Hazan

  • La peinture d'avant-garde peut-elle assumer une totale autonomie formelle au risque de faire l'impasse sur la culture de masse ? Ainsi se pose un des dilemmes du modernisme au xxe siècle. Pour Robert Delaunay (1885-1941), acteur majeur de l'avant-garde, la réponse est sans équivoque : pressentant la nécessité de ne pas enfermer la peinture moderne dans une quête anti-illusionniste, il s'emploie à articuler réalisme (mimesis) et abstraction (aisthesis). Précurseur du pop dans L'Équipe de Cardiff en 1913, il est aussi l'un des premiers peintres abstraits de sa génération, avec la série des Formes circulaires conduisant au Disque.

    L'analyse des sources de L'Équipe de Cardiff (cartes postales, magazines illustrés, affiches, sports, mode, aviation, etc.) et leur inscription dans les débats esthétiques de l'époque montre combien Robert Delaunay réconcilie deux filiations opposées de l'historiographie classique de l'art moderne : « peinture pure » versus « peinture pop ». À partir de cette oeuvre-manifeste, l'essai de Pascal Rousseau renouvelle l'approche du peintre que l'on cantonne, trop volontiers, à un orchestrateur décoratif de la couleur. C'est sous-estimer les intuitions de sa recherche pionnière sur le statut de l'artiste, de l'image et de l'abstraction à l'ère du consumérisme cosmopolite du premier xxe siècle.

    Comment Delaunay fait-il entrer dans sa peinture, et partant dans l'art de son temps, la publicité, le culte du muscle, la carte postale et le sens du vertige, comment contribue-t-il à une théorie visuelle du contemporain fondée sur une pensée des médias ? C'est ce que Pascal Rousseau nous apprend, s'appuyant sur un corpus d'images jamais rassemblées, dans une langue à la fois savante et accessible.

  • Cet ouvrage simple et didactique explique en quinze questions l'oeuvre du peintre Frantisek Kupka (1871-1957), l'un des grands pionniers de l'art abstrait, en retraçant toutes les étapes de sa carrière, depuis les premières gravures symbolistes jusqu'à la géométrie radicale de l'oeuvre ultime.
    Pourtant, Kupka (1871-1956) reste assez peu connu du grand public,  souvent minoré dans les grands récits canoniques de la peinture moderne. Artiste d'origine tchèque, passé par Vienne avant de s'installer à Paris en 1896, Kupka est une figure essentielle pour comprendre les bouleversements de l'art du xxe siècle. À ses débuts peintre symboliste, il est aussi dessinateur réaliste pour des caricatures destinées à la presse satirique où il fustige le règne de l'argent. Adepte du fauvisme dont il retient le langage de la couleur, Kupka, fortement influencé par la tradition des arabesques décoratives, abandonne la peinture figurative en présentant au salon d'Automne de 1912 Amorpha. Fugue en deux couleurs, une oeuvre de rupture composée uniquement de formes colorées géométriques. C'est là une révolution qu'il mènera tout au long de sa vie, fasciné par la représentation des formes en mouvement, inspiré par la musique, la science et la lumière, dans lesquelles il perçoit le rythme même de la modernité. Un ouvrage idéal pour comprendre la complexité et l'importance de Frantisek Kupka   à l'honneur avec l'exposition Frantisek Kupka au Grand Palais du 21 mars au 30 juillet 2018.
     

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