• Dans les décombres laissés par les tempêtes meurtrières de 2017, les habitants de Porto Rico rebâtissent leur monde et se mesurent à de puissants adversaires dans une lutte pour l'avenir : pour qui reconstruira-t-on l'île ? Pour ceux qui y vivent ou pour ceux qui veulent y faire fortune ?

    Après un désastre écologique comme ceux qui promettent de frapper partout et de plus en plus souvent, deux visions du monde s'affrontent : celle d'ultrariches libertariens, déterminés à transformer l'île en un paradis où ils pourraient vivre à l'abri des tumultes d'un monde dont ils ont su tirer profit, et celle d'une population déterminée à reconstruire ses communautés autrement, pour mieux vivre ensemble, et mieux vivre dans le monde.

    Naomi Klein reprend ici la grille d'analyse de La stratégie du choc pour décrire le pillage en cours, mais elle raconte surtout l'histoire de femmes et d'hommes qui s'organisent pour subvenir à leurs besoins et pour bâtir une société durable et démocratique.

  • Les émotions dévorent l'espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Certes, comme le disait Hegel, « rien de grand ne se fait sans passion », mais l'empire des affects met la démocratie en péril. Il fait régresser la société sous nos yeux en transformant des humains broyés par les inégalités en bourreaux d'eux-mêmes, les incitant à pleurer plutôt qu'à agir.

    À la « stratégie du choc » qui, comme l'a montré Naomi Klein, permet au capitalisme d'utiliser les catastrophes pour croître, Anne-Cécile Robert ajoute le contrôle social par l'émotion, dont elle analyse les manifestations les plus délétères : narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Une réflexion salutaire sur l'abrutissante extension du domaine de la larme et un plaidoyer civique pour un retour à la raison.

  • Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013. En cette chaude nuit d'été, un train fou sans conducteur tirant des bombes de pétrole explosif dévale la pente qui mène au coeur de la localité et en pulvérise le centre-ville, carbonisant 47 victimes prises au piège et laissant dans son sillage une insouciance à jamais perdue.
    Qui sont les vrais coupables de cette tragédie? Qui a pris le contrôle de la scène de crime? Qui assure la reconstruction et pour le bien de qui? Dans ce récit fascinant qui nous plonge au coeur des événements, Anne-Marie Saint-Cerny fait son enquête, pour en tirer les leçons qui s'imposent et fournir tous les arguments pour exiger la tenue d'une commission d'enquête publique. Surtout qu'à Mégantic, malgré l'annonce de la voie de contournement, rien n'a véritablement changé sur le fond: les trains de propane roulent encore la nuit, sur des rails brisés, sous la supervision de l'industrie ferroviaire elle-même, comme partout au Canada.
    Tragédie emblématique à plus d'un titre et dépassant largement le fait divers, Mégantic est un conte capitaliste moderne parfait. Trouvant naissance dans les officines d'investisseurs de Wall Street, de producteurs cowboys d'or noir du Dakota, de bureaux de conglomérats du pétrole, et mis en place par une classe politique complaisante, le drame a frappé une population qui, sous le choc, s'est rapidement trouvée à la merci de promoteurs locaux et d'intérêts financiers loin d'être toujours bien intentionnés. Un troublant exemple de stratégie du choc.
    Récit en trois actes - avant, pendant, après - se lisant comme un polar, enquête extrêmement fouillée donnant la parole à plusieurs protagonistes du drame, Mégantic cherche à faire le récit global de la tragédie et à expliquer pourquoi une telle catastrophe pourrait bien se reproduire.

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