Gallimard

  • Rien n'est plus étranger au personnage de Julien Sorel que la sérénité des vainqueurs. Alors que Napoléon, son modèle, est à jamais défait, Sorel est condamné à grandir dans une famille mesquine, à vivre dans une province trop étroite. Le fracas des fusils a laissé place au bruit lancinant de la scierie familiale : soldat privé de bataille, il ne lui reste que le coeur des femmes à faire saigner. Premier de ses amours, dernière de ses victimes : Mme de Rênal, jeune femme mélancolique, tombée amoureuse de Julien, devenu précepteur de ses enfants. Il la retrouvera dans le claquement des pistolets. Arrivé à Paris il séduit Mathilde de la Mole, jeune et fougueuse aristocrate, non pour sa fortune mais par défi, pour subjuguer la fierté qu'il croit lire dans ses yeux.
    Pour Sorel c'est là tout l'amour : un combat enraciné dans l'hostilité d'un échange de regards. Ayant pour origine un fait divers sanglant, Le Rouge et le Noir y puise une singularité tranchante. Loin d'une fresque abstraite, le roman a tout d'un corps rouge du sang qui s'y écoule, noir de la poudre qui y brûle.

  • «Je pourrais faire un ouvrage qui ne plairait qu'à moi et qui serait reconnu beau en 2000» : Stendhal tiendra promesse, écrira pour lui-même, tout en songeant à la postérité et aux générations futures. Il vient tard au genre romanesque, à quarante-trois ans seulement, avec Armance. Avant, il a exercé sa plume dans différents domaines. Mais ce sont ses romans qui le distinguent aujourd'hui à nos yeux. Il est considéré comme le premier romancier «réaliste», devançant Balzac d'une courte tête. Peindre l'époque sans verser dans la caricature, être réaliste sans tomber dans le vérisme mort-né, décrire des moeurs vouées à devenir caduques en lorgnant sur l'immortalité: les impératifs d'écriture qu'Henri Beyle s'était fixés pouvaient paraître contradictoires. Pourtant, Stendhal a gagné son pari : il a écrit des romans qui, quoique réalistes, sont passés à la postérité. Le Rouge et le Noir incarne l'accord parfait entre une représentation historique, réaliste, satirique, et une intrigue héroïque transcendant la situation politique et sociale de l'heure. La «chronique de 1830» est entrée dans un éternel présent.
    Les éditions successives des oeuvres de Stendhal reflètent l'importance toujours plus grande qu'il revêt aux yeux de chaque nouvelle génération. Celle dont la Pléiade publie aujourd'hui le premier volume comptera trois tomes et propose une organisation nouvelle, puisque tous les textes narratifs y sont classés dans l'ordre chronologique de leur composition. Enfin, pourrait-on dire : aussi étonnant que cela paraisse, c'est la première fois que cette disposition, souvent adoptée pour d'autres auteurs, est appliquée à Stendhal. L'usage, jusqu'à présent, voulait que l'on procédât à des regroupements qui, quelle que fût leur pertinence, n'avaient pas été voulus par l'écrivain, mais recueillaient plus ou moins fidèlement l'héritage de son premier éditeur. C'est ainsi, par exemple, que différents textes étaient rassemblés sous le titre de Chroniques italiennes - titre célèbre, mais qui recouvre des réalités bien différentes selon les cas : s'il a songé à réunir les histoires qu'il avait tirées de ses «manuscrits romains», Stendhal n'a jamais élaboré le sommaire d'un tel recueil... Dans les oeuvres romanesques complètes que propose la Pléiade ne figurera aucun recueil «factice». Chaque texte y est publié à sa date, de telle sorte que le parcours fictionnel de l'auteur d'Armance soit - enfin, donc - restitué dans sa continuité et dans sa logique.

  • « Sur la lancée des Mémoires d'un touriste (1838), Stendhal part sur les routes pour un périple de quatre mois et demi. Paysages, monuments, tableaux, rencontres, il engrange pour une suite éventuelle, curieux de tout et de tous. Pourtant, c'est dans la mine des manuscrits italiens qu'il descend à son retour, parce qu'elle est pécuniairement rentable et qu'elle le replonge dans l'univers imaginaire qu'il a élu pour sien. Quelques pages sur un Farnèse devenu cardinal et pape grâce à une femme enclenchent un processus de cristallisation. En cinquante-trois jours, porté par la vague d'une improvisation heureuse, Stendhal paie à l'Italie, en toute liberté, le grand tribut romanesque qu'il lui devait et dicte La Chartreuse de Parme.
    À la recherche de nouvelles idées, il tâtonne, entre l'exploitation de chroniques napolitaines et des études françaises et contemporaines, dont Lamiel, qui l'entraîne sur des chemins inédits, particulièrement audacieux. Salué comme un artiste majeur par celui qu'il considère comme le maître du roman moderne, Balzac, qui consacre à la Chartreuse une analyse exorbitante, il se voit pour la première fois, à cinquante-sept ans, mis à sa place.
    Il reçoit un premier grave avertissement physique qui l'impressionne durablement. Il ne s'en remettra pas véritablement. Assez affaibli, il se remet à divers chantiers interrompus, échafaude des projets (toujours Lamiel, toujours des nouvelles, dont le public est demandeur). Mais quelque chose semble cassé. Il meurt stendhaliennement, c'est-à-dire vite et proprement, comme il l'avait souhaité. » Édition établie par Yves Ansel, Philippe Berthier, Xavier Bourdenet, Serge Linkès

  • « "Que nul n'entre ici s'il n'est paradoxe" : telle est, renouvelée de l'antique, l'injonction qui pourrait s'inscrire au fronton de l'oeuvre stendhalienne. [...] Tout est paradoxal chez Stendhal, à commencer par la destinée posthume qui lui a fait rafler la mise à la loterie de la gloire lors des tirages par lui expressément prévus en 1880 et 1935, dans une anticipation plutôt risquée, dont il a été parfaitement justifié : un homme qui, sans être du tout un inconnu (c'est au titre d'"homme de lettres" qu'il reçoit en 1835 la Légion d'honneur), passait aux yeux de la plupart pour un polygraphe dilettante et doué, un conversationniste caustique, un remarquable docteur ès choses italiennes, un excellent trousseur d'anecdotes volontiers scandaleuses, se mue après sa mort en romancier majeur de son siècle ; émiettées et de retentissement circonscrit, ses productions, contre toute attente et par de tout autres voies, vont faire jeu égal avec l'entreprise énorme et totalitaire de Balzac, le seul - par une sorte d'adoubement hautement symbolique - à lui avoir, de son vivant, reconnu le statut de grand écrivain. Rarement, ou jamais, pari apparemment hasardé, au fond soigneusement préparé (car Stendhal programme sa survie, ne cesse de penser à ses inimaginables lecteurs futurs, et prend soin d'éviter tout ce qui, en datant trop précisément la fiction, risquerait de la périmer), n'aura été plus brillamment gagné... » Philippe Berthier.

  • «Il existe entre Stendhal et l'Italie un lien fort étroit. La qualification de "Milanese", qui figure dans l'épitaphe du cimetière Montmartre, n'a pas seulement une valeur sentimentale : elle constate un état de fait. L'écrivain a passé dans la péninsule - et à des titres divers comme militaire, touriste, exilé volontaire, consul de France - un tiers environ de sa vie. Ce séjour prolongé au-delà des Alpes non seulement a donné à la plus grande partie de son oeuvre une coloration particulière, mais aussi ne lui a pas inspiré moins de trois relations de voyage. C'est beaucoup, lorsqu'on songe que Stendhal n'a publié qu'une douzaine d'ouvrages. Ainsi le voyage occupe, avec le roman, une place privilégiée dans sa production littéraire.
    /> Ce n'est pas le seul rapprochement possible entre deux genres différents, voire antithétiques. De même que le roman stendhalien a une structure et une portée inconnues jusqu'alors, de même le récit de voyage stendhalien n'a rien de commun avec une catégorie d'ouvrages où, en dépit de noms illustres - Montaigne, le président De Brosses, Montesquieu, et, à une date plus récente, Chateaubriand - foisonnait un fatras d'itinéraires dont la note dominante était la banalité. Loin de là, les voyages publiés par le Grenoblois tranchent avec la tradition ; ils se font lire avec un intérêt renouvelé, bien que vieux d'un siècle et demi, car ils sont le vivant reflet de la personnalité si riche, si originale, si excitante, de leur auteur.» V. Del Litto.

  • D'abord, l'énigme du titre : pourquoi Mémoires, alors qu'il s'agit d'un voyage ? Quelles sont les étapes du ou des voyages de Stendhal, qui donne un compte rendu précis de ses zigzags à travers la France, et le relevé des discontinuités de son itinéraire, on ne peut plus décousu ? Où est-il descendu ? Où a-t-il été le plus heureux ?Stendhal entend par tourisme non pas une présentation objective, rationnelle, des centres d'intérêt d'une ville ou d'une campagne parcourues, mais le déroulement subjectif de ce qui se passe dans son âme. C'est un tourisme intérieur, une exploration de ses souvenirs, de ses sensations, de ses humeurs, de ses fantasmes. D'où la vivacité et la fraîcheur, inaltérées, de son ouvrage, presque deux siècles après sa parution.

  • Journal

    Stendhal

  • Dans les années 1830, l'humeur n'est pas au voyage en France. Rome, Naples et Florence, soit. Mais Le Havre, Bordeaux et Nîmes ne retiennent guère l'attention du touriste. Stendhal, fidèle à lui-même, ne fait rien comme tout le monde.
    À la suite de son ami Mérimée, inspecteur des Monuments historiques, il parcourt le pays et note ses observations. Redevenu sédentaire, il dessine des itinéraires en partie fictifs, pille les récits de voyages qu'il peut trouver, s'invente un double, le Touriste - sans doute le seul marchand de fer de l'histoire de la littérature -, rassemble des historiettes de toute provenance ; rien ne l'effraie : «Oserai-je raconter l'anecdote que l'on m'a contée (...). Pourquoi pas? Je suis déjà déshonoré comme disant des vérités qui choquent la mode de 1838.» Il fond ces éléments disparates en un tout qui, le génie aidant, est bien autre chose que la somme de ses composantes.
    Aux jugements portés sur l'extérieur, il ajoute un regard sur soi, la part d'égotisme ; il projette sur les choses vues, entendues ou rapportées une vision personneIle, profonde et légère à la fois, où gît, comme le remarque Astolphe de Custine, «le secret des livres amusants et durables».
    Quant au lecteur, il en apprend aussi long sur la France de Louis-Philippe que sur la trinité Beyle-Brulard-Stendhal. Et le charme opère.

  • Voici le second et dernier tome de la nouvelle édition des oeuvres intimes de Stendhal dans la Pléiade. Ce volume contient la fin du journal, dont une grande partie - pour cette période - est publiée pour la première fois. En effet, vers 1818, Stendhal cesse de tenir régulièrement son journal, mais il ne peut s'empêcher de noter en marge des livres qu'il lit ou entre les lignes de ceux qu'il est en train d'écrire. V. Del Vitto s'est donc attaché à retrouver, transcrire, et annoter toutes les remarques éparses de Stendhal. On pourra ainsi, pour la première fois, suivre, intimement, Stendhal, jusqu'à sa mort dans ce Journal reconstitué. On trouvera en outre, dans ce volume, Souvenirs d'égotisme et la Vie de Henry Brulard, deux textes importants pour la compréhension de l'homme Stendhal. L'annotation de ces oeuvres a été profondément renouvelée. Enfin ce tome comporte les index de l'ensemble de l'édition.

  • Je n'ai aimé avec passion en ma vie que cimarosa, mozart et shakespeare.
    A milan, en 1820, j'avais envie de mettre cela sur ma tombe. je pensais chaque jour à cette inscription, croyant bien que je n'aurais de tranquillité que dans la tombe. je voulais une tablette de marbre de la forme d'une carte à jouer.

  • Jusqu'où peut-on aller par amour ? Au XIXe siècle, Vanina Vanini, princesse à Rome, s'éprend d'un conspirateur qui se bat pour l'unité italienne. L'amour naît entre le carbonaro Pietro, blessé et traqué, et l'aristocratique jeune femme. Car le coeur a ses raisons que la raison ignore... Amour et politique ne sauraient s'accorder, lequel des deux amants trahira l'autre ?
    Dans chacune de ces trois nouvelles, amour, pouvoir et cruauté se heurtent pour faire obstacle au bonheur : les larmes et le sang coulent. Retrouvez Vanina, Mina et Béatrix, et vibrez avec elles.

    L'accompagnement pédagogique est thématisé autour de chacun des textes. Ainsi Vanina Vanini permet d'interroger le traitement de l'histoire dans la narration ; Mina de Vanghel la nature de l'amour ; Les Cenci la portée du mythe en littérature. On trouvera également une synthèse éclairante sur l'esthétique de la nouvelle.
    3 nouvelles (XIXe siècle) recommandées pour les classes de lycée. Texte intégral.

  • Salons

    Stendhal

    A son retour d'Italie, en 1821, Stendhal, déjà auteur de quelques ouvrages sur l'art, la musique et l'Italie, est tenté par le journalisme. Il rend régulièrement compte de la vie artistique à Paris dans différentes revues anglaises et quelques revues parisiennes. C'est dans ces circonstances qu'il rédige des Salons portant sur les expositions annuelles qui se sont tenues au Louvre en 1822, 1824 et 1827.
    Bon connaisseur de la peinture italienne, rompu aux nouvelles théories esthétiques, Stendhal cherche à retrouver dans la peinture de la Restauration les traits de ce " beau idéal moderne " qu'il évoque dès 1817 à propos de la peinture italienne.
    Manifeste pour une " révolution dans les beaux-arts ", les Salons sont à la peinture ce que sont à la littérature les deux versions de Racine et Shakespeare.
    Réunis pour la première fois en volume, les Salons de Stendhal sont édités, préfacés et annotés par Stéphane Guégan et Martine Reid.

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