Religion & Esotérisme

  • Moïse

    Martin Buber

    « Si nous voulons apprendre de première main qui était Moïse et quelle a été sa vie, il nous faut recourir à la lecture du récit biblique. Les autres sources n'entrent pas sérieusement en ligne de compte. Nous ne disposons pas ici du moyen le plus important en d'autres circonstances pour obtenir la vérité historique :
    La possibilité de comparer les récits. Ce qui est préservé de la tradition d'Israël concernant les débuts de son histoire est contenu dans ce livre unique ; des peuples avec lesquels Israël est entré en contact au cours de l'exode d'Égypte en Canaan que ce livre relate, aucun fragment d'une chronique remontant à cette époque n'a été conservé, et dans la littérature ancienne de l'Égypte on ne peut trouver aucune allusion à ces événements. Mais le récit biblique lui-même diffère essentiellement dans son caractère de tout ce que nous sommes portés à considérer comme une source historique utilisable ; les événements qu'il rapporte ne peuvent pas s'être passés, tels qu'ils sont rapportés, dans le monde humain avec lequel l'histoire nous a familiarisés. La catégorie littéraire dans laquelle notre pensée historique doit les ranger, c'est la légende, et quand on parle de celle-ci, on admet généralement qu'elle est incapable d'engendrer en nous la représentation d'une succession de faits. » Martin Buber

  • " la tradition est la plus noble des libertés pour la génération qui l'assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l'esclavage le plus misérable pour celui qui en recueille l'héritage par simple paresse d'esprit.
    " à travers ces textes, dont la publication s'échelonne entre 1909 et 1952, martin buber s'efforce de penser le judaïsme et, plus précisément, " le processus spirituel du judaïsme qui s'accomplit dans l'histoire comme un effort vers la réalisation toujours plus parfaite de trois idées connexes: l'idée d'unité, l'idée d'action, l'idée d'avenir " ; l'idée n'étant pas entendue comme concept abstrait, mais comme force de manifestation de l'être au monde.

  • En s'appuyant sur le Livre des Juges et ses exégèses, M. Buber se propose de repenser l'idée de théocratie. Elle ne se sépare pas, dit-il, de la puissance prophétique. Ainsi procède son argument, à la fois théologique et politique, qui déchiffre avec la plus grande attention le récit de la naissance du Dieu juif.

  • Mystère d'une nouveauté prête à jaillir, l'enfant apparaît comme un commencement inouï et puissant, fragile et innocent.
    Qui n'a été émerveillé de l'unicité de son visage et de sa grâce ? Chacun a son regard, son sourire, chacun est irrépétable.
    Témoin de cet émerveillement, Martin Buber nous le partage : " Qu'on le veuille ou non, en cette heure-ci comme en toute autre, l'inédit fait irruption dans l'épaisseur de ce qui existe déjà, il prend dix mille visages dont aucun, jusqu'alors, n'avait été envisagé, dix mille âmes non encore advenues mais prêtes au devenir, événement de création s'il en est, innovation manifestée, puissance originelle prête à jaillir.
    On a beau la gaspiller, cette possibilité à l'intarissable flux c'est la réalité de l'enfant ".
    Devant ces dix mille visages nouveaux, l'interrogation jaillit sous sa plume : " Y a-t-il souci plus grand qui puisse nous préoccuper, sujet plus grave dont nous puissions débattre : trouver un remède pour que cette grâce ne soit désormais plus gaspillée, pour que le pouvoir de l'innovation soit sauvegardé en vue du renouveau ? ".
    Tel est l'enjeu de toute éducation. Celle-ci n'est pas un luxe, elle est comme la matrice de tout avenir, pour chaque vie humaine.
    Aujourd'hui, les questions sur l'éducation sont nombreuses, voire cruciales. Ce texte de Martin BUBER apporte sa pierre à l'édifice éducatif qu'il est urgent de construire. Parents et éducateurs sauront méditer ces si belles pages, y trouveront un nouvel élan pour la merveilleuse aventure de l'éducation.
    Le texte de Martin Buber est présenté par Guy Coq, agrégé de philosophie, collaborateur de la revue Esprit et Président de l'association Amis d'Emmanuel Mounier.

  • Deux types de foi

    Martin Buber

    • Cerf
    • 20 November 1991
  • Les récits hassidiques

    Martin Buber

    Fondé par le grand visionnaire Baal-Chem-Tov (1700-1760) dans les communautés juives d'Europe orientale, le mouvement hassidique s'est exprimé par des textes qui tranchent sur le rationalisme un peu sec de la tradition hébraïque et dont le charme, la vivacité, et la ferveur ne peuvent laisser aucun lecteur indifférent.
    Martin BUBER, qui a consacré de longues années à recueillir et à élaborer les innombrables récits légendaires transmis oralement ou couchés par écrit qui composent l'héritage spirituel hassidique, écrit à ce sujet; "La légende des Hassidim n'a pas la sévère puissance du mythe du Bouddha ni la naïve intériorité qui caractérise la geste franciscaine. Elle n'est point née à l'ombre d'antiques bois sacrés ou sur les pentes d'oliveraies vert argent, mais elle a grandi dans d'étroites ruelles et de sombres réduits, passant de lèvres malhabiles dans des oreilles anxieusement attentives; c'est en bégayant qu'elle est née et s'est propagée de génération en génération.
    Des livres populaires, des cahiers et des feuilles volantes me l'ont transmise, mais je l'ai entendue aussi de lèvres vivantes, de ces lèvres qui en avaient elles-mêmes reçu le bégayant message, je ne l'ai pas adaptée comme n'importe quel morceau de littérature, je ne l'ai pas travaillée comme un sujet de fable : je l'ai racontée à mon tour comme un fils posthume. C'est que je porte en moi le sang et l'esprit de ceux qui m'ont créée et c'est par l'esprit et le sang qu'elle est née à nouveau en moi.
    Je ne suis qu'un maillon dans la chaîne des narrateurs, un anneau entre les anneaux, je répète à mon tour la vieille histoire, et si elle sonne neuf, c'est que ce neuf était en elle quand elle fut dite pour la première fois".

  • Le texte de ce livre est la préface de Buber à la traduction de la Bible en allemand entreprise d'abord avec F. Rosenzweig jusqu'à la mort de ce dernier en 1929, puis qu'il a poursuivie seul jusqu'en 1954, c'est à la fois une justification de leur travail, et le récit d'un trajet dans la compréhension des Écritures. Pour dégager finalement ce que devrait être leur tâche, il leur a fallu résister à nombre de préjugés quant à la nature même du texte : son unité est d'abord assurée par des instruments proprement littéraires maniés avec une pleine conscience par les rédacteurs. Il leur a, de plus, fallu résister à ce que la tradition avait surajouté en masquant l'" original ", et Buber donne maints exemples qu'il discute dans le détail. Cette préface est donc aussi une introduction à une lecture nouvelle du texte des Écritures, considéré d'abord comme oeuvre littéraire.

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