Pascal Galode

  • Les images que l'on garde sont celles que l'Histoire officielle a retenues, comme prédigérées pour les démocrates convaincus que nous sommes :
    Chute de la Monarchie absolue, qui pourtant, redeviendra plus cruelle dès 1815, déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, affrontement de tribuns tels Danton ou Robespierre, quelques massacres bien saignants, les Vendéens étaient là pour brandir très haut la cocarde de la violence. Image confortable, satisfaisante pour notre époque, soucieuse de retrouver ses racines et des « marques morales » acceptables.
    Boisgobey n'avait pas ce souci.
    Romancier du dix-neuvième siècle, féru de recherche, il enquêtait dans les journaux d'époque, tenant de savants carnets personnels d'anecdotes dans lesquels il puisait l'ambiance de ses romans. Ami des Goncourt, euxmêmes auteurs d'études historiques aussi sérieuses que peu connues, il nous brosse un tableau sans complaisance de l'épisode paroxystique de cette pas si glorieuse période de notre passé : la Terreur !
    Le républicain Pierre Larousse a beau fustiger, dans son Grand Dictionnaire Universel, « sa haine de gentilhomme contre les grandes figures de la Révolution », Boisgobey ne nous offre pas moins, dans les péripéties d'une intrigue très solidement charpentée, une plongée décapante dans la capitale aux mains des dictateurs de l'instant, sans-culottes braillards à la justice expéditive, jacobins impitoyables dédouanés par le féroce et suspicieux dérapage politique qui marque les années 1793 et 1794.
    Nous voici entraînés au coeur de ses hauts-lieux : prisons improvisées dans d'ex-monastères nationalisés, restaurants, maisons de jeux, théâtres où l'on fustige grossièrement l'aristocratie, et bien sûr, Tribunal Révolutionnaire, où se jouent en quelques secondes, soumis à l'arbitraire effrayant de la populace bien-pensante d'alors, le destin des victimes de l'ordre moral du moment.
    Tiraillés entre leurs convictions, leur fierté de classe et leurs périlleuses amours, trois hommes et deux femmes vont se trouver mêlés dans une aventure rude et passionnante, saisissante de justesse et de logique, dans laquelle, à la lumière crue de nos contradictions humaines, parfois soulignées jusqu'à l'absurde, leurs passions vont enfler et mourir, dans la dimension sublime de l'éphémère, en ces jours où partout la mort rôdait.
    Ce thriller historique haletant nous jette sans complaisance dans le flot tumultueux du torrent de la Révolution, et l'on en sort un peu secoué, presque heureux de ne pas avoir eu à y vivre !

  • Jetée aux mains des "Bleus" par la course folle de son cheval, ou par un sentiment secret qu'elle n'ose s'avouer, la jeune Vendéenne Denise court désormais un danger mortel. C'est la guillotine qui attend les ennemis déclarés de la République, à moins qu'ils ne périssent noyés dans la Loire par les ignobles sicaires de Carrier, tout-puissant représentant en mission envoyé à Nantes pour y mater, à sa façon, l'insurrection des "brigands". Mais l'infâme Thomas Laîné, révolutionnaire sans scrupule, aimerait d'abord lui extorquer le secret du million de la Marquise de Carolles. Pour cela, rien de tel qu'un chantage sordide : la vie sauve pour la jeune fille, contre la révélation de l'emplacement du trésor, et l'abandon à son profit de tout ou partie des droits de succession. Le succès semble inéluctable, d'autant qu'un insolent destin a éliminé ses concurrents dans la course à la fortune. C'est sans compter sur l'intervention de deux ennemis que tout devrait opposer, pourtant liés par une estime réciproque et un respect complice : le fougueux De Marigny, qui commande l'artillerie vendéenne, et son alter ego républicain, René La Briantais. Portés par des motivations croisées, ils vont tout faire pour sauver la jeune fille, et avec elle son compagnon de jeunesse, le jeune et chevaleresque Guy de Paramé. Thomas Laîné planifie avec un sang-froid consommé une machination implacable, passant par un sauvetage compliqué doublé d'une trahison lucrative. Mais la malchance va s'en mêler, et des moments bien difficiles l'attendent, avant de jouir enfin du triomphe qu'il mérite.

  • L'enragée

    Fortuné Du Boisgobey

    Fortuné de Boisgobey écrit ce roman juste avant Le demi monde sous la terreur. Même période historique, il met en scène la résistance des Chouans de Vendée et plus particulièrement l'épisode final de la Virée de Galerne, qui s'acheva par la tentative dramatique du port de Granville, ville natale de Boisgobey. Disposant de renseignements très précis sur la ville qu'il connaît bien, l'auteur met aux prises un républicain et un royaliste, qu'un étrange destin relie secrètement, au delà du sentiment d'amitié paradoxal qu'ils se découvrent, au plus fort d'un conflit dans lequel l'un se trouve mandaté pour exécuter l'autre.

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