• La scène se passe à Urbino, au palais ducal, à la fin du mois de juin 1502. Dans l'effet de souffle des guerres d'Italie, les petits États tremblent sur leur base ; ils seront à qui s'en emparera hardiment. Insolent et véloce comme la fortune, César Borgia est de ceux-là.Le fils du pape donne audience à deux visiteurs. Le premier est un vieux maître que l'on nomme Léonard de Vinci, le second un jeune secrétaire de la Chancellerie florentine du nom de Nicolas Machiavel.De 1502 à 1504, ils ont parcouru les chemins de Romagne, inspecté des forteresses en Toscane, projeté d'endiguer le cours de l'Arno. Un même sentiment d'urgence les fit contemporains. Il ne s'agissait pas seulement de l'Italie : c'est le monde qui, pour eux, était sorti de ses gonds.Comment raconter cette histoire, éparpillée en quelques bribes ? Léonard ne dit rien de Machiavel et Machiavel tait jusqu'au nom de Léonard. Entre eux deux coule un fleuve. Indifférent aux efforts des hommes pour en contraindre le cours, il va comme la fortune.Alors il faut le traverser à gué, prenant appui sur ces mots rares et secs jetés dans les archives comme des cailloux sonores.

  • Arno

    Thierry Coljon

    Quand il fit son entrée en Belgique par La Panne, Léopold Ier ignorait sans doute qu'il inaugurait la trajectoire Ostende-Bruxelles, ligne qui sera pour sa nouvelle partie fertile en nombreux rois des lettres et des arts belges. Un des plus baroques, un des plus "vrais" de ces souverains est à la fois une figure familière des Bruxellois et une icône nationale. L'homme qu'on croise régulièrement dans la rue et la star rock partagent un point commun : on les reconnaît sans les connaître. Grâce à l'article de Thierry Coljon, relu et augmenté par le chanteur en personne, Arno acquiert encore une nouvelle dimension à nos yeux, toujours plus joyeux au contact de cette oeuvre qui nous travaille les tripes. Comme à Ostende ou comme à Spa où je le vis sur scène, je me dis toujours : "Ça me parle. Oui, c'est du belge !"


  • Qu'ont en commun Jacques Brel, Salvatore Adamo, Pierre Rapsat, Maurane, Arno, Jean-Luc Fonck, Axelle Red, Saule, Suarez et Stromae, sinon de représenter en chansons et en français, chacun à leur façon, une certaine idée de la Belgique ? Depuis plus d'un demi-siècle, notre « pays petit » exporte un nombre exceptionnel d'artistes. Plus récemment, on assiste à l'affirmation grandissante d'une identité belge portée fièrement aux quatre coins de la planète, à l'image d'un Stromae formidablement créatif, original, actuel et symbolique. Peut-on pour autant parler de chanson belge ?

    Ce livre - dont une première version parut en 2001 sous le titre La Belle Gigue - est l'occasion pour nos plus grands artistes d'évoquer leur belgitude. De remonter le temps et de raconter la belle histoire de cette chanson française de Belgique qui ne cesse de trouver à Paris et ailleurs une audience de plus en plus grande.

    Entre Diables Rouges ravivant la flamme patriotique et inquiétudes pour un pays menacé par un nationalisme destructeur, ce livre de Thierry Coljon laisse parler ces chanteurs et ces chansons qui nous ressemblent.

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