Littérature générale

  • « Un matin, j'eus une curieuse révélation sur moi-même : Moktir, le seul des protégés de ma femme qui ne m'irritât point, était seul avec moi dans ma chambre. Je me tenais debout auprès du feu, les deux coudes sur la cheminée, devant un livre, et je paraissais absorbé, mais pouvais voir se refléter dans la glace les mouvements de l'enfant à qui je tournais le dos. Une curiosité que je ne m'expliquais pas bien me faisait surveiller ses gestes. Moktir ne se savait pas observé et me croyait plongé dans la lecture. Je le vis s'approcher sans bruit d'une table où Marceline avait posé, près d'un ouvrage, une paire de petits ciseaux, s'en emparer furtivement, et d'un coup les engouffrer dans son burnous. » André Gide (1869-1951), Prix Nobel, est notamment l'auteur de : Les Nourritures terrestres, La Symphonie pastorale, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs, Si le grain ne meurt, La Porte étroite, Feuillets d'automne, d'essais critiques sous le titre de Prétextes et Nouveaux prétextes et du célèbre Journal.

  • Dans la gueule du loup

    Adam Foulds

    • Piranha
    • 4 February 2016

    « Adam Foulds est l'un des meilleurs auteurs anglais de cette dernière décennie. » Julian Barnes Will, jeune Anglais naïf et inexpérimenté, s'imagine déjà en nouveau Lawrence d'Arabie lorsqu'il est affecté en Afrique du Nord après le débarquement des Alliés en 1942. Ray, prolétaire new-yorkais d'origine italienne, rêve d'une carrière dans le cinéma lorsqu'il se retrouve, simple fantassin, catapulté au plus près de l'horreur des combats. Cirò, parrain mafieux d'un village sicilien, s'exile à New York à l'arrivée des fascistes avant de revenir dans son île natale pour prêter main-forte aux Alliés. Si les chemins des trois hommes finissent par se croiser, il s'agit moins de raconter la guerre que de mettre en évidence la force de la trajectoire impitoyable de la violence. La beauté de l'écriture d'Adam Foulds, alliant un réalisme terrifiant et une imagination poétique sensuelle, évoque avec une grande justesse l'horreur, la brutalité et la banalité des aléas des combats.

  • Les Berbères, dit Ibn Khaldoun au XVe siècle, racontent un si grand nombre d'histoires que, si on se donnait la peine de les mettre par écrit, on remplirait des volumes.
    Les contes qu'on lira plus loin proviennent surtout de la région du Haut-Sébaou ; mais il est évident qu'en raison des innombrables contacts entre les montagnes de la Grande Kabylie et Alger, la localisation des textes ne saurait avoir une rigueur absolue. Les Kabyles conservent jalousement leurs traditions et leurs coutumes, mais ne se dérobent à aucune influence. On s'est souvent demandé dans quel rapport étaient le folklore kabyle et le folklore arabe. le problème est peut-être insoluble et même un peu vain. La phrase citée d'Ibn Khaldoûn semble bien signifier que, dans son esprit, les Berbères avaient de nombreux récits propres avant l'invasion arabe. Frobenius estime qu'une partie au moins du folklore kabyle, par son caractère, ses héros et son style, a des affinités avec l'Europe occidentale plutôt qu'avec l'Asie. Ce qui est par ailleurs certain, c'est que l'invasion arabe contribua à apporter en Afrique du Nord tout le cycle de contes que nous voyons constitué et souvent littérarisé dans l'Orient médiéval.
    Nous nous sommes efforcés de reproduire les contes tels qu'ils sont dits, sans y ajouter des fioritures littéraires et de vains délayages. il convient, semble-t-il, d'abord et avant tout que soient recueillis tels quels les vestiges des traditions populaires. Tout le travail littéraire ou d'érudition qui peut être fait autour d'eux doit d'abord respecter leur intégrité. Toutes proportions gardées, il faut, comme pour les livres saints, établir des textes authentiques et corrects (extrait de l'Introduction, édition de 1945).
    Émile Dermenghem, né à Paris (1892-1971) journaliste, archiviste et bibliothécaire. Nommé archiviste-bibliothécaire du Gouvernement général d'Algérie en 1942, il le reste jusqu'à sa retraite en 1962. Les contes kabyles recueillis auprès de Saïd Laouadi sont publiés initialement en 1945.

  • Samia est encore toute petite lorsqu'elle comprend qu'elle n'est pas la bienvenue dans cette riche famille musulmane où la présence d'une fille est une véritable punition d'Allah.

    Son père la domine, sa mère la rejette et ses deux frères aînés, conscients du traitement injuste dont elle est victime, ne peuvent rien pour elle. Elle est seule au monde, et lorsqu'on daigne s'adresser à elle, ce n'est jamais pour la porter aux nues.

    Elle n'a que seize ans lorsqu'on la marie malgré elle à un employé de son père. Un régime de terreur s'installe alors dans sa nouvelle demeure. Elle se tourne vers son père et sa mère pour obtenir de l'aide, mais elle reçoit toujours la même réponse: elle est une femme, et une femme doit respect et obéissance à son mari en n'importe quelle circonstance.

    Battue et violée à répétition, Samia ne peut s'appuyer que sur elle-même pour se sortir de ce cauchemar qui n'en finit plus. Les années passent et la situation ne fait que se détériorer. De surcroît, l'Algérie a basculé dans l'intégrisme religieux; l'usage du chantage et de la peur est devenu quotidien.

    Samia, maintenant mère de plusieurs enfants, n'a désormais qu'une seule idée en tête: fuir vers la liberté ; fuir pour respecter sa promesse faite à ses petits qu'un jour la lumière et la paix seront au menu tous les jours de leur vie.

    Mais sa route est jonchée de milliers d'obstacles et de dangers mortels...

  • Ce n'est pas un roman d'aventures ; c'est le récit de l'odyssée de ces hommes et de ces femmes qui, fuyant la misère et le chômage, avaient fait le choix d'émigrer vers l'Afrique du Nord plutôt que vers les États-Unis, le Canada, l'Australie, l'Argentine ou la nouvelle Zélande. Cette histoire commence il y a juste deux siècles.
    Ils étaient de France, des Baléares, d'Espagne, de Suisse, d'Italie, de Malte et d'ailleurs ; certains comme Barthélémy arrivèrent à El Djezaïr plus de dix ans avant la conquête et vécurent le débarquement à Sidi-Ferruch à côté des Turcs.
    Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, dans le déroulement de cette histoire homérique, tout est vrai.
    C'est également un récit historique très étayé des conditions de "la conquête". On y trouve beaucoup de références à des documents originaux de l'époque, qui nous amènent à une réflexion sur l'attitude de la France pendant cette période. Les conséquences de décisions prises il y a près de deux siècles nous apparaissent encore aujourd'hui.

  • Pendant longtemps, sous son voile, Samia a tremblé de peur, comme des millions de femmes dans sa situation à travers le monde. Jusqu'à ce qu'elle prenne une décision qui a changé sa vie. Fuir l'Algérie, contre vents et marées, contre traditions et soumission. Se sauver, elle et ses cinq enfants, dont ses deux filles, qui auraient à subir sûrement le même sort, si elles restaient sous l'emprise de leur famille.

  • Le succès de son reportage sur le bagne de Cayenne (Au bagne) décide Albert Londres à s'intéresser à d'autres geôles de la République.
    Il s'agit cette fois d'enquêter sur les bagnes militaires, situés pour la plupart en Afrique du Nord et dépendant du ministère de la Guerre. Malgré l'hostilité de la hiérarchie militaire, le grand reporter sillonne le Rif, recueillant les doléances des soldats bagnards. Sous le titre Biribi, son reportage est publié au printemps 1924. Pour répondre à la pression de l'opinion publique, le ministre de la Guerre se voit contraint d'envoyer sur place une commission d'enquête, et ce sera bien grâce à Albert Londres que les bagnes militaires et leurs odieux " travaux publics " seront définitivement supprimés en France.

  • Autobiographie de Norah Shariff qui risque de créer des remous, le livre Les Secrets de Norah nous amène dans un monde dur, rempli d'obstacles s'interposant entre sa famille immédiate et la liberté. En effet, elle a grandi dans un enfer créé à la fois par les comportements abusifs et violents d'un père dégénéré, les stricts préceptes de ses grands-parents, et dans un système religieux opprimant. Elle-même victime des conjonctures, Norah cherche malgré tout à constamment épauler, voire surprotéger sa mère, qui subit quotidiennement un véritable calvaire où la violence tant physique que psychologique est de mise. Avec le temps, Norah se rend bien compte qu'elle est en train d'y laisser sa vie en entier. Cependant, sa force de tempérament et son audace seront ses deux clés maîtresse pour se libérer de ses horribles entraves.

  • On sait à quel point la question des langues est aujourd'hui cruciale au Maghreb, où elle exprime à la fois l'enjeu présent du pluralisme, dans toutes ses dimensions, et celui de l'héritage colonial, toujours lancinant, dans un moment où les rapports à l'Europe revêtent une particulière acuité. On connaît moins les racines historiques de ces questions et des débats qu'ils suscitent, toujours traités à l'aune de situations contemporaines. Cet ouvrage collectif fait le point sur l'état le plus récent de ces problèmes et de ces débats, tout en analysant les processus historiques qui ont conduit à ce rapport si douloureux et conflictuel à la langue ; il met en évidence les multiples configurations linguistiques, aujourd'hui oubliées, voire occultées, qui ont produit l'actuel paysage linguistique maghrébin. Les auteurs restituent ainsi au Maghreb sa pleine diversité linguistique en interrogeant de manière critique sur les divers registres de langues qu'il a connus depuis l'Antiquité, mais aussi sur l'antériorité historique de certaines questions de fond telles que les politiques linguistiques, le multilinguisme ou la diglossie... Replacées dans le cadre d'une Méditerranée occidentale au sens large, croisant l'histoire et la linguistique dans une constante confrontation entre passé et présent, ces études pacifient ainsi le rapport des Maghrébins à leurs langues, sans pour autant occulter le caractère éminemment conflictuel des problématiques du métissage et de la souveraineté par la langue.

  • Los estudios aquí reunidos versan sobre el contacto intelectual entre musulmanes y judíos que tuvo lugar en el Occidente islámico medieval. El eje crucial de dicho contacto fue la lengua árabe, pues la arabización de los judíos posibilitó la comunicación diaria y literaria entre dos comunidades. ¿En qué consistió esa comunicación en el campo intelectual? ¿Hasta qué punto las partes implicadas se vieron afectadas por igual? ¿Qué disciplinas se prestaron mejor a tal encuentro cultural? ¿Cuáles fueron los márgenes entre los que se canalizó este para asegurar el mantenimiento, dentro de su inevitable devenir, de las identidades culturales propias? Las respuestas a estas y otras preguntas conciernen a la función identitaria de la lengua, al desarrollo de la gramática hebrea y de la exégesis de los textos sagrados hebreos, a la poesía ascética y las expectativas mesiánicas, a la obra de autores tan destacados como al-Harizi, Maimónides, Ibn Jaldun e Ibn Adret. Si los especialistas encontrarán materia de interés en el libro, la aportación de la obra no se limita a esos campos, pues atañe al lector no especialista que sienta curiosidad por el apasionante proceso de un encuentro entre culturas.

  • A partir d'anecdotes personnelles, de « souvenirs de souvenirs », Anne de Laulanié retrace, sous forme de récit romancé, ce qu'a pu être une vie quotidienne d'une famille française au Maroc, ou plutôt française du Maroc, durant les dernières années du Protectorat, puis dans l'immédiate in-dépendance du pays (1956). Un témoignage particulièrement intéressant et intime des relations amicales, chaleureuses, complices, tolérantes et parfois dramatiques ou ambiguës qui existèrent entre Arabes et Européens à cette époque.
    Anne de Laulanié est née à Bordeaux (1937-2017). Elle a passé au Maroc sa première enfance (de 1938 à 1944) puis, à nouveau, adolescente et jeune adulte, entre 1952 et 1958.
    Mère de cinq enfants, après des études d'histoire et de psychologie, elle enseignera dans le cadre de la formation professionnelle, sera directrice de centre socio-culturel, puis officiera comme conservateur au Musée d'Aquitaine à Bordeaux jusqu'à sa retraite.

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