• Que penser de Cronos dévorant ses enfants ? D'Athéna sortie de la tête de Zeus ou de Persée décapitant la Méduse ? se demande d'emblée Walter F. Otto. L'invraisemblance de ces mythes tend à maintenir une distance avec ce qu'ils entendent illustrer. Pourtant, le mythe est constitutif de notre être, il gît dans l'ombre quand la raison se déploie dans la lumière, comme le jour cède à la nuit. Il est aussi un garant de la poésie. Que l'on songe à Dante, Homère ou Goethe. Dynamique, le mythe apparaît créateur et appelle l'action. Avec passion, Otto révèle son essence et, par là, nous invite à comprendre ce qui, fondamentalement, nous anime, voire nous enthousiasme, au sens propre.

    Le philosophe et historien des religions Walter Friedrich Otto (1874-1958) est l'auteur de deux chefs-d'oeuvre, Les Dieux de la Grèce (1929) et Dionysos, le mythe et le culte (1933). Aux côtés de Karl Reinhardt, il est l'une des grandes figures de la philologie allemande. Son approche originale du paganisme et des mythes a permis de renouveler la connaissance de la civilisation grecque.

  • Non pas lire, mais dévorer les livres, en faire son souffle et son sang. Aimer, être à la hauteur de l'amour. Être grisé par la musique de Bach qui a « un goût d'éternité ». Contempler la beauté d'un tilleul, d'un ciel bleu, d'un paysage de Caspar David Friedrich. Avoir vécu avec Breton, Aragon, Bataille, Barthes, Bernard Noël, mais aussi avec tant d'écrivains et philosophes morts et pourtant si vivants. Avoir connu, grâce à eux et à sa compagne, Lola, sa « part d'infini ».

    Jérôme Peignot a 94 ans. Ma part d'infini est le roman de sa vraie vie. Car il s'agit, dans ce dernier livre, de l'espérance d'une mort heureuse.

    Né en 1926, Jérôme Peignot a publié en 1976 les Écrits de sa tante Colette, la « Laure » de George Bataille. Il est surtout connu pour être un grand spécialiste de la typographie - il est d'ailleurs le premier « typoète » - et pour avoir fondé la notion de musique acousmatique. Il est également romancier, poète, auteur de romans pour la jeunesse et pamphlétaire. Il a été un pilier du « Masque et la Plume », avant de produire « Les Chemins de la connaissance » et « Les nuits magnétiques ».

  • L'hymne ne désigne pas dans ce livre une forme poétique particulière mais l'ensemble des dispositifs que la modernité a dû abandonner pour se tendre. Le mouvement des essais qui le composent est celui d'une généalogie, moins au sens d'une perspective proprement historique qu'à celui d'une récapitulation faisant la part au caractère dispersé des indices. Les noms qui jalonnent cette recherche  Hlderlin, Büchner, Baudelaire, Leopardi, Stendhal ou, plus près de nous, Benjamin et Mandelstam définissent le réseau de sens où ces indices prennent consistance en se relançant les uns les autres. La Fin de l'hymne a précédemment paru dans la collection « Détroits » en 1991.

  • Ce livre est la réédition de l'ouvrage paru en 1976 dans la collection 10/18. Lequel chercha, plus qu'une anthologie, à être un feuilletage intensif du romantisme allemand et à donner, sur pièces, une idée de l'étendue et de la richesse du clavier de puissance sur lequel ce mouvement, qui inaugure la conscience de soi de la littérature, voulut jouer. Collection Détroits dirigée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe

  • En 2014, Marie-José Malis monte le chef-d'oeuvre d'Hölderlin, Hypérion, au festival d'Avignon. La voici, quelques temps plus tard, qui embarque pour New-York dans l'espoir de faire découvrir le poète allemand aux Américains... Le récit poétique, drôle, et terriblement vrai, d'une incompréhension mutuelle.
    Marie est passionnée par la mise en scène moderne, par l'échange intellectuel, par l'aventure artistique. Elle aime par-dessus tout l'inclassable Hypérion d'Hölderlin, dont elle a fait une adaptation très remarquée au festival d'Avignon, en 2014.
    Et voilà qu'on lui accorde une bourse d'écriture pour partir aux États-Unis !
    Direction New York - avec le fol espoir de faire découvrir l'obscur poète allemand du xixe siècle aux Américains hyper-connectés du xxie siècle...
    Malgré les quiproquos et les déceptions, malgré les désillusions suscitées par l'American Way of Life, deux rencontres changeront à jamais la vie et la manière de pensée de Marie : celle avec Emeritt-Flow, vieillard richissime, bien décidé à lui faire admettre que seul l'argent compte dans notre monde moderne ; et celle avec le désargenté John Edwards, si étrangement pâle, si triste, si beau.
    Mieux qu'une autofiction : un récit doux-amer sur le choc des cultures, et sur l'impossibilité de parler du passé à ceux qui ne savent pas sortir du présent.
    Un récit d'apprentissage qui se lit comme un roman d'amour.

  • « C'est que notre époque se trompe sur elle-même : elle se croit rationnelle et l'est fort mal ; révolutionnaire, et n'est sans doute que totalitaire. Le totalitarisme, ce virus, rend les uns euphoriques de bien-être et les autres enragés de destruction. Que faire alors, pour le salut de l'homme ? Que peut en particulier un poète, pour qui ce salut et la parole humaine ne font qu'un ? La même chose, toujours : forcer accès à la lumière jusqu'au coeur de notre nuit
    organisée contre elle. Il n'est d'espérance, de confiance en l'homme, d'authentique optimisme qui ne passe par cette nuit pour en débusquer notre nature et l'aiguillonner vers la vérité. »

    Ô mes frères dans les prisons vous êtes libres
    libres les yeux brûlés les membres enchaînés
    le visage troué les lèvres mutilées
    vous êtes ces arbres violents et torturés
    qui croissent plus puissants parce qu'on les émonde
    et sur tout le pays d'humaine destinée
    votre regard d'hommes vrais est sans limites
    votre silence est la paix terrible de l'éther.

  • La philosophie de Hegel ne peut pas être réduite à quelques formules logiques. C'est, en partie, la réflexion sur la pensée chrétienne, sur l'idée d'un Dieu fait homme, qui a mené Hegel à la conception de l'universel concret. L'étude de la formation de l'idée de la notion chez Hegel, et celle de « la conscience malheureuse », ne pouvaient pour nous se faire qu'après avoir examiné quel est son mode de pensée. Si l'on étudie un passage de Hegel, par exemple les pages de la Phénoménologie sur la conscience malheureuse, on ne peut pas ne pas être frappé de ce perpétuel renversement du pour et du contre, de ce passage du contraire au contraire, qui est un des traits les plus profonds de la pensée hégélienne...

  • Bien au-delà d'un simple répertoire d'auteurs et d'oeuvres, c'est toute l'histoire d'une époque qui nous est ici restituée. De la philosophie à la littérature en passant par la science, la religion, l'art, les romantiques allemands ont tenté de soumettre le monde à la combustion vive de la seule poésie. A travers les femmes qui les éblouissent, à travers les lieux qu'ils ont fréquentés, les revues qui se sont faites et défaites, nous revivons ici ce qui allait devenir la plus grande aventure intellectuelle de toute l'histoire littéraire allemande. Le monde du romantisme allemand propose sans doute pour la première fois en langue française une vue d'ensemble sur cette "nébuleuse en infinie dispersion" qui n'aura cessé jusqu'à nous d'alimenter l'imaginaire européen.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • J'écris par souci de la langue. Après qu'elle m'éclaire, j'aménage sa clarté. J'écris à la lumière du jour présent ; jour après jour, j'écoute la rumeur journalière de la langue. Je tiens journal de ses rumeurs. Elles entretiennent fantaisie ou fantasmes. Elles ne disent rien, ni de crédible ni d'incroyable : elles sont la substance ignée où brûlent les pensées. L'écriture des jours n'est pas vraie, ni elle n'est mensongère. Elle s'écrit dans la pensée des mythes anciens : ils ne disaient ni la vérité ni l'erreur, mais leur travail défrichait dans la langue des clairières pour la pensée.

  • c'est traditionnellement au VIIIe siècle que l'on place le véritable début de la littérature allemande ; c'est alors que se sont mises en place deux des bases sur lesquelles elle s'est édifiée. Par un processus très lent, que les linguistes appellent la deuxième mutation consonantique, dont ils situent le début vers la fin du VIIe siècle et qu'ils voient se prolonger jusqu'au XIIe, le haut allemand s'est séparé des autres langues germaniques et s'est imposé d'autant plus rapidement que la mutation s'est opérée dans le sud de l'Allemagne, là où se trouvaient les grandes abbayes bénédictines, dépositaires de la vie intellectuelle (Reichenau, Saint-Gall, Fulda) et que, en 768, un Franc, parlant un dialecte haut-allemand, est devenu empereur sous le nom de Charlemagne.

  • L'éducation suppose toujours l'autorité. En même temps, tout au long de l'histoire de la pédagogie cette autorité est contestée, plus par les théoriciens d'ailleurs, que par les maîtres. Parmi ces contestations, les plus connues sont probablement celles de Platon et de Rousseau. Georges Lapassade propose ici un nouvel examen des oeuvres de ces deux penseurs classiques de l'éducation, en montrant ce qui les rejoint dans une même démarche : la non-intervention de l'enseignant dans le développement de l'élève. Mais le principe : « N'intervenez pas » suppose un autre principe qui s'énonce ainsi : « Noli tangere ». Il est interdit de toucher au corps érotique de l'enfant, objet du désir du maître. Des scandales assez récents, des répressions ont mis dans l'actualité le problème du « corps interdit » à l'école. René SCHÉRER le rappelle en faisant l'inventaire de ces répressions dont il montre qu'elles supposent toutes un même interdit fondamental. À travers ces deux essais et dans leur succession, on peut lire l'histoire récente des luttes à l'école. Hier encore, c'était surtout une lutte anti autoritaire, celle qui explosait en mai 1968 dans la crise de l'autorité et des institutions. Aujourd'hui, c'est le même problème qui reste posé. Mais on aperçoit mieux que le pouvoir est enraciné dans les corps qui sont le lieu primordial de cette inscription et de cette répression.

  • Qui donc est Hlderlin, dont Heidegger nous dit - à la fin du premier texte des Holzwege - que « faire face à son oeuvre », c'est « la tâche dont les Allemands ont encore à s'acquitter » ? Et en quoi sa pensée est-elle si profondément - pour l'auteur de Sein und Zeit - pensée de l'Histoire, comme illumination d'un Présent ? En quoi, enfin, cette pensée culmine-t-elle poétiquement dans les traductions d'dipe et d'Antigone, et dans les Remarques qui les suivent, c'est-à-dire dans ce « dialogue poétique » avec Sophocle, auquel il se risque avant de disparaître aux yeux des hommes ? Voici ce que se propose de découvrir Jean Beaufret dans cet ouvrage paru en 1983.

  • Des pages sur la poésie, la solitude, la vie et la mort.

  • En apparence l'enjeu est clair, il s'agit de dépasser la métaphysique ou de la déconstruire pour retrouver la question primordiale du sens de l'être. Comment faut-il entendre la nécessité de ce " dépassement de la métaphysique " ? Heidegger a répondu à ces questions en mentionnant, de manière explicite, le " tournant " (Kehre) propre de sa pensée, lequel permet moins d'effectuer le " dépassement " (Überwindung) que l' "appropriation " (Verwindung) de la métaphysique. Après cet épisode du " tournant " que l'on peut faire remonter à 1930, Heidegger se dé-tournera de la métaphysique pour se consacrer à la pure pensée de l'être, dans laquelle la poésie, celle de Hlderlin en particulier, jouera désormais un rôle déterminant. Le poète précède toujours le penseur au coeur de cette forêt profonde qu'est l'Être. Pour Heidegger comme pour Dante, l'homme est un poème qui s'achève sous le regard scintillant d'une étoile.

  • Entretien avec Philippe Lacoue-Labarthe sur Friedrich Hlderlin. L'oeuvre et la vie de Hlderlin auront fourni le prétexte à bien des lectures, à bien des réécritures, engendrant d'autres livres, d'autres oeuvres à leur tour. Il y a donc bien une figure du poète, et une aura de l'oeuvre, qui sont profondément bien que peut-être confusément, imbriqués dans la stratographie textuelle de notre temps. L'entretien est suivi d'une biographie de Hlderlin.

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