• John Cowper Powys se défie de l'affliction autant que de la sérénité. Le philosophe avance, en funambule, sur un fil tendu au-dessus du gouffre de la solitude. Dans une approche présentée comme « libre, sceptique et indépendante », il se propose de « retourner aux sensations fondamentales de la conscience planétaire ». Pour ce faire, en grand érudit, il invoque les présocratiques, Rousseau, le stoïcisme, et renoue avec les philosophies orientales, deux décennies avant la Beat Generation.

    Mais l'auteur se fait surtout intraitable critique. Son désir de « rappeler la philosophie », comme sa dénonciation de l'impuissance des grands systèmes philosophiques, résonnent avec force. La recherche de la solitude et le mépris du destin font dès lors office de vaccin contre l'amertume de l'existence.

    John Cowper Powys est né en Angleterre en 1872 dans une famille de onze enfants. Il oriente ses premiers écrits vers la recherche poétique, puis officie de nombreuses années comme conférencier aux États-Unis. Notamment célébré pour ses romans, il est aussi l'auteur d'une riche oeuvre philosophique. Plusieurs fois nommé pour le prix Nobel de littérature, il fut admiré par des personnalités aussi diverses que Glenn Gould ou Henry Miller.

  • "Toutes les mythologies parlent, soit d'un centre original du monde, soit d'un arbre sorti de terre et qui gagne le ciel, soit d'un mont sacré, en tout cas d'une possibilité de communication avec l'au-delà. Or, il faut que cette possibilité existe, que l'arbre ou la montagne soit là pour de vrai, au même titre que l'Éverest ou le mont Blanc. C'est ce que pense l'auteur du récit et il réunit une expédition pour découvrir le mont Analogue. La description des membres de l'expédition permet à René Daumal d'exprimer sa fantaisie. La base du mont est finalement découverte : c'est la courbure de l'espace qui empêchait de la voir. Le récit est inachevé, mais il est assuré que l'expédition, qui a disparu à nos regards de lecteurs, poursuit son ascension.
    Naturellement, les personnages et les circonstances du Mont Analogue sont symboliques : telle est la littérature quand elle se veut utile à l'homme. Dans la circonstance, elle éveille doublement, car toutes les phrases portent. Cela tient à l'intelligence très personnelle de René Daumal et à ce qu'on pourrait appeler son lyrisme de l'ironie."
    Roger Nimier.

  • Orze, un village bombardé en 1916, a été transformé depuis en zone rouge interdite au public. Des fouilles archéologiques y révèlent une activité géomagnétique anormale et les vestiges d'un ancien culte chthonien. Ceux qui s'y rendent en reviennent inexplicablement changés. Trois inconnus - Laszlo Assenzio, surnommé Little Nemo, le premier « spacien », Adna Szor, une musicienne en deuil, et Sylvia Pan, une femme en quête de racines - se confrontent tour à tour aux mystères d'un territoire marqué par les révolutions croisées du règne naturel et de l'homme.

    Roman-monde d'un éclat sombre, juxtaposant les époques, L'Enigmaire explore les arcanes du vivant et nous invite à repenser la violence de la création et celle de l'homme. En un hommage à Andreï Tarkovski, il donne voix à l'esprit des lieux. Et couronne un travail de réflexion poétique autour du rapport au terrestre s'articulant autour de deux pensées, celle d'Elisée Reclus : « L'homme, c'est la nature prenant conscience d'elle-même » ; et celle de Gary Snyder : « Les profondeurs de l'esprit, l'inconscient, sont nos propres étendues sauvages ».

    Franco-irlandais, Pierre Cendors est né le 17 décembre 1968 en Haute-Savoie. Après des études d'Art, à Lyon, il se consacre à la littérature, résidant entre l'Irlande et l'Ecosse de nombreuses années. Vit en Picardie. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, romans nouvelles et poésie : au Tripode Silens Moon (2019), Vie posthume d'Edward Markham (2018), Minuit en mon silence (2017), Archives du vent (2015), et chez Finitude Adieu à ce qui vient (2011), L'homme caché (2006), Engeland (2010).

  • " Au vingt-sixième jour, le coeur se mit à battre. " Un roman à l'imaginaire débridé, une satire féroce de la Russie soviétique et post-soviétique, un représentant remarquable du réalisme magique, offrant une lecture de l'état des choses dans le pays à travers des images saisissantes où le surnaturel se mêle au poétique, au grotesque et au baroque. " Au vingt-sixième jour, le coeur se mit à battre. "
    En 1964, Léonid est un foetus doué de conscience qui livre avec humour ses réflexions depuis le ventre de sa mère. Celle-ci morte en couches et son père disparu, le petit passera son enfance oublié de tous dans un orphelinat, où il se découvrira certains dons et un goût très personnel pour la vengeance.
    En 2005, Angelina, 82 ans, sniper à la retraite capable de pressentir la mort des hommes, héroïne de la Grande Guerre patriotique, se lance dans une quête de jouvence. Son médecin est formel : si sa peau est ridée et détendue, ses cellules ont gardé la vitalité de ses vingt ans...
    Que peut-il advenir d'une rencontre entre Léonid et Angelina ? Nul autre que Lipskerov n'aurait su concevoir des destinées où se mêlent métaphysique, érotisme et aventures fantastiques.
    Dmitri Lipskerov, né en 1964, est l'un des écrivains les plus marquants de la Russie actuelle. Représentant remarquable du réalisme magique, il offre sa vision de son pays à travers des images saisissantes où le surnaturel se mêle au poétique, au grotesque et au baroque. Son roman "Le Dernier Rêve de la raion" a reçu le prix Imaginales 2019.
    " Dmitri Lipskerov s'impose comme le digne héritier de Gogol et de Boulgakov. "
    Le Matricule des Anges

  • Rituels

    Philippe Charlier

    Scarifications, tatouages, transes, sorcellerie, envoûtements, inhumations : le médecin-légiste qui a popularisé sa discipline à la télévision exhume le fond anthropologique inédit du musée Branly. Une superbe leçon sur les origines en 60 photos époustouflantes et commentées.
    Les rituels sont un lien entre l'Homme et ses dieux. Face à l'inconnu (maladie, mort, lendemain), ils sont une façon d'organiser le chaos, de " savoir quoi faire ", d'éloigner la peur et d'affronter les épreuves. Mais comment passe-t-on du profane au sacré ? Quelle est l'histoire du rituel, son ancrage, sa raison d'être ? Quelle fonction occupent chamans, guérisseurs, hommes-médecines ? Quels supports servent à ces échanges verticaux, entre l'humain et le divin ? Comment comprendre la signification précise des gestes millénaires qui se répètent et se transmettent de génération en génération, de maître en initié, de père en fils ?
    Dans cet essai rassemblant de nombreuses cultures issues des cinq continents. Philippe Charlier entraîne le lecteur dans une description et une analyse originale de ces rituels du quotidien et de l'extraordinaire, illustrés par des clichés rarement reproduits, issus du fond d'archives photographiques du musée du quai Branly - Jacques Chirac.

  • Alors que nous sommes confrontés à une crise sans précédent, alors que bon nombre d'entre nous mobilisent toutes leurs ressources pour traverser la tourmente, la solidité de nos raisons de lutter devient un enjeu vital. Mais tenir pour tenir n'a en réalité pas de sens. Il nous faut, pour cela, une cause plus profonde. Il nous faut, pour cela, l'espérance.Paul Valadier mène pour nous, dans ces pages aussi énergiques qu'inspirées, un magistral travail de discernement sur le véritable visage de celle-ci. Chemin faisant, il nous montre comment les épreuves, les échecs, les désillusions mêmes, peuvent nous le révéler. Ainsi ce livre ne traite pas seulement d'espérance : il exprime, en lui-même, un puissant témoignage personnel sur celle-ci.

  • 50 citations essentielles en lien avec le programme du bac !Vous voulez frimer dans les dîners avec de grandes phrases mais avez peur de dire une énormité ? Vous souhaitez donner du corps à vos devoirs de philosophie, mais ne savez pas comment ? Ou bien vous avez tout simplement envie de comprendre les citations que vous avez entendues des milliers de fois, mais dont le sens profond vous échappe ? Rien de plus simple ! Dans cet ouvrage, à travers 50 citations brillamment expliquées, vous comprendrez les 50 plus grands concepts inhérents à la philosophie.
    50 citations dont :
    o " Je pense donc je suis. "
    Descartes
    o " Dieu est mort. "
    Nietzsche
    o " Connais-toi toi-même. "
    Socrate
    o " Il n'y a pas de matière. "
    Berkeley

  • Achevée en 1440, La Docte Ignorance du cardinal Nicolas de Cues fait partie de ces livres qui ont profondément modifié le destin de la philosophie. Tirant les leçons à la fois de l'illimitation du monde et de l'éclatement de la chrétienté, il propose une singulière méthode de connaissance qui, par tout un jeu de coïncidences des opposés, de conjectures et d'approximations, défie les savoirs traditionnels et leurs certitudes démonstratives pour mieux penser l'infini et conjurer le scepticisme auquel il peut conduire. Conjuguant théologie, physique, métaphysique et mathématiques, l'ouvrage réussit à concilier la dignité de l'homme et l'univers infini de la nouvelle cosmologie. À partir de la tradition néoplatonicienne et de l'école mystique rhénane dont il s'est nourri, Nicolas de Cues, qui inspira des penseurs aussi différents que Giordano Bruno, Pascal et Leibniz, prend ainsi définitivement congé des vieilles métaphysiques de la création pour jeter les fondements de la modernité.

  • Un homme malade, à l'agonie, comprend la vanité de la vie qu'il a menée (La Mort d'Ivan Ilitch). Une vieille noble, ayant menti toute sa vie, s'obstine dans son mensonge au moment de mourir (Trois Morts). Un homme raconte comment, après trente-cinq ans d'une existence en apparence paisible, il a basculé dans la folie (Notes d'un fou).
    Ce volume rassemble des récits rédigés par Tolstoï pendant plus de trente ans, de son entrée en littérature aux années de rédaction de Guerre et Paix et d'Anna Karénine. Hantés par une angoisse existentielle et portant la trace, pour les plus tardifs, de la profonde crise religieuse et métaphysique qui ébranla Tolstoï à partir de 1879, ils dépeignent les hommes, dans leur misère et leur splendeur.

    Ce volume contient :
    Histoire de la journée d'hier
    Les Deux Hussards
    Trois Morts
    Polikouchka
    Kholstomier, histoire d'un cheval
    Ce qui fait vivre les hommes
    Les Trois Startsy
    Notes d'un fou
    La Mort d'Ivan Ilitch

  • Avec une grande clarté, Giuseppe Rensi expose les concepts et théories qui ont émaillé l'oeuvre de Spinoza. Pour cela, il n'adopte pas la distance du chercheur ou de l'exégète mais se glisse dans la peau du penseur pour en communiquer le point de vue essentiel. Il pose après lui les grandes questions métaphysiques, toujours d'actualité : Qu'est-ce que l'être ? ; Quelle perception avons-nous de la réalité ? ; Est-ce que la nouveauté existe ? Rensi s'attache à nous rendre accessible la pensée du philosophe hollandais en démontrant la cohérence de ses différentes thèses, qu'elles soient métaphysiques, anthropologiques, morales ou politiques. La définition de l'Être comme substance éternelle est le point de départ d'une trajectoire dont les contradictions ne sont qu'apparentes. En tentant de les résoudre, Rensi nous propose une réflexion philosophique à part entière en livrant son interprétation personnelle des apports du penseur hollandais. Il va même jusqu'à impliquer directement le lecteur dans sa réflexion en ancrant la philosophie de Spinoza dans l'expérience. Le souci pédagogique de l'auteur, son recours à des images et des analogies, son enthousiasme même, dynamisent et rendent actuelle la pensée de Spinoza.

  • René Descartes (1596-1650) est le philosophe français qui a inauguré la pensée moderne en fondant le savoir et la morale sur le moi pensant, et non sur une essence du monde antérieure et extérieure à la pensée humaine. Pour le mathématicien et le physicien Descartes, pour cet honnête homme refusant le scepticisme, la vérité fondatrice qu'est le « Je pense » ouvre, grâce à la méthode, sur d'autres vérités - physiques, métaphysiques et morales. Pourtant l'idée de l'existence d'un Dieu infini et vérace qui garantirait à l'esprit humain son pouvoir de juger droitement semble ôter après coup au Cogito son statut de fondement unique du vrai et du bien. Les tensions inhérentes au système cartésien ont nourri la critique de ses contemporains comme de la postérité, ou induit le voeu de simplifier le « cartésianisme ». Ainsi, selon Heidegger, Descartes aurait accordé à la raison humaine une « volonté de puissance » s'épanouissant dans la domination technique du monde. Pire encore, en inventant le « mythe de l'intériorité », il aurait, selon Wittgenstein, durablement fourvoyé la pensée moderne. Le présent ouvrage vise à déployer la complexité de la philosophie cartésienne, à interroger l'effort de Descartes pour concilier les deux mouvements de l'existence humaine : la liberté qu'a le moi de mettre à distance ses objets de pensée et son plaisir à ressentir son incarnation corporelle, pourtant inexplicable.

  • " Le Spectre d'Alexandre Wolf est avant tout un roman diablement et doublement... romanesque ! [...] Quelque chose de très russe et pourtant universel. " Philosophie Magazine

    Le narrateur, Russe émigré à Paris, révèle le secret qui consume son existence. Son adolescence fut profondément marquée par la révolution de 1917. À seize ans, alors qu'il combattait les bolchéviques aux côtés des blancs, il a tué un homme. Le souvenir de cet acte, si anodin en temps de conflit, le hante.

    Un jour, dans un recueil de nouvelles anglaises, il lit cet épisode conté du point de vue de sa victime. Dès lors, son " spectre " ressurgit derrière toutes ses rencontres dans le Paris nocturne et interlope qu'il arpente. Celui qu'il a vu mourir serait-il vivant ? Par quel hasard improbable son meurtre peut-il ne pas avoir eu lieu ? Sa rencontre avec Elena, une mystérieuse compatriote, dont il tombe éperdument amoureux, lui fournira peut-être le fin mot de l'énigme...

    Le Spectre d'Alexandre Wolf entremêle miraculeusement fantastique, métaphysique et roman noir. On pense à Dostoïevski ou à Pouchkine, mais aussi à Camus. Publié à l'origine dans une revue new yorkaise, traduit en français au début des années 50, il tomba dans l'oubli... Avant d'être enfin redécouvert.

  • Notre siècle se place sous le signe de la fin des totalités, de la dissémination, de la réalité atomisée, des multiplicités pures. Autrement dit, l'être prend congé de l'un. Mais il est aisé de constater que la domination n'a pas pris fin pour autant. La multiplicité à son tour impose son règne, qui a pour nom mondialisation. Ce n'est donc pas le multiple qui nous libère, mais au contraire l'un, si du moins celui-ci se libère de l'être comme l'être s'est libéré de l'un : une unité qui ne conduit donc pas nécessairement à l'unitotalité.
    À cette fin, Comme un nouvel Atlas noue le dialogue entre les trois grands philosophes (Plotin, Proclus, Damascius) du néoplatonisme, qui seul, dans l'histoire de la philosophie, a osé penser la différence radicale de l'un par rapport à l'être. Dans cette perspective, l'un apparaît comme une philosophie de la liberté, susceptible de répondre au primat actuel du monde sensible et du devenir autant et mieux qu'aux formes intelligibles et aux idées éternelles de la cosmologie antique à laquelle cette pensée originellement se rattache.
    Se définit alors un principe, qui tient et maintient le monde sans pour autant le déterminer et moins encore le dominer : un principe meilleur que la puissance.
    Pierre Caye, ancien élève de l'École Normale supérieure, directeur de recherche au CNRS, a consacré une part importante de ses recherches aux sources antiques de notre culture philosophique, artistique et politique. Il est aussi l'auteur de Critique de la destruction créatrice (Les Belles Lettres, 2015) dont le Nouvel Atlas donne les clefs métaphysiques.

  • Normalien, agrégé, docteur, enseignant à Nanterre, Pierre Maniglier, qui compte parmi les voix nouvelles de la philosophie en France, livre ici un panorama inégalé des enjeux anthropologiques contemporains.
    Où en est la philosophie aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'un " intellectuel français " ? Que veut dire hériter du xxe siècle ? Quelle philosophie pour le nouveau millénaire ? Pourquoi cet enthousiasme des jeunes générations pour la métaphysique ? En quoi le réchauffement climatique concerne-t-il directement les sciences humaines ? Peut-on encore sauver l'Europe ? Comment être un relativiste militant ? Telles sont quelques-unes des questions que traverse ce livre unique en son genre, entre dialogue socratique, entretien journalistique et discussion au coin du feu.
    Revenant sur le parcours d'un penseur dont l'oeuvre en construction traverse plusieurs langues et plusieurs disciplines, cette conversation dresse un tableau vivant et accessible de la philosophie française la plus contemporaine, de son histoire, de ses institutions, de ses débats actuels, tout en donnant la mesure d'une entreprise individuelle qui puise aux sources du structuralisme français pour aborder les enjeux du présent.
    Témoignage d'une génération et oeuvre singulière, ce livre s'adresse à toutes celles et ceux qui s'intéressent à la philosophie en train de se faire.

  •  « Qu'est-ce qu'une pensée ? La pensée d'une pomme est-elle mot ou fruit ? Fruit, il sera d'Ève ou de Cézanne. Mot, il s'écrira ou se prononcera à voix haute. Un geste, une chute engageront des pensées plus complexes, comme la peur de l'Apocalypse et la loi de la gravitation. La première femme avait déjà fait le geste inverse, de bas en haut, pour cueillir le fruit de la connaissance. Étrange métrage des pas d'un Virgile, qui permet à l'homme de connaître ce qu'il arpente : sa mère d'abord, puis la terre et l'enfer.

    Expériences sensitives, accès d'abstraction, fantaisies d'artiste ou jaillissement délirant, tout sort d'une même fabrique mentale. "Replongez-vous, pensées, au fond de mon âme", disait Richard III.

    Quand le silence d'une séance décide l'analyste à poser la question d'usage : "À quoi pensez-vous ?" l'analysant étendu sur le divan commence une phrase, puis s'interrompt : "Pourquoi me demander à quoi je pense ?" L'analyste hésite un instant : "Tant que vous ne vous entendrez pas le dire, me le dire, vous ne le saurez pas."

    Entre impensé et impensable, la pensée émerge et s'évanouit, se forme clairement ou défaille. De la formule d'un rêve à l'invention d'un nombre imaginaire, de l'obscurité d'une pensée du corps à l'écriture qui épouserait les pensées qu'elle fait naître, nous verrons les pensées sortir de l'ombre de l'insu. » S.R.

  • Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe, grammairien et penseur politique, cartésien immodéré selon Leibniz, a exposé la ""Méthode"" en lui donnant une forme géométrique rigoureuse, et douté de l'authenticité des livres de Moïse - ce qui lui a valu d'être excommunié de La Synagogue. On lui doit une théorie de la Substance radicale - Dieu est la seule substance, le seul être, le monde est l'ensemble des modes des deux seuls attributs divins que nous pouvons connaître: étendue et pensée - qui l'a fait passer pour panthéiste...

    Comment Spinoza, fils de marchand d'Amsterdam, est-il devenu philosophe? Comment a-t-il fait de la philosophie avec ceux qui le désiraient? Comment en a-t-il fait contre ceux qui l'en empêchaient? Et surtout comment en a-t-il fait avec ceux qui n'en faisaient pas? Telles sont les questions que l'on a voulu traiter ici, comme pour entrouvrir son oeuvre.

  • Y a-t-il une expérience de la santé ? La santé n'est-elle que l'absence de maladies ? Être en bonne santé, est-ce la même chose qu'être « normal » ? Dois-je attendre de voir ce que l'avenir me réserve pour juger de l'état de ma santé ? La différence entre santé et maladie est-elle une différence comme les autres ? Voilà certaines des questions que pose le présent ouvrage, grâce à une méthode qui croise la philosophie avec d'autres types de savoirs : la médecine, la biologie, mais aussi la littérature et les sciences humaines. Cette étude conduit à confronter l'approche issue de Canguilhem avec d'autres conceptions philosophiques moins connues en France : celles de Boorse, Engelhardt et Nordenfelt. Il en ressort que les notions de santé et de maladie sont d'un maniement extrêmement délicat du fait de leur imprécision, sans doute irréductible, et du poids idéologique qui est le leur. Elles n'en sont pas moins centrales dans notre expérience et dans les enjeux politiques d'aujourd'hui.

    Arnaud François est professeur de philosophie à l'Université de Poitiers. Ses recherches portent sur la notion de vie, notamment dans ses rapports à la question de la santé et à celle du travail.

  • Ce livre renouvelle le débat séculaire sur la possibilité de réduire la conscience à un processus neuronal. Il fait du lecteur l'arbitre de l'enquête, non seulement en tant que spectateur rationnel, mais aussi en tant qu'acteur apte à se reconnaître conscient aux moments décisifs de l'argumentation. Le fin mot de l'énigme ne se dissimulerait-il pas dans l'évidence que la question sur l'origine de la conscience a une conscience pour origine ?
    Au cours de cette investigation qui mobilise la phénoménologie, la métaphysique, les pratiques contemplatives, les neurosciences et la théorie de l'évolution, chaque thèse sur la conscience est alors mise à l'épreuve d'un questionnement lancinant : pour qui vaut-elle et dans quel état de conscience doit-on être pour la soutenir ? L'objectif n'est pas d'opposer entre elles les doctrines (physicaliste ou dualiste), les stratégies de recherche (objective ou réflexive) et les directions d'étude (physiologique ou introspective), mais de les rapporter aux postures existentielles divergentes d'où elles tirent leur pouvoir de persuasion.
    Une réflexion singulière sur et au coeur de la conscience.

  • Raymond Ruyer (1902-1987), philosophe situé à l'intersection des sciences et de la métaphysique - comme Bergson mais à distance de lui -, voit son oeuvre entourée par un étrange silence, exception faite de La Gnose de Princeton. Ruyer a développé une philosophie générale de la biologie (Éléments de psycho-biologie, La Genèse des formes vivantes) l'étude de l'invention des formes de la vie l'a conduit à une théorie de la causalité biologique, contestant le discours génétique. Parallèlement, il a cherché à tirer toutes les conséquences théoriques des révolutions de la physique du xxe siècle, notamment de la mécanique quantique, en construisant le finalisme qu'elles appellent. Réflexions inséparables d'une méditation ample, englobant une théorie de la conscience et du cerveau (La Conscience et le Corps), une philosophie de la valeur, une critique de l'utopie (L'Utopie et les Utopies) et l'une des grandes théologies rationnelles du xxe siècle (Dieu des religions, Dieu de la science). Élaborer un panpsychisme conséquent, dans l'héritage de Leibniz, tel a été l'objectif de ce philosophe à la langue toujours claire, qui a parcouru l'ensemble des savoirs de son temps. Forte d'une vingtaine de livres et de plus d'une centaine d'articles, cette oeuvre qui a influencé Merleau-Ponty et Deleuze, mérite qu'on s'y arrête. Le présent ouvrage expose pour la première fois la pensée de Ruyer dans son ensemble, depuis les grands traités du milieu de siècle comme Néo-finalisme jusqu'au manuscrit inédit de 1983, L'Embryogenèse du monde et le Dieu silencieux, et espère lui restituer son unité et sa signification propres.

  • Trois femmes exceptionnelles, Jeanne Guyon, Simone Weil et Etty Hillesum, trois vies marquées par l'expérience mystique. Chacune emprunte le long chemin du délaissement de soi, du dénuement, du renoncement à toute forme de satisfaction, pour parvenir à une parfaite « indifférence », une disposition à ne pas faire de différence, apprendre à tout accueillir avec la même générosité désintéressée, au-delà du bien et du mal.

    « Ce sont de belles âmes, si l'âme veut dire le courage à supporter l'intolérable de son monde. C'est à leur manière d'y faire tête que les amis se reconnaissent, disait Lacan. Ainsi les ai-je toutes trois choisies : ce sont des âmies. Avec chacune je me suis embarquée comme pour une traversée, me laissant transporter sans savoir vers quel port ou quel naufrage. J'ai connu avec elles de grands bonheurs, mais aussi d'amères déceptions et des chagrins sans consolation. [...] Guyon, Weil, Hillesum, nous serviront-elles de guides vers le pays respirable, le pays du réel dont elles eurent la passion ? » C. M.
    (« La Vie parfaite », Gallimard, 2006)

  • Gilles Deleuze (1925-1995), est une des figures les plus controversées et les plus séduisantes de la philosophie contemporaine. Sa pensée, synonyme pour beaucoup de l'événement-Mai 68, semble avoir été oubliée par les milieux philosophiques institutionnels. Génie rusé ou innocent tricheur: à quoi tient la singularité de ce penseur excentrique?

    Ce livre essaye de répondre à cette question en soutenant que l'inactualité et le décalage de Deleuze sont une conséquence de sa conception de l'être immanent, de son désir de coupler de façon systématique une philosophie ""égalitaire"" de la Pensée-Culture à une philosophie ""univoque"" de l'être-Nature.

    Dans cette perspective, les concepts deleuziens (intensité, synthèses, séries, corps-sans-organe, pli, réseau, rhizome, éternel revenir de la différence, etc.) sont éclaircis et rattachés, dans leur nouveauté, à la grande tradition philosophique occidentale.

    Apparaît alors une image presque classique de l'auteur de Différence et répétition, L'anti-Oedipe, Nietzsche et la philosophie et Spinoza et le problème de l'expression.

  • Troisième opus extrait de l'oeuvre de Theodor Gomperz Les Penseurs de la Grèce, après "Les Sophistes" et "Les Médecins", "Parménide et ses disciples" se présente comme une introduction générale aux origines de la Métaphysique et de l'Ontologie grecque en prenant pour objet d'étude sa plus éminente figure, le philosophe présocratique Parménide, fondateur de la doctrine de l'Unité, ainsi que ceux qui se réclamèrent de son école de pensée, Mélissos et Zénon d'Elée.
    Parménide (515 - 450 avant J.-C.) fut élève de Xénophane et fréquenta les disciples de Pythagore. À l'âge de 65 ans, il visite Athènes où il rencontre le jeune Socrate. Considéré comme le père de l'Ontologie (Théorie de l'Etre), sa vie et sa postérité immédiate nous sont peu connues.
    On le présente souvent comme l'éternel adversaire du grand Héraclite d'Ephèse car leurs thèses étaient totalement opposées: l'un affirmait le mouvement perpétuel de l'Etre (Héraclite) l'autre (Parménide) son absolue stabilité. Le platonisme peut être considéré comme une synthèse magistrale de ces deux propositions. Sa doctrine servira de fondement aux théories d'Empédocle d'Agrigente et de Démocrite d'Abdère (Ve siècle av. J.-C.).
    Parménide écrivit sa philosophie en vers; le peu qui nous en est parvenu se compose de longs fragments d'un poème didactique en hexamètres intitulé De la nature, plus connu sous le nom du Poème. Les plus grands philosophes, et notamment Heidegger, tiennent cette oeuvre pour un texte fondamental de la philosophie.

  • Jamais une société n'a été plus riche, plus opulente que la nôtre. Jamais l'espérance de vie n'a été plus haute. Jamais les occasions d'apprendre, de découvrir, de s'émerveiller n'ont été plus nombreuses. Et pourtant, jamais les niveaux de mal-être et de morbidité psychique ne semblent avoir été si élevés.C'est à la résolution de ce paradoxe qu'Henri Hude, dans cet ouvrage salutaire, s'attaque avec conviction. S'il le fait en usant des outils légués par la tradition psychanalytique, c'est en philosophe et en homme de foi qu'il montre que cette situation est causée par le rejet de l'Absolu. Ce dont nous avons besoin pour retrouver le sens du réel et de nos propres vies, c'est de nous enraciner à nouveau dans le Bien, et surtout dans la personne d'un Dieu qui aime les hommes.

  • De nobis ipsis

    Krystian Ogez

    C'est un véritable voyage que propose la lecture. Quand on lit en se voyant lire dans la salle, on ne voyage pas : on se trouve en train de lire. Alors que lire, vraiment lire, c'est plonger dans les programmes que nous présente l'auteur, en explorant ce qu'il a à nous offrir. Il s'agit là d'un voyage bien particulier : s'il peut procurer du plaisir - tout dépend de la douceur du style de l'auteur -, et même du bonheur - quand on voit que tout se suit dans un ordre qui ne pose pas le moindre problème - le livre de philosophie présente, quant à lui, une autre particularité. Car, ce qu'il propose, en nous faisant slalomer entre différents concepts, ou en nous amenant à plonger dans de vastes notions, c'est de la joie : celle de découvrir quelque chose à quoi nous pourrons repenser - quelque chose qui nous caractérisera.

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