SOPHIE RENAUT

  • La fin de l'amour ; enquête sur un désarroi contemporain

    Eva Illouz

    • Points
    • 16 September 2021

    Nous n'avons cessé de représenter les diverses manières que l'amour a de faire miraculeusement irruption dans nos vies. Pourtant, cette culture qui a tant à dire sur la naissance de l'amour est beaucoup moins prolixe lorsqu'il s'agit des moments, non moins mystérieux, où l'on évite de tomber amoureux, où l'on devient indifférent à celui ou celle qui nous tenait éveillé la nuit, où l'on cesse d'aimer.
    Eva Illouz fait du « désamour » un problème sociologique de première importance et examine l'ensemble des façons qu'ont les relations d'avorter à peine commencées, de se dissoudre faute d'engagement, d'aboutir à une séparation ou un divorce, ce qu'elle désigne comme des « relations négatives ». L'amour semble aujourd'hui marqué par la liberté de ne pas choisir, faisant du non-choix une nouvelle modalité de l'action. La sociologie, non moins que la psychologie, a beaucoup à dire sur le désarroi qui règne dans nos vies privées.

  • Une brève histoire des lignes

    Tim Ingold

    • Zones sensibles
    • 19 November 2013
  • Yucca Mountain

    John D'Agata

    • Zones sensibles
    • 21 June 2012
  • Bernard E. Harcourt propose une critique puissante de notre nouvelle transparence virtuelle. Il livre une analyse de ce que les technologies big data font à nos vies, et de la manière dont elles s'y introduisent, et révèle l'ampleur de notre renoncement, volontaire, à la liberté - jusqu'à l'acceptation de toutes les dérives sécuritaires. Ces atteintes à nos libertés sont flagrantes ; pourtant, nous ne semblons pas nous en soucier.

    Exploitant notre désir sans fin d'avoir accès à tout, tout le temps, les géants d'Internet dressent un portrait de notre propre intimité, collectent des millions de données sur nos activités, nos centres d'intérêt et nos relations, tandis que les agences de renseignement les croisent aux milliards de communications qu'elles enregistrent chaque jour. Nous continuons cependant, et malgré notre connaissance de l'instrumentalisation de ces données, de publier nos photos de familles, nos humeurs et nos pensées. Nous donnons en caisse, en même temps que notre carte bleue, nos adresses email et postale. D'où vient le sentiment de fatalité à l'égard de cette transgression du public et du privé ?

    Ce livre montre d'une manière saisissante comment les nouvelles technologies exploitent notre désir illimité d'accéder à tout, tout le temps et sans attendre - au risque de la surveillance généralisée. Et invite à la désobéissance et à la résistance.

  • Les Français se représentent le monde de la gastronomie partagé entre la « haute cuisine », univers où excelle leur génie, et l'alimentation de masse, dominée par des pratiques industrielles d'inspiration américaine. Rien n'est plus faux. Entre les années 1970 et les années 1990, le champ de la gastronomie opère une mutation. Les process industriels venus d'Outre-Atlantique pénètrent le monde de la cuisine française, notamment à travers l'implantation réussie des fast-foods. Les grandes institutions et les acteurs de la gastronomie s'adaptent très vite à ces changements. Dès lors, la distinction s'efface entre, d'un côté, une cuisine fondée sur les savoir-faire singuliers et les compétences individuelles et, de l'autre, les préparations standardisées, produites à grande échelle par les technologies de l'industrie agro-alimentaire. De même que s'estompe la ligne de démarcation jusque-là infranchissable qui séparait traditionnellement les grands chefs de cuisine des grands chefs d'entreprise. L'analyse implacable de Rick Fantasia révèle ainsi comment le champ gastronomique, qui avait gagné son autonomie à la fin du XIXe siècle, a été absorbé dans la logique du champ économique. Ou comment les noms des plus grands chefs étoilés ont pu devenir des labels de gammes de la grande distribution.

  • Employés par des sous-traitants aux quatre coins du monde, les modératrices et modérateurs de contenu sont les travailleurs de l'ombre chargés de purger les sites Internet, les réseaux sociaux et les applications mobiles des photos, vidéos ou commentaires abjects qui les inondent : propos haineux, cyber-harcèlement, injures racistes ou sexistes, automutilations et tortures, viols et décapitations, pédophilie...
    À travers des dizaines d'entretiens menés avec ces collecteurs de déchets numériques dans les zones rurales de l'Iowa, dans la Silicon Valley, au Canada et aux Philippines, cette enquête met au jour l'économie souterraine d'une industrie dont les coulisses tranchent avec le progressisme revendiqué. À rebours de l'optimisme libertaire des pionniers du Web, le filtrage des torrents de violence, de pornographie et de fiel déversés sur nos écrans s'impose aujourd'hui comme une tâche à la fois indispensable et sisyphéenne. Ses enjeux en termes de réglementation de la liberté d'expression et de délimitation des frontières du dicible et du montrable à l'échelle planétaire restent néanmoins largement ignorés.
    Alors que les controverses autour des fake news, des discours de haine et du harcèlement en ligne obligent peu à peu les plateformes à rompre l'illusion d'une modération « automatique », Sarah Roberts révèle les conditions de travail des substituts de l'« intelligence artificielle » et les risques psychologiques auxquels sont exposés celles et ceux dont le quotidien connecté consiste à visionner à la chaîne des contenus insoutenables pour que nous n'y soyons pas confrontés.

  • Cette très belle ethnographie, qui se distingue par la qualité de son écriture, est le fruit de six années d'enquête en immersion dans un quartier noir de Philadelphie frappé par les effets conjoints de la misère, de la délinquance et de la politique d'incarcération de masse.

    Elle reconstitue l'existence précaire des jeunes hommes qui tentent de se soustraire à un harcèlement policier et judiciaire constant et dont l'ensemble des actions et relations, y compris les plus quotidiennes et les plus intimes, sont marquées par l'activité des agents du système pénal et par les pressions qu'ils exercent sur leurs familles et leurs proches. L'ampleur du déploiement policier et des incarcérations dans le secteur de la « 6e Rue » transforme les vies en profondeur, non seulement celle des jeunes hommes qui sont leurs cibles, mais aussi celle de leurs familles, de leurs compagnes et de leurs voisins.

    Composant avec sensibilité et talent entre récit, notes de terrain et dialogues, Alice Goffman donne à comprendre ce que vit une communauté en fuite à l'heure où, aux États-Unis, un jeune Noir sur neuf est en prison contre moins de 2 % des jeunes Blancs.
    La postface de Didier Fassin, titulaire de la chaire de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study, éclaire la réception très singulière de l'ouvrage aux États-Unis, où il a connu un immense succès avant de susciter une intense polémique.

  • Retour aux sources du Pléistocène

    Paul Shepard

    • Dehors
    • 14 November 2013

    Retour aux sources du Pléistocène est le dernier livre de Paul Shepard et fournit une vision d'ensemble de ses recherches. Dans cet ouvrage Shepard interroge différentes possibilités de vivre en accord avec les «dispositions» biologiques et psychologiques que nous avons acquises au Pléistocène. Quelles sont les conditions écologiques et les pratiques culturelles les plus adaptées à notre humanité ? Et dans quelle mesure l'indifférence de ces dispositions sont-elles à l'origine des maux sociaux et écologiques que connaissent les sociétés ? En mettant l'accent sur les causes culturelles de la crise environnementale, ce livre peut être rapproché de l'ouvrage devenu un classique de l'anthroplogie du XXe siècle, Âge de pierre, âge d'abondance de Marshall Sahlins (Gallimard, 1976).

  • Le cubisme devant ses contemporains ; documents et critiques (1906-1914)

    ,

    • Les presses du reel
    • 14 October 2019

    Une anthologie.
    Au cours des trente dernières années, l'émergence d'un nouveau discours critique sur le cubisme a refaçonné notre point de vue sur le mouvement et le modernisme en général ; uniquement constitué de sources primaires, ce livre est la première anthologie à prendre acte de ce nouveau matériau critique. Afin de minorer l'influence des a priori qui conditionnent l'interprétation des éditeurs (même si ces a priori ne peuvent pas être complètement évités, on peut leur résister), ces documents ont été reproduits dans leur quasi-intégralité.
    Chaque document est suivi d'un commentaire qui replace le texte (et, le cas échéant, l'auteur) dans une perspective historique et qui tient compte de l'historiographie du cubisme. Même si le corpus sur le cubisme est trop vaste pour donner à notre sélection un caractère encyclopédique, nous nous sommes efforcés de lier ensemble quatre aspects, dans un ordre chronologique, des écrits d'artistes ; un large éventail de types de critiques (manifestes d'artistes, correspondance et préfaces de catalogue) ; rapports gouvernementaux ; articles extraits de la presse populaire, de revues littéraires, de journaux satiriques et de revues spécialisées dans les beaux-arts ; des critiques négatives sur le mouvement, comme indicateur du grand débat public autour du cubisme avant la Première Guerre mondiale ; et des écrits abordant des questions sociales, politiques, scientifiques, philosophiques et littéraires en lien avec le cubisme. Nous avons choisi de circonscrire cet ensemble déjà conséquent de documents à des textes produits pendant les premières années du développement du cubisme - entre 1906 et 1914 - de manière à minorer l'impact de mémoires et de commentaires plus tardifs qui, inévitablement, furent écrits sous la pression d'événements historiques postérieurs.
    Ce choix éditorial révèle toute l'importance de la Première Guerre mondiale qui bouleversa les termes du discours sur l'art et la culture. Ces changements eurent pour effet d'orienter le mouvement cubiste dans une nouvelle direction ; sous l'influence du climat culturel et des événements qui avaient transformé l'Europe en guerre, les artistes et les critiques livrèrent une interprétation très différente du cubisme d'avant-guerre.

  • La cage

    Kerry Howley

    • Vies paralleles
    • 19 August 2016

    Le Cage Fighting (aussi appelé Ultimate Fighting) est un sport-spectacle de combat très en vogue aux Etats-Unis, dont nous avons tous déjà pu apercevoir certaines images. Sorte de condensé de tous les styles de combat, il se caractérise par une très grande liberté des règles et donc... une extrême violence.
    En nous permettant de suivre au quotidien, au plus intime, deux combattants de ce spectacle extrême, Kerry Howley nous pose des questions troublantes : pourquoi la violence nous fascinetelle ? Que sommes-nous prêt à sacrifier contre un court moment d'extase ? Au plus près de ces corps qui souffrent, dont elle nous fait entendre subtilement les os craquer, les peaux se distendre sous les coups de l'adversaire, mais aussi au plus près de leurs doutes, leurs questionnements, leurs espoirs, elle nous glace, nous émeut, nous fait rire.
    Entre fiction et reportage, dans la droite ligne du meilleur de ce que l'on appelle la non-fiction !
    A la fois effrayant et terriblement drôle, subtilement érudit et prodigieusement haletant, La Cage est une de

  • À partir d'une lecture critique de la recherche sur les émotions en psychologie et en anthropologie, William Reddy propose une approche pionnière des émotions qui évite à la fois le réductionnisme des conceptions des psychologiques et l'image figée, en dehors du temps, de l'interprétation culturelle.

    Les documents historiques montrent sans la moindre ambiguïté que l'expression affective peut explorer et transformer les émotions, en fonction du choix des expressions pour les « représenter ». De ce fait, il découle que les groupes humains, des plus petites communautés aux plus grands États, peuvent et doivent chercher à gérer le vocabulaire, les expressions idiomatiques, tout le style adopté par les individus pour exprimer leurs émotions. La coopération nécessite de partager un style émotionnel ; sinon, la communication devient obscure, incertaine, voire impossible. Les émotifs (terme que l'auteur propose pour désigner ces expressions qui sondent et transforment les affects) revêtent évidemment une importance politique primordiale. Dans une seconde partie de cette étude, Reddy applique cette théorie à un tournant de l'histoire française. Peu d'épisodes historiques illustrent mieux que la Révolution française la manière dont les changements de style émotionnel peuvent accompagner et même canaliser le cours de l'histoire. De la sensibilité des Lumières, à la vertu républicaine, au romantisme du début du XIXe siècle, les femmes et les hommes français ont cherché de nouvelles façons de s'exprimer, de découvrir et de gérer l'émotion, avec des répercussions sans précédent sur le monde réel de la politique et de la vie sociale.

  • " voici un livre qui donnera le vertige à ceux qui sont habitués aux standards de l'histoire culturelle ", écrit jacques rancière dans la préface inédite accompagnant cette nouvelle édition de peaux blanches, masques noirs.
    1820, new york, marché sainte-catherine : près du port, des " nègres " dansent pour gagner quelques anguilles. à l'origine monnaie d'échange, ces danses deviennent une marque culturelle pour le lumpenprolétariat bigarré fasciné par le charisme et la gestuelle des noirs. fin du xxe siècle, de part et d'autre de l'atlantique et sur mtv: michael jackson et m.c. hammer se déhanchent avec des pas de danse et des gestes identiques aux danseurs d'anguilles.
    Pourquoi ces gestes ont-ils perduré ? quels processus d'identification ont-ils mis en oeuvreoe a qui appartiennent-ils ? aux noirs qui les ont créés, ou aux blancs qui, une fois grimés en noir (le blackface), les ont copiés et assimilés ? peaux blanches, masques noirs, à travers l'histoire des ménestrels du blackface et des lieux fondateurs de la culture américaine, explore cette longue mutation d'un lore limité aux frontières d'un marché multi-ethnique en une véritable culture populaire atlantique où l'échange et la reconnaissance de gestes signent une appartenance - le lore étant, au contraire du folklore, non pas la propriété d'un peuple, mais une matrice de savoir, de récits et de pratiques qui est tout entière affaire de circulation.
    Esclaves ou nouveaux affranchis noirs, mariniers ou commerçants blancs, tous vivaient dans les mêmes conditions d'une classe ouvrière luttant pour que la culture dominante les laisse libres d'échanger les marques de reconnaissance culturelles qu'ils partageaient. du sifflement de bobolink bob sur le marché sainte-catherine à celui d'al jolson dans le chanteur de jazz, du benito cereno de melville au minstrel boy de bob dylan, des peaux d'anguilles portées en guise de serre-tête aux dreadlocks afros, william lhamon offre ici une fascinante anthropologie de ces signes culturels qui, après avoir vaincu les forces d'oppression qui tentaient de les étouffer, font aujourd'hui partie de notre quotidien.

  • New York, 1802 : des Blancs de la classe ouvrière se griment en noir (blackface minstrels) et s'agitent sur des planches en échange de quelque poisson. Fin du XXe siècle, sur MTV : le moonwalk de Michael Jackson et la danse hip-hop de MC Hammer perpétuent la gestuelle des premiers ménestrels, devenue entre-temps code commun d'une culture populaire multi-ethnique. Comment ces gestes et ces sons se sont-ils perpétués jusqu'à nousoe Comment se sont-ils adaptés aux changements, à la différence raciale ?
    Quelles histoires nous racontent ces gestes ? Raising Cain répond à ces questions avec une précision et un enthousiasme rares, passant ainsi du Chanteur de jazz d'Al Jonson au Benito Cerreno de Melville, retraçant une véritable histoire des gestes populaires aujourd'hui dominants.

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