• Limonov

    Emmanuel Carrère

    « Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »Prix RenaudotPrix de la langue françaisePrix des prix

  • Samuel Riba est l'éditeur talentueux d'un catalogue exigeant. Néanmoins, incapable de faire face à l'émergence des nouveaux médias et de concurrencer la vogue du roman gothique, il vient de faire faillite. Il sombre alors dans la dépression et le désoeuvrement. Pour y remédier, il entreprend un voyage à Dublin. L'accompagnent quelques amis écrivains avec qui il entend créer une sorte de confrérie littéraire. Cette visite de la capitale irlandaise à l'heure du Bloomsday se double d'une déambulation dans l'oeuvre de Joyce, qui conduira notre protagoniste - bien malgré lui - jusqu'au seuil d'un mystérieux pub.
    En explorant les facettes de ce personnage complexe - sous lequel se cache peut-être bien son alter ego -, Enrique Vila-Matas interroge la notion d'identité, de sujet, et décrit le cheminement qui a mené la littérature contemporaine d'une épiphanie (Joyce) à l'aphasie (Beckett).

  • Sujet à une psychose brutale et non identifiée, le neurologue Camilo Escobedo est interné dans un hôpital psychiatrique. Du jour au lendemain, il se retrouve le patient de ses propres collègues et internes. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il souffre d'une maladie auto-immune récemment découverte. Celle-là même qu'il a longtemps étudiée et qui l'a toujours fasciné : la maladie dont est atteinte la jeune fille dans L'Exorciste.
    Cette histoire, c'est celle, véridique, du docteur Escudero. En relatant la vie de ce neurologue, Gabi Martínez donne à lire le système de santé et la réalité sociale de Barcelone. C'est le combat singulier, dans un monde globalement corrompu, d'un personnage inoubliable.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)En 1856, Eugène Rougon, un ancien avocat de province qui a contribué à faire l'Empire et que l'Empire a fait, se sentant proche de sa disgrâce, préfère prendre les devants et démissionner de la présidence du Conseil d'Etat. Mais ses amis ont besoin de lui, et sa chute les embarrasse. Ils s'inquiètent de le voir tromper son ennui par un projet de défrichement des Landes qui le conduirait à une sorte d'exil, et parmi tous ceux qui travaillent à son retour en grâce la plus active est la troublante Clorinde qu'il a refusé d'épouser.
    Dans la grande fresque des Rougon-Macquart, Son Excellence Eugène Rougon, que Zola fait paraître en 1876, est le roman du pouvoir et des solidarités d'intérêts qui appellent l'intrigue dans le grand monde de Paris où s'ourdissent les manoeuvres qui font et défont les carrières. Une fiction écrite sur un ton de comédie, sans histoire nettement dessinée, et qui s'écarte de la manière traditionnelle de l'écrivain et du naturalisme : « Il n'y a pas un mot de trop, écrit Flaubert à George Sand. C'est solide, et sans aucune blague. »

  • Ces textes ne constituent en rien une théorie du roman ; ils tentent seulement de dégager quelques lignes d'évolution qui me paraissent capitales dans la littérature contemporaine. Si j'emploie volontiers, dans bien des pages, le terme de Nouveau Roman, ce n'est pas pour désigner une école, ni même un groupe défini et constitué d'écrivains qui travailleraient dans le même sens ; il n'y a là qu'une appellation commode englobant tous ceux qui cherchent de nouvelles formes romanesques, capables d'exprimer (ou de créer) de nouvelles relations entre l'homme et le monde, tous ceux qui sont décidés à inventer le roman, c'est-à-dire à inventer l'homme. Ils savent, ceux-là, que la répétition systématique des formes du passé est non seulement absurde et vaine, mais qu'elle peut même devenir nuisible : en nous fermant les yeux sur notre situation réelle dans le monde présent, elle nous empêche en fin de compte de construire le monde et l'homme de demain. (A. R.-G.)

    Pour un nouveau roman a été publié en 1963. Ce recueil de textes, à visée polémique, reprend et combine plusieurs articles d'Alain Robbe-Grillet parus entre 1953 et 1963.

  • «J'obtins de mon père la permission de monter à cheval. Il fit confectionner pour moi un tchekmen de cosaque et me fit don de son Alkide. De ce jour, je fus le compagnon obligé de mon père dans ses promenades aux environs de la ville. Il tirait plaisir à m'apprendre à monter avec élégance, à me tenir fermement en selle et à manier adroitement mon cheval. Il disait que j'étais à l'image vivante de ses jeunes années et que j'eusse été soutien de sa vieillesse et l'honneur de son nom si seulement j'étais née garçon !»

    À 23 ans, Nadejda Dourova profite du passage dans sa ville d'un régiment pour suivre sa vocation : elle se coupe les cheveux, se travestit en cosaque et rejoint l'armée du tsar. À la suite d'un haut fait d'armes, Alexandre Ier, qui a appris son secret, la convoque...

    Nadejda Dourova (1783-1866) est la fille d'une noble famille russe.

    En 1836, fasciné par le personnage, Pouchkine publie les Mémoires de Dourova avec un immense succès. Aujourd'hui encore la vie de celle qu'on appela « la demoiselle cavalier » inspire les romanciers et dramaturges russes.

    Elle se distingue donc dans l'histoire de la littérature pour avoir embrassé la carrière des armes avant la carrière des lettres, recherchant la liberté que les convenances du monde lui refusaient.

  • C'est la rentrée à l'école de danse du Val-Doré. Jade et Leïla vont acheter leur nouvelle tenue. Mais la vendeuse remet à Jade de magnifiques chaussons qu'une mystérieuse dame a laissés à son intention. D'où viennent-ils et quelle est leur histoire ?

  • « Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l'heure. On ne sait pas d'où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l'improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille. Ils : les personnages. On ignore tout d'eux, mais d'emblée on sent qu'ils vont durablement imposer leur présence. » S.G.

    D'où viennent les personnages des romans et quel chemin suivent-ils dans l'esprit de l'écrivaine ? C'est de cette question que naît une réflexion passionnante sur l'inspiration, née à la fois en soi et en dehors de soi, à la manière de ces personnages surgis de nulle part et pourtant si présents. Créatures immatérielles qui s'incarnent progressivement, jusqu'à sembler échapper au contrôle de leur autrice, ils sont à l'origine du processus d'écriture, participent au surgissement de leur monde. Et c'est sous leur mystérieuse emprise que la romancière se met au travail.

  • Jacques de Molay fascine. Parmi les vingt-trois grands-maîtres qui se sont succédé à la tête de l'ordre du Temple entre 1120 et 1312, il est sans doute le seul dont le public conserve la mémoire. Les Rois maudits de Maurice Druon l'ont immortalisé et de récents supports, du Da Vinci Code à Assassin's Creed, ont répandu son nom dans le monde entier. Pourtant, s'il est ancré dans le mythe, Jacques de Molay n'a guère captivé les historiens. Il est un « inconnu célèbre », d'ordinaire déprécié, sur lequel bien des incertitudes persistent jusque pour ses dates essentielles - sa naissance, son élection ou même sa mort. Les traces de son action, toutefois, sont loin d'être indigentes. Ce sont ces sources, étudiées de façon systématique et confrontées aux différentes mémoires existantes, qui offrent de jeter un nouvel éclairage sur le grand-maître : débarrassé des stéréotypes, Jacques de Molay peut enfin sortir de l'ombre. Trois parties structurent le livre. La première traite des images du dignitaire, révélant comment, à partir du début du XIXe siècle, un archétype du héros tragique s'est mis en place. La seconde, par-delà le personnage, s'attache à l'homme et elle analyse son parcours pour établir la manière dont il s'est élevé jusqu'au sommet du Temple au sort duquel, de la Terre sainte aux geôles de Philippe le Bel, il s'est identifié. Les engagements de Jacques de Molay, enfin, sont au coeur de la troisième partie. Le soutien à l'Orient latin et la défense de son ordre, qu'il s'est efforcé d'adapter au mieux à une conjoncture lourde de périls, ont été les priorités d'un homme ferme et entreprenant, bien loin de l'incapable que trop d'auteurs décrivent. Ainsi, jusque dans la tourmente du procès du Temple, il a cherché à parer au risque, à sauvegarder son institution et, une fois résolue puis arrêtée la perte de celle-ci, à en préserver la mémoire face aux juges et à la mort : il le fit, le 11 mars 1314, en rétractant des aveux arrachés six ans et demi plus tôt par la torture, prêt à affronter le bûcher et à réaliser ce sacrifice ultime de sa vie dont la postérité l'a vengé en y trouvant, au fil des siècles, l'assurance croissante du martyre.

  • "Gens du réel, cessez de vous prendre pour des agents de la réalité ! "
    Un homme entre, déroule une cosmogonie de mots qui convoque les brins d'herbe et les supermarchés, les chiffres de hasard et les jeux d'enfant, les pierres et les bêtes, la mort et l'étonnement de naître, de vivre et donc de parler.
    Un Chanteur en Perdition enchaîne comptines « comptant pour rien », explore l'antimonde, rivalise en paroles avec L'Ouvrier du Drame, sorte de maître de la créature parlante. Spectacle forain, drôle et terrifiant, de la parole telle qu'elle se déroule chaque jour. L'Homme hors de lui reprend la mise en abîme...

  • Que peuvent bien avoir en commun Lucky Luke, Bridget Jones, Tyrion Lannister et Mary Poppins, avec Emmanuel Kant, Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, et Friedrich Nietzsche ?A priori... rien. Et pourtant, tous ces héros à la personnalité attachante et au charisme inimitable agissent - consciemment ou non - avec philosophie lorsqu'ils affrontent l'adversité, défendent leurs valeurs avec dignité et font leurs choix avec témérité.
    (Re)découvrez la pensée des plus grands philosophes à travers une quarantaine de personnages qui ont bercé votre enfance, vous ont tenus éveillés des nuits entières, ont séché vos larmes, et vous font rêver d'un monde meilleur...

  • James Miranda Barry fut médecin militaire, chirurgien avant-gardiste, inspecteur général des hôpitaux de Sa Majesté et... l'un des plus grands imposteurs de tous les temps.

    Au moment de sa mort en 1865, au terme d'une carrière de plus de quarante ans au sein de l'armée britannique, James Miranda Barry n'a pas eu droit aux honneurs dus à son rang. Les autorités militaires ont plutôt jugé bon de l'enterrer à la sauvette, dans un coin reculé d'un cimetière quelconque. Car le scandale qui éclata à sa mort était d'une telle ampleur, qu'il devint la principale raison pour laquelle Barry passerait à l'histoire, reléguant dans l'ombre presque tout ce que le médecin avait mis tant d'efforts et d'années à accomplir.
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    Dans chacune des colonies où on l'avait posté, James Barry avait fait tout en son pouvoir pour améliorer les conditions de vie et les soins de ses patients. Il avait forgé sa réputation sur une pratique nouvelle et moderne de la médecine, par sa spécialisation dans les domaines de la chirurgie, des maladies tropicales, de l'obstétrique, du traitement de la lèpre et des maladies vénériennes. Sur trois continents, Barry a imposé des nouvelles conditions sanitaires, des méthodes révolutionnaires de quarantaine, des diètes alimentaires, ainsi que des traitements efficaces contre les plus terribles maladies connues à l'époque. Sans contredit, les réformes de James Barry ont sauvé des milliers de vies à travers le monde.

    Mais pourquoi a-t-on profané ainsi la mémoire d'un brillant médecin, dont les accomplissements n'avaient d'égal que la controverse dont Barry aura été l'auteur presque tout au long de sa vie? Sylvie Ouellette retrace ici la vie et la carrière d'un être humain hors de l'ordinaire, qui n'était absolument pas ce que ses contemporains auraient pu croire.

  • « Quelle est la consistance d'un personnage que la mode fait et défait ? » interroge d'emblée Françoise Coblence, au commencement de sa minutieuse enquête sur le dandysme. Le terme lui-même est déjà une énigme étymologique : anglais ou français d'origine, nul ne le sait avec certitude. Et l'incertitude demeure à propos du personnage inventé par le « beau Brummell » à la fin du XVIIIe siècle. Ce « monarque de la mode » tant célébré, à la fois adulé et craint à l'époque de sa superbe, mondain superficiel et prétentieux, littéralement inimitable, se réduit-il à cet « androgyne de l'histoire » décrit par Barbey d'Aurevilly ? Ou bien faut-il le hausser au rang de « héros des temps modernes » comme le veut, en connaisseur, Charles Baudelaire, tout prêt, au demeurant, à le qualifier aussi d'« Hercule sans emploi » ? Toutefois, cet élégant, insolent et impertinent, affecté dans son maintien et son esprit, fashionable fascinant et personnalité indéfinissable, est autre chose qu'un simple gandin ou un muscadin ridicule. Au fil des portraits esquissés avec minutie par Françoise Coblence, émergent, après Brummell, d'autres types caractéristiques, ainsi ceux du dandy mondain, littéraire, ou politique. Mais il n'est pas certain que de telles figures, en apparence plus consistantes, parviennent à effacer totalement l'image confuse et mouvante de ces personnages dont la principale qualité est justement de n'en avoir aucune.

  • Imaginez.

    Vous êtes plutôt jeune, plutôt pauvre, plutôt patibulaire. Un jour vous héritez de la maison de vos parents. Dans la maison un escalier descend à la cave. Dans la cave vous découvrez la maquette d'un village. La maquette est habitée. Y vivent sept nains, un squelette, un prisonnier, un obsédé sexuel, une ancienne prostituée, une femme battue, un terroriste, deux garçons qui trouvent un revolver, et beaucoup d'autres gens.

    Ce qui fait de vous un Dieu.

    Le Dieu le plus minable de l'univers.

  • Et la voilà, l'étoile qui me guide en toutes circonstances : le rêve. Pour moi, la vie est un gros gâteau, avec des tranches de réalité et des tranches de rêve. Ce sont ces dernières que j'avale avec le plus d'appétit, et ça depuis l'enfance.
    Bien sûr, au fil des temps, j'ai abandonné l'idée d'être Tarzan ou Geronimo, et après quelques années de latence, j'ai trouvé, après avoir découvert Danny Kaye, le « truc » : devenir acteur. Ainsi, je pouvais continuer à poursuivre mes rêves d'enfance, jouer à être un autre. Vivre mille aventures à travers les personnages que j'interprétais. Je suis devenu publiciste, avocat, assistant social, psychanalyste, mais à ma façon. Seulement voilà, être comédien, c'est quoi ?
    /> Donner vie à des personnages que vous n'êtes pas, avec le plus de réalisme possible, de vérité surtout. Et paradoxalement, c'est toujours moi qu'on retrouve derrière ces personnages et non le contraire. C'est peut-être pourquoi j'ai toujours douté d'être un comédien. C'était toujours moi, confronté à des situations comiques : distrait, inadapté, malchanceux, timide.

  • Résistant ; arrêté ; condamné à mort puis gracié ; puis déporté dans un camp au bord de la Baltique ; puis évadé ; puis engagé dans les parachutistes britanniques pour ce qui sera, en Hollande, parmi les plus durs combats de la Libération ; à la fin de la guerre Gatti se lance dans le journalisme. Le jour, il court les salles des tribunaux. Fait enquête sur enquête. Mais la nuit, il redescend dans le camp. Il écrit Bas-relief pour un décapité. Une oeuvre (roman ? poème ?) dont il ne reste que quelques pages. Pour tenter de conjurer les démons du camp. En vain. L'enfant-rat porte l'empreinte vive de cet échec comme de l'impossibilité de faire taire la voix qui, obstinément, convoque l'ancien concentrationnaire sur la place des appels du camp. Sur cette place des appels, il n'y a plus d'hommes. Que des chiffres. Des matricules. Dans « L'enfant-rat » aussi. Chaque personnage est un chiffre. Mais c'est pour tenter d'inverser les signes de la défaite. Ce qui dans le camp niait chaque existence devient dans la pièce possibilité d'existences multiples.

  • Ce livre est d'abord la chronique d'une campagne, celle de Jack Lang pour être élu député des Vosges en 2012, qui s'est soldée par un échec. L'auteur décrit avec mordant l'ambiance d'une campagne électorale, ses coups durs, ses coups bas, ses réussites et ses joies. Il s'agit aussi d'analyser la vie politique actuelle, la force des médias qui figent une image, les éléments de langage, les modes, les comportements formatés. L'auteur déplore le manque de légèreté, d'humour, de plaisir, en politique. Ce livre se lit d'une traite, on connaît déjà la fin de l'histoire, pourtant on ne sait pas le reposer avant d'avoir lu la dernière page. Parce qu'il est une véritable bouffée d'air, écrit comme un polar populaire, dans ce qu'on fait et dit de la politique aujourd'hui.

  • À partir d'une « étude analytique » de Balzac, parfaitement conforme à l'ambition de l'auteur de « La Comédie Humaine » d'étudier l'humanité comme un zoologue les animaux, Jean-Marc Chotteau nous propose, sous la forme d'une comédie, la dissection d'un couple dans la quotidienneté de « ses petites misères » : des bouderies de Madame aux tromperies de Monsieur, de l'ennui obligé des maisons de campagne aux promenades en voiture du dimanche avec la belle-mère... Comme dans « Bouvard et Pécuchet », une peinture féroce mais irrésistible de la médiocrité... Mais le rire est ici teinté d'amertume : sur scène au milieu de ses créatures comme il l'est à chaque page de son « étude », Balzac en personne est le triste héros de cette « comédie des comédies » où, pathétiquement, par l'acte vengeur de sa création, il cherche à se consoler peut-être de ne pouvoir vivre lui-même l'histoire de ménages heureux.

  • Mexico ne comptait pas, il y a un siècle, parmi les dix villes du monde les plus peuplées. En quelques décennies, phagocytant le reste du pays, Mexico n'a cessé de s'acheminer vers une monstruosité aujourd'hui sienne dans l'écriture, et s'est pétrifiée dans un chaos en marche. Le paradoxe est formidable. Dans la fiction, celle qui est devenue le chancre de l'Amérique répand sa décomposition. Faisant le vide autour d'elle, ces quarante dernières années, Mexico s'est dressée face à elle-même. La ville enferme le personnage dans un corps à corps de plus en plus menaçant, elle se consume et s'asphyxie dans sa démesure, d'un seul coup figée dans l'unicité d'un cataclysme en devenir. En cette présence monumentale et chaotique sourd, tout ensemble collectif et individuel, l'échec d'un monde avili par l'incurie et le mensonge. Mexico DF... une société s'égare dans une multiplicité de voix qui, loin d'être une richesse, exhale une touffeur confuse. Quarante années d'écriture ont donné deux naissances à Mexico : elle s'est découverte comme monstre de la seconde moitié du vingtième siècle et comme création de l'écrivain. En même temps qu'elle s'est affirmée dans son gigantisme, elle a fait de la parole, de l'écriture, un acte à l'échelle de sa démesure.

  • À l'heure de la chute du Mur de Berlin, un préjugé tenace voudrait que l'engagement de Sartre, type même de l'intellectuel inauguré par Zola, n'eût été qu'une comédie des erreurs. La lecture de Les Mains sales permet de bousculer cette image d'Épinal trop commode. L'un des ressorts de la pièce est, en effet, la distinction entre situation simple et situation complexe. Le choix alors (sous l'Occupation allemande) était facile - même s'il fallait beaucoup de force et de courage pour s'y tenir. On était pour ou contre les Allemands. Aujourd'hui (1959) - et depuis 1945 - la situation s'est compliquée. Il faut moins de courage, peut-être, pour choisir, mais les choix sont beaucoup plus difficiles. Ici, Sartre plonge ses personnages, Hoederer, Hugo et Jessica, dans une situation où les jeux ne sont pas faits, celle de la Guerre froide. À cette complexité, a succédé celle, plus inextricable encore, de notre présent, qui ne semble pas même requérir le choix. Hugo, Jessica surtout, personnages en mouvement autour d'un Hoederer immuable, représentent sur la scène une complexité qui est devenue celle des années quatre-vingt-dix, et avec laquelle ils nous invitent à nous colleter.

  • Ce livre pourrait aussi s'intituler : Réponses à tous ceux qui m'ont écrit Chaque jour, en effet, apporte à Bernard Clavel des lettres par dizaines. Venues de parents, d'enfants, d'étudiants, d'enseignants. Venues de Paris, Prague, Berlin, Québec. Et chargées de questions sur l'homme, sur l'oeuvre... Pour leur répondre, il faudrait à Clavel des jours et des jours. Or, il est tout à ses romans, en proie aux personnages, aux phrases, aux mots mêmes. Adeline Rivard s'est voulue comme un relais entre l'écrivain et ses lecteurs : "Je lui ai posé toutes les questions que vous lui aviez déjà posées... que vous avez envie de lui poser." Et d'ajouter : "Je crois pouvoir affirmer... qu'au terme de cette lecture vous connaîtrez mieux Bernard Clavel que la plupart de ses intimes." Voici donc la vie et l'oeuvre d'un homme livrées tout entières.

  • Des réflexions diverses pour une théorie du modèle appliquée au sciences physiques et humaines sont en appendice.

  • « Survie » c'est l'histoire d'une boutique de frites au bord de la RN12 un matin de juillet... Non, c'est l'histoire de Roger-Roger chef de gare du train-train de la vie... Non, c'est celle du commissaire à la cour des contes en quête de cadavres exquis... à moins que ce ne soit celle de la Terre et du Monde... En fait, « Survie », ce sont des histoires qui n'en font qu'à leur tête, des vies en « porte-à-faux », des personnages à corps perdu qui défendent chèrement leur peau de chagrin... « Survie », c'est aussi l'histoire d'un conteur piégé par les mots et qui se retrouve, au fil du récit, la langue bien pendue.

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