, Derrida, Foucault. Son passage au ministère de l'Éducation Nationale et la traversée du désert qui suit son départ expliquent aussi ses convictions actuelles. Au delà des clivages droite/gauche, Luc Ferry développe une critique de la mondialisation mais également la nécessité de penser une sagesse moderne, pour une politique de civilisation fortement teintée d'humanisme.

  •    Pourquoi faisons-nous l'Europe ? À la question de son sens et des valeurs qui la fondent, de nombreux intellectuels d'Europe centrale ont consacré leur oeuvre, leur engagement, leur vie même.   Le moment est venu de redécouvrir cette extraordinaire communauté d'esprits, dominée par trois figures exemplaires : Czeslaw Milosz (1911-2004), poète et essayiste polonais, prix Nobel de littérature ; Jan Patocka (1907-1977), philosophe tchèque, grand inspirateur de la dissidence, mort assassiné par la police politique ; et le Hongrois Istvan Bibo (1911-1979), l'un des penseurs les plus pénétrants des "hystéries collectives" qui secouent à intervalles réguliers le Vieux Continent.   C'est autour de la trajectoire, des idées et du rayonnement de ces trois consciences de notre temps que s'organise cet essai. Au-delà, tout un continent immergé de la culture européenne se révèle à nous, entre affinités électives et influences réciproques : de Kafka à Kertész et de Koestler à Kundera, mais aussi de Musil à Milosz, de Husserl à Patocka ou encore de Hannah Arendt à István Bibó, et de Sandor Marai à Zygmunt Bauman.   Instruits par les catastrophes du XXe siècle, ces penseurs rendent à nouveau visibles les fondements éthiques de la civilisation européenne. Pour qu'aujourd'hui, la Réunification ne s'accomplisse pas dans le désenchantement de l'homme et de la démocratie.

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  • Journal de Ponary 1941-1943 Nouv.

    «Pour les Allemands, 300 Juifs représentent 300 ennemis de l'humanité. Pour les Lituaniens, 300 paires de chaussures et de pantalons».

    Chronique de la Shoah à l'Est de l'Europe, rédigée en temps réel par un témoin oculaire, et pour la première fois accessible au public français, Le Journal de Ponary, constitue un document unique et « sans aucun équivalent dans les annales des témoignages sur les grands massacres par fusillades », selon l'ex-président de Yad Vashem, Y. Arad.
    Dès l'arrivée des Nazis, en 1941, en Lituanie, Kazimierz Sakowicz, un journaliste polonais catholique qui venait d'emménager, en pleine nature, dans le cadre idyllique de Ponary, près de Vilnius (Wilno), se retrouve aux premières loges d'une gigantesque tuerie. De sa véranda ou caché derrière la lucarne de son grenier, il consigne scrupuleusement - jour après jour et au péril de sa vie -, les atrocités qu'il observe sous ses yeux : l'acheminement des victimes, leur déshabillage, les tortures, les charniers mal recouverts, la sophistication progressive du mode opératoire des tueurs, tous de jeunes volontaires lituaniens « âgés de 17 à 23 ans » ...
    L'autre intérêt majeur de ce Journal est de montrer pour la toute première fois le sordide quotidien d'un site de mise à mort, entre rapines et beuveries, et le rôle crucial des collaborateurs locaux. Celui des « tireurs », mais aussi des riverains, que l'on ne saurait sans malhonnêteté qualifier de « témoins ». Et qui, dès les premières semaines, se livrent à un « ignoble trafic d'affaires juives ». Une noire industrie dont on découvre ici - dans la foulée des travaux de l'historien J. Tomas Gross, l'auteur des Voisins (Fayard, 2002) -, l'invraisemblable ampleur. Entre 1941 et 1944, ce sont 70 000 Juifs, hommes, femmes et enfants, qui, à Ponary, furent massacrés aux bords de sept immenses fosses, ainsi que 20 000 Polonais et 10 000 prisonniers soviétiques.
    Sakowicz dissimulait les feuillets de son journal dans des bouteilles de limonade qu'il enterrait au fur et à mesure dans son jardin. Il a été tué dans des circonstances troublantes juste avant la Libération. Exhumé après-guerre puis sciemment dispersé par le régime communiste dans différentes archives, la reconstitution de ce journal, miraculeusement sauvé, fut une odyssée en soi.

    Texte présenté, annoté et traduit du polonais par Alexandra Laignel-Lavastine

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