Institut de recherche sur le Maghreb contemporain

  • On sait à quel point la question des langues est aujourd'hui cruciale au Maghreb, où elle exprime à la fois l'enjeu présent du pluralisme, dans toutes ses dimensions, et celui de l'héritage colonial, toujours lancinant, dans un moment où les rapports à l'Europe revêtent une particulière acuité. On connaît moins les racines historiques de ces questions et des débats qu'ils suscitent, toujours traités à l'aune de situations contemporaines. Cet ouvrage collectif fait le point sur l'état le plus récent de ces problèmes et de ces débats, tout en analysant les processus historiques qui ont conduit à ce rapport si douloureux et conflictuel à la langue ; il met en évidence les multiples configurations linguistiques, aujourd'hui oubliées, voire occultées, qui ont produit l'actuel paysage linguistique maghrébin. Les auteurs restituent ainsi au Maghreb sa pleine diversité linguistique en interrogeant de manière critique sur les divers registres de langues qu'il a connus depuis l'Antiquité, mais aussi sur l'antériorité historique de certaines questions de fond telles que les politiques linguistiques, le multilinguisme ou la diglossie... Replacées dans le cadre d'une Méditerranée occidentale au sens large, croisant l'histoire et la linguistique dans une constante confrontation entre passé et présent, ces études pacifient ainsi le rapport des Maghrébins à leurs langues, sans pour autant occulter le caractère éminemment conflictuel des problématiques du métissage et de la souveraineté par la langue.

  • Faire d'un nouveau centre de recherche une institution et assurer sa réputation est une entreprise de longue durée. S'agissant d'une revue de sciences humaines et sociales, il faudrait compter dix bonnes années avant d'atteindre ce qu'on pourrait appeler sa majorité et ainsi assurer, avec son attractivité, sa pleine reconnaissance par la communauté scientifique. Les éléments qui qualifient un centre par rapport à une revue supposent la greffe de facteurs plus nombreux et aléatoires, au-delà des ressources humaines, des infrastructures et des équipements. En ce qui concerne en particulier ce qu'Outre-Atlantique on nomme area studies et que, nonobstant la stigmatisation saïdienne, on nomme encore en France « orientalismes », de longs apprentissages préalables s'imposent pour qu'un chercheur puisse accéder aux sociétés (à lui) étrangères. Quant à la consolidation des centres eux-mêmes, plusieurs conditions sont requises : au-delà des personnes, la constitution d'une « culture de laboratoire » minimale, une « capitalisation des savoirs » sur la durée et l'aboutissement des programmes sous forme de publications faisant sens collectivement et largement diffusées.Ouvert en octobre 1992 à Tunisavec dans sa corbeille de naissance une dotation exceptionnelle : la bibliothèque du Centre de documentation Tunisie-Maghreb (CDTM) de l'Ambassade de France, l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain est arrivé en une décennie à occuper une place importante dans le concert de la recherche en sciences humaines et sociales au Maghreb et sur le Maghreb. Ce résultat a été rendu possible parce que, durant toute cette période, l'Institut a bénéficié du soutien constant de ses autorités françaises de tutelle, de l'accueil toujours confiant des autorités tunisiennes et de l'action des directeurs, chercheurs et boursiers successifs, sans oublier les personnels administratifs et sectoriels permanents.

  • Au Maghreb, la figure de l'ingénieur moderne est née dans la première moitié du xixe siècle. Les souverains tunisiens d'abord et marocains ensuite ont fait appel à des experts étrangers pour mettre en place les réformes administratives et techniques qui devaient leur permettre de rivaliser avec l'Europe conquérante. Mais au bout du compte, ces efforts de modernisation se sont révélés insuffisants pour empêcher la France coloniale de prendre pied au Maghreb. La colonisation va constituer un frein à l'industrialisation des pays conquis et donc, à l'accroissement du nombre d'ingénieurs. Au fondement du pacte colonial, on trouve l'idée qu'il est indispensable de ne pas créer de concurrence aux industries françaises et que les colonies doivent se spécialiser dans la production de denrées agricoles destinées à la métropole. Les quelques ingénieurs « indigènes » voient leur possibilité de carrière réduite au profit des ingénieurs coloniaux issus de la métropole. Avec les indépendances, les problématiques changent. Il s'agit désormais pour les pays nouvellement indépendants de remplacer les ingénieurs français par des cadres techniques nationaux et de mener un développement industriel planifié par un État qui va rapidement devenir le premier employeur des ingénieurs. À partir des années 1980, la majorité des économies arabes entre dans un cycle nouveau. La figure dominante de l'ingénieur d'État entre en crise, alors que les pays du Maghreb mettent en place des programmes d'ajustement structurel. Aujourd'hui, la libéralisation de l'économie modifie les pratiques professionnelles et entraîne de nouvelles segmentations dans la profession.

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