Langue française

  • Martin Buber (1878-1965) est essentiellement le philosophe de la réciprocité.
    Il est en effet à l'origine de l'attention toute particulière accordée à la problématique de l'autre dans les philosophies existentielles du XXe siècle. Publié à Heidelberg en 1923, le Je et tu (Ich und Du) suscita, influença ou accompagna les réflexions de Husserl sur la coexistence des intentionnalités, celles de Scheler sur la "sympathie", celles de Jaspers sur la "communication", de Heidegger sur le "mit sein", de Sartre sur le "pour-autrui" et de Lacan sur "l'autre".
    Si tous n'ont pas forcément lu ou médité Martin Buber, chacun au moins, par son cheminement autonome, exprime l'importance primordiale de la réflexion sur l'autre. Notamment Levinas, chez qui la philosophie du visage comme signe divin fait écho à la doctrine bubérienne du Face-à-Face. Gaston Bachelard exprime le centre incandescent de l'oeuvre de Buber, dans sa Préface au Je et tu : "Il faut avoir rencontré Martin Buber pour comprendre dans le temps d'un regard la philosophie de la rencontre, cette synthèse de l'événement et de l'éternité.
    Alors on sait d'un seul coup que les convictions sont des flammes et que la sympathie est la connaissance directe des âmes. C'est ici qu'intervient la catégorie bubérienne la plus précieuse : la réciprocité".

  • Le mouvement révolutionnaire s'est construit sur un refoulement : celui du socialisme utopique. Dès la fin du XIXe siècle, les propositions de Fourier, Saint-Simon et Owen ont été écartées par les marxistes car considérées comme non-scientifiques. Il est aujourd'hui grand temps d'en revenir à l'enseignement de ces maîtres-rêveurs. C'est ce à quoi s'emploie Martin Buber dans ce livre inspiré, source de réflexion incontournable sur les socialismes non-marxistes.
    Dans le sillage de Proudhon, Kropotkine et Landauer, il en dégage le principe philosophique : ce n'est pas l'Etat ou le marché qui fait société, mais bien les structures communautaires de voisinage, de travail et d'entraide, ainsi que leur capacité à s'associer librement. La conclusion de ce changement de paradigme est limpide : une révolution est condamnée à l'échec si elle n'a pas posé au préalable les fondations du monde auquel elle aspire.
    C'est donc ici et maintenant qu'il faut commencer à construire des structures de vie collective où chacun considère autrui comme son égal. Elles seront autant d'îlots de socialisme voués à s'agrandir et à se fédérer, pour aboutir enfin à la communauté des communautés.

  • "la légende des hassidim [ .
    ] a grandi dans d'étroites ruelles et de sombres réduits, passant de lèvres malhabiles dans des oreilles anxieusement attentives; c'est en bégayant qu'elle est née et s'est propagée de génération en génération.
    Des livres populaires, des cahiers et des feuilles volantes me l'ont transmise, mais je l'ai entendue aussi de lèvres vivantes, de ces lèvres qui en avaient elles-mêmes reçu le bégayant message.
    [ . ] je porte en moi le sang et l'esprit de ceux qui l'ont créée et c'est par l'esprit et le sang qu'elle est née à nouveau en moi. je ne suis qu'un maillon dans la chaîne des narrateurs, un anneau entre les anneaux, je répète à mon tour la vieille histoire, et si elle sonne neuf, c'est que le neuf était en elle quand elle fut dite la première fois. " martin buber.

    Indisponible
  • Mystère d'une nouveauté prête à jaillir, l'enfant apparaît comme un commencement inouï et puissant, fragile et innocent.
    Qui n'a été émerveillé de l'unicité de son visage et de sa grâce ? Chacun a son regard, son sourire, chacun est irrépétable.
    Témoin de cet émerveillement, Martin Buber nous le partage : " Qu'on le veuille ou non, en cette heure-ci comme en toute autre, l'inédit fait irruption dans l'épaisseur de ce qui existe déjà, il prend dix mille visages dont aucun, jusqu'alors, n'avait été envisagé, dix mille âmes non encore advenues mais prêtes au devenir, événement de création s'il en est, innovation manifestée, puissance originelle prête à jaillir.
    On a beau la gaspiller, cette possibilité à l'intarissable flux c'est la réalité de l'enfant ".
    Devant ces dix mille visages nouveaux, l'interrogation jaillit sous sa plume : " Y a-t-il souci plus grand qui puisse nous préoccuper, sujet plus grave dont nous puissions débattre : trouver un remède pour que cette grâce ne soit désormais plus gaspillée, pour que le pouvoir de l'innovation soit sauvegardé en vue du renouveau ? ".
    Tel est l'enjeu de toute éducation. Celle-ci n'est pas un luxe, elle est comme la matrice de tout avenir, pour chaque vie humaine.
    Aujourd'hui, les questions sur l'éducation sont nombreuses, voire cruciales. Ce texte de Martin BUBER apporte sa pierre à l'édifice éducatif qu'il est urgent de construire. Parents et éducateurs sauront méditer ces si belles pages, y trouveront un nouvel élan pour la merveilleuse aventure de l'éducation.
    Le texte de Martin Buber est présenté par Guy Coq, agrégé de philosophie, collaborateur de la revue Esprit et Président de l'association Amis d'Emmanuel Mounier.

  • Deux types de foi

    Martin Buber

    • Cerf
    • 20 November 1991
  • Les récits hassidiques

    Martin Buber

    Fondé par le grand visionnaire Baal-Chem-Tov (1700-1760) dans les communautés juives d'Europe orientale, le mouvement hassidique s'est exprimé par des textes qui tranchent sur le rationalisme un peu sec de la tradition hébraïque et dont le charme, la vivacité, et la ferveur ne peuvent laisser aucun lecteur indifférent.
    Martin BUBER, qui a consacré de longues années à recueillir et à élaborer les innombrables récits légendaires transmis oralement ou couchés par écrit qui composent l'héritage spirituel hassidique, écrit à ce sujet; "La légende des Hassidim n'a pas la sévère puissance du mythe du Bouddha ni la naïve intériorité qui caractérise la geste franciscaine. Elle n'est point née à l'ombre d'antiques bois sacrés ou sur les pentes d'oliveraies vert argent, mais elle a grandi dans d'étroites ruelles et de sombres réduits, passant de lèvres malhabiles dans des oreilles anxieusement attentives; c'est en bégayant qu'elle est née et s'est propagée de génération en génération.
    Des livres populaires, des cahiers et des feuilles volantes me l'ont transmise, mais je l'ai entendue aussi de lèvres vivantes, de ces lèvres qui en avaient elles-mêmes reçu le bégayant message, je ne l'ai pas adaptée comme n'importe quel morceau de littérature, je ne l'ai pas travaillée comme un sujet de fable : je l'ai racontée à mon tour comme un fils posthume. C'est que je porte en moi le sang et l'esprit de ceux qui m'ont créée et c'est par l'esprit et le sang qu'elle est née à nouveau en moi.
    Je ne suis qu'un maillon dans la chaîne des narrateurs, un anneau entre les anneaux, je répète à mon tour la vieille histoire, et si elle sonne neuf, c'est que ce neuf était en elle quand elle fut dite pour la première fois".

  • " Cache-cache.

    Yehel, le petit-fils de Rabbi Baroukh, jouait un jour à cache-cache avec un autre petit garçon. Il se trouva une fameuse cachette, s'y fourra, et attendit que son camarade vînt l'y découvrir. Mais ayant longuement attendu, il finit par s'en extraire et ne vit nulle part son petit camarade. Il s'aperçut alors que l'autre ne l'avait aucunement cherché, et ce furent des larmes et des larmes. L'enfant courut, toujours sanglotant, vers son grand-père pour se plaindre à grands cris du mauvais camarade, de ce méchant garçon qui n'avait pas voulu le chercher quand il était si bien caché ! Et c'est à grand-peine que le tsaddik parvint lui-même à retenir ses larmes : " C'est exactement aussi ce que dit Dieu, dit-il. Je me cache et personne ne veut me chercher ! " Ce que mangent les riches.
    Un riche étant venu chez le maggid de Kosnitz : " Que manges-tu ? ", lui demanda le tsaddik.
    " Oh ! j'ai des goûts très simples, lui répondit son visiteur : du pain, du sel et de l'eau me suffisent.
    " En voilà une idée ! gronde le maggid. Vous devez manger bien et boire de l'hydromel, vous autres les riches ! " Il ne laissa aller son visiteur qu'après lui avoir fait promettre de s'y conformer dorénavant.
    Etonnés de cette étrange consigne, ses hassidim en demandèrent la raison au tsaddik, qui leur dit : " Si du moins il mange de la viande, il saura que les pauvres ont besoin de pain. Tandis que s'il se nourrit de pain lui-même, il va s'imaginer que les pauvres peuvent manger des pierres ! ".

  • La vie en dialogue

    Martin Buber

    • Aubier
    • 8 January 1992
  • Le texte de ce livre est la préface de Buber à la traduction de la Bible en allemand entreprise d'abord avec F. Rosenzweig jusqu'à la mort de ce dernier en 1929, puis qu'il a poursuivie seul jusqu'en 1954, c'est à la fois une justification de leur travail, et le récit d'un trajet dans la compréhension des Écritures. Pour dégager finalement ce que devrait être leur tâche, il leur a fallu résister à nombre de préjugés quant à la nature même du texte : son unité est d'abord assurée par des instruments proprement littéraires maniés avec une pleine conscience par les rédacteurs. Il leur a, de plus, fallu résister à ce que la tradition avait surajouté en masquant l'" original ", et Buber donne maints exemples qu'il discute dans le détail. Cette préface est donc aussi une introduction à une lecture nouvelle du texte des Écritures, considéré d'abord comme oeuvre littéraire.

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